Quand on parle de lutter contre la pédophilie sur Internet, la première idée suggérée consiste à identifier le propriétaire du site diffusant des images pédophiles, et à faire fermer le site. Accessoirement, il sagit dengager des poursuites pénales contre le propriétaire du site.
Quiconque a étudié le problème en surfant sur Internet constate rapidement que lidée de fermer les sites au contenu pédophile est illusoire. En effet, ces sites se comptent sans doute par centaines de milliers. Des images à caractère pédophile sont dailleurs fréquemment mêlées à des images de pornographie " traditionnelle ". Il ny a donc pas que des sites exclusivement pédophiles. Et de nouveaux sites se créent pratiquement tous les jours.
Des images piratées
Nimporte qui est en mesure de créer gratuitement un site, puis de le " garnir " dimages à caractère pédophile piratées -téléchargées- sur dautres sites. Un pourcentage important des images est commun à bien des sites. Il est donc extrêmement difficile, pour un enquêteur, didentifier la source initiale de telle image. Elle a pu être piratée sur un site qui, depuis, a été fermé et qui, lui-même, ne contenait que des images piratées.
Quand un site est fermé
Il arrive fréquemment quon tombe sur un site où un message informe que le site a été fermé à la suite dune intervention policière. Linternaute est invité à se rendre à une nouvelle adresse où le site est recréé
Difficultés pratiques
Dautre part, la page daccès -ou Home page- et les autres pages dun site peuvent se trouver à des adresses différentes. Cest-à-dire quun site contenant dix pages peut fort bien, dans la pratique, se composer de dix sites différents créés dans dix pays différents. Ainsi, en cliquant sur " page suivante ", linternaute peut être envoyé à une nouvelle adresse, sans même sen rendre compte.
Bien souvent, la page daccès ne comporte rien dautre quun message avertissant que le contenu du site est de nature pornographique, que les mineurs ne doivent pas le consulter et quen entrant dans le site linternaute prend lengagement de ne pas intenter des poursuites judiciaires contre le propriétaire.
On comprend que lidée de fermer les sites à contenu pédophile implique la mobilisation deffectifs policiers très importants. Il faudrait des dizaines de milliers de policiers ne faisant rien dautre que surfer sur des sites pornographiques.
Chaque fois que des images à caractère pédophile seraient repérées, il faudrait déclencher une enquête dans les règles, mandater un juge dinstruction, lancer des commissions rogatoires internationales, intenter des procès -tout ceci représentant des sommes astronomiques en heures de travail et mobilisant des effectifs nécessaires à bien dautres choses-, pour un résultat insignifiant, voire nul.
Aspects juridiques
Les lois varient dun pays à lautre et tous ne répriment pas les mêmes faits de la même manière. Dans tel pays, on considérera que " lavertissement aux mineurs " inscrit sur la page daccès du site dégage effectivement la responsabilité pénale du propriétaire du site. Dans tel autre pays, on considérera que le simple
fait de diffuser des images -éventuellement piratées ailleurs- nest pas une infraction. Dans la plupart des cas, il sera difficile de prouver que les jeunes photographiés navaient pas déjà atteint tel âge légal. La défense soutiendra que les jeunes en question " font moins que leur âge "
La plupart des procès risquent fort de naboutir quà une amende, voire même à un non-lieu. Même si amende il y a, son montant ne représentera quune fraction dérisoire de ce quauront coûté lenquête de police et les frais de justice.
Le crime organisé
Pour que la lutte contre les réseaux pédophiles soit efficace, il faudrait quelle puisse se concentrer sur ceux qui photographient effectivement les enfants et constituent la source première de toutes les images pédophiles ultérieurement diffusées et piratées sur Internet. On sattaque là au crime organisé -par exemple la mafia russe- et il est évident que les responsables disposent de complicités qui les mettent pratiquement à labri de poursuites pénales.
Faut-il en conclure quil sagit dune lutte sans espoir, ruineuse pour ceux qui voudraient lentreprendre ? Une telle conclusion serait superficielle.
Définir un objectif stratégique
En dernière analyse, il sagit de savoir ce quon veut vraiment, cest-à-dire de définir un objectif stratégique clair et réaliste.
Si on adopte une stratégie purement moraliste, visant à la fermeture de tous les sites à caractère pédophile, on a vu que les difficultés sont énormes et les chances de succès quasiment nulles.
Par contre, si la stratégie vise à ruiner lindustrie pédophile, lobjectif peut être atteint avec des moyens relativement dérisoires et dans des délais relativement courts.
Ruiner lindustrie pornographique
Il sagirait de créer un site entièrement gratuit, sur lequel on concentrerait toutes les images pédophiles quon piraterait ailleurs. Dès lors, pour le crime organisé, il ne serait plus du tout rentable de financer des réseaux de pédophilie et des studios destinés à photographier ou filmer des enfants. A peine les réseaux criminels diffuseraient-ils les images ainsi obtenues sur le site payant, elles seraient aussitôt piratées et transférées sur le site gratuit
Aucun internaute naurait plus intérêt à accéder à un site payant, puisquil serait en mesure de visionner gratuitement le même " matériel ".
Il conviendrait duser de la même stratégie pour les sites à caractère sado-masochiste, dont les pourvoyeurs, par effet de concurrence, sont poussés à une fuite en avant dans la cruauté, sur des victimes de plus en plus souvent non-consentantes.
La fréquentation des sites payants tomberait en chute libre. Par ce moyen, on ruinerait, dun seul coup, des centaines de milliers de sites payants, sans même devoir se donner la peine denquêter sur chacun deux. On imagine la frustration des mafieux. Il ne leur resterait plus que les bordels traditionnels, lesquels sont beaucoup plus faciles à identifier et beaucoup plus exposés à une descente de police, puisquon est contraint dy recevoir des clients inconnus.
Frank BRUNNER
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