L’Armée japonaise en Chine

Le sac de Nanking permet de se faire une idée des méthodes utilisées par l’Armée japonaise pour occuper et « pacifier » la Chine.

Les lignes suivantes sont extraites du jugement du Tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient : « Début décembre 1937, comme la Force expéditionnaire japonaise de la Chine du centre, sous le commandement de Matsui, approchait de la ville de Nanking, environ la moitié du million d’habitants de la ville s’est enfuie, ainsi que la plupart des membres de pays neutres, à l’exception de quelques-uns qui sont restés pour organiser une Zone internationale de sécurité. L’armée chinoise a battu en retraite, laissant environ cinquante mille soldats pour défendre la ville.

La nuit du 12 décembre 1937, comme les forces japonaises attaquaient la porte Sud de la ville, la plupart des cinquante mille soldats chinois se sont enfuis par les portes Nord et Ouest.

L’entrée des Japonais à Nanking

Pratiquement tous les soldats chinois avaient évacué la ville ou abandonné leurs armes et leurs uniformes, puis cherché refuge dans la Zone internationale de sécurité, et toute résistance avait cessé, au matin du 13 décembre 1937, quand l’Armée japonaise est entrée dans la ville. Les soldats japonais se sont répandus dans la ville et s’y sont livrés à toutes sortes d’atrocités. Selon un témoin, ils étaient lâchés comme une horde barbare, pour profaner la ville. Des témoins ont dit que la ville semblait être devenue une proie capturée, qu’elle n’avait pas simplement été prise à l’occasion d’une action de guerre, et que les membres de l’Armée japonaise s’étaient accordés, pour récompense, d’y commettre des violences illimitées.

Sauvagerie

Des soldats, soit seuls, soit par petits groupes de deux ou trois, parcouraient la ville, assassinant, violant, pillant et incendiant. Il n’y avait aucune sorte de discipline. Beaucoup de soldats étaient ivres. Les soldats suivaient les rues, tuant sans discrimination les Chinois hommes, femmes et enfants, sans provocation apparente ni excuse, jusqu’à ce que par endroit les rues et les allées soient couvertes des corps de leurs victimes. Selon un autre témoin, les Chinois étaient pourchassés comme des lapins, quiconque vu se déplaçant se faisait abattre. Durant les deux ou trois premiers jours de l’occupation japonaise de la ville, au moins douze mille Chinois non-combattants, hommes, femmes et enfants, ont trouvé la mort dans ces massacres.

Viols

Il y a eu de nombreux cas de viols. La peine de mort était fréquente, pour la plus petite résistance de la part de la victime ou de membres de sa famille tentant de la protéger. Même des filles dans leur âge tendre et des vieilles femmes ont été violées en grand nombre, à travers la ville, et il y a eu de nombreux cas de comportements sadiques ou anormaux à l’occasion de ces viols. De nombreuses femmes ont été tuées après l’acte et leurs corps mutilés. Au cours du premier mois de l’occupation japonaise, il y a eu environ vingt mille viols.

Pillage et incendies

Les soldats japonais prenaient tout ce qu’ils voulaient à la population. Des soldats ont été observés arrêtant, sur la route, des civils désarmés, les fouillant puis, ne trouvant aucun objet de valeur sur eux, les abattant. Des quantités de résidences et de commerces ont été forcés et pillés. Le butin était emporté dans des camions. Après avoir pillé les magasins et les entrepôts, fréquemment les Japonais y mettaient le feu. Des soldats ont incendié des habitations de civils, sans raison apparente. Ces incendies semblaient résulter d’une consigne après quelques jours et ils se sont poursuivis pendant six semaines. Environ un tiers de la ville a été ainsi détruite.

Assassinats organisé

L’assassinat organisé et à grande échelle des civils masculins était perpétré avec l’accord apparent des commandants japonais, sous le prétexte que des soldats chinois avaient retiré leurs uniformes et s’étaient mêlés à la population. Des groupes de civils chinois étaient formés, attachés les mains dans le dos, et conduits hors des murs de la ville, où ils étaient tués en groupe, à la mitrailleuse ou à la baïonnette. Plus de vingt mille Chinois en âge d’être mobilisés sont morts ainsi.

Le gouvernement allemand a été informé, par son représentant, à propos d’
« atrocités et actes criminels commis non par des individus, mais par une Armée entière, à savoir la japonaise », et cette Armée, plus loin dans le rapport, était qualifiée de « machinerie bestiale ».

Le sort des fugitifs

Ceux qui se trouvaient hors de la ville n’étaient guère mieux traités que les habitants de Nanking. Pratiquement la même situation se reproduisait dans toutes les localités, jusqu’à 66 milles de Nanking.

La population s’était enfuie dans la campagne, espérant échapper aux soldats japonais. A certains endroits, elle s’était regroupée pour former des camps de fugitifs. Les Japonais ont capturé beaucoup de ces camps et infligé à leurs habitants un traitement similaire à celui subi par les habitants de Nanking. Plus de cinquante-sept mille de ces fugitifs ont été capturés et emprisonnés. En captivité, ils étaient affamés et torturés jusqu’à ce qu’un grand nombre meure. Beaucoup des survivants ont été tués à la mitrailleuse ou à la baïonnette.

Les prisonniers de guerre

De grandes unités de soldats chinois ont déposé leurs armes et se sont rendues aux Japonais, hors de Nanking. Dans les trois jours consécutifs à leur reddition, ils ont été tués par groupes, à la mitrailleuse, le long des rives du fleuve Yang-Tsé. Au moins trente mille de ces prisonniers de guerre ont été tués.

Plus de deux cents mille assassinats

Les estimations faites à une date ultérieure indiquent que les assassinats de civils et de prisonniers de guerre s’élevaient à plus de deux cents mille, à Nanking et dans les environs, durant les six premières semaines de l’occupation japonaise. Le réalisme de ces estimations est souligné par le fait que les entreprises de pompes funèbres ont compté plus de cent cinquante-cinq mille corps qu’elles ont enterrés. Elles ont relevé que la plupart de ces corps avaient les mains attachées dans le dos. Ces estimations ne tiennent pas compte des personnes dont les corps ont été détruits par le feu, jetés au fleuve, ou dont les Japonais ont pu disposer d’autres manières. »

Frank BRUNNER

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