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-" N’est-ce pas une tentative de meurtre ou, en tout cas, une mise en danger de la vie d’autrui ? "

-" Il faut bien voir que cette histoire se déroule sur six jours. Dont deux jours qu’on ne vit pas avec les personnages.

Il y a donc quatre jours d’action, dont un qui se déroule en Valais.

 

A Genève, il y a le lundi, le mardi et le mercredi. Le jeudi, Stéphane part en Valais. Le vendredi et le samedi, on ne les vit pas. Le dimanche, Stéphane accompagne Vanina à l’aéroport.

On ne mène pas une enquête de police en trois jours.

Il y a le cas d’une nana qui a attendu deux ans pour déposer plainte. Elle avait été séquestrée, pendant quatre jours, par trois Yougoslaves, torturée, violée à plusieurs reprises, brûlée à la cigarette... L’enquête de police n’a débuté que deux ans après les faits.

A la fin de l’album, l’entrefilet mentionne que Sadykov a été abattu devant son établissement. Il y a une conclusion.

Si j’avais voulu raconter une enquête de police, il aurait fallu que le récit s’étende sur trois semaines, ou deux mois. Que ferait Stéphane, avec Vanina, pendant deux mois ?

Là, il tombe sur cette nana. Il écoute son histoire. Il a envie de l’en sortir. Il se démerde pour retrouver son frère, il rachète Vanina à Sadykov et il la fout dans l’avion. Terminé.

Vanina Business est une métaphore. Il ne faut pas chercher s’il y a une conclusion, par rapport à la mafia russe, si la mafia russe est vraiment comme ça... Ce n’est pas du tout une enquête dans ce genre-là. "

-" En lisant le scénario de Vanina Business, on a parfois le sentiment que vous n’utilisez pas vraiment toutes les potentialités dramatiques du récit.

Certaines situations auraient pu être dramatisées, alors qu’elles ont été traitées de façon excessivement anodine.

Par exemple, Sergueï, l’homme de main de Viktor Sadykov, débarque chez le frère de Stéphane... Il sonne à la porte. Stéphane va ouvrir et Sergueï vide le magasin d’un pistolet contre le mur du corridor de l’appartement, à côté de la tête de Stéphane, avant de prendre la fuite... La réaction de Stéphane n’est même plus du flegmatisme. C’est quasiment de l’indifférence, comme si on lui avait délivré un télégramme... "

-" Je trouve bien que vous citiez l’exemple du télégramme, parce qu’il s’agit exactement de ça.

Stéphane ne parvient pas à prendre vraiment au sérieux cette histoire de mafia russe. "

-" Mais quand on se fait tirer dessus... Tout de même !... Il n’a aucune réaction. "

-" Vanina lui dit : " Vous croyez vraiment qu’il vous aurait raté s’il avait voulu vous abattre ? " Stéphane répond : " Non. C’est de l’intimidation, le message est clair... "

-" Néanmoins, même sans modifier la réaction de Stéphane, n’aurait-on pas pu dramatiser le récit en montrant Sergueï en train de le suivre, etc... ? Que le lecteur perçoive la menace et s’angoisse un moment. Jouer sur le suspens... "

-" Il n’y a pas de motif pour suivre Stéphane, puisque Vanina est avec lui et qu’elle informe Sadykov de ce qu’il fait. "

-" Mais Sergueï ignore si Stéphane se trouve chez son frère à ce moment-là. Il aurait pu s’absenter, ne serait-ce que pour s’acheter des cigarettes.

Il y a une seconde situation analogue, quand Stéphane rejoint son frère, au chalet valaisan. François se planque là-bas. A son arrivée, Stéphane se fait braquer par un pistolet. De nouveau, il y a une potentialité dramatique à exploiter, mais vous désamorcez aussitôt la situation en faisant dire à François qu’il s'agit d'une arme factice... "

-" Ben ouais. "

-" Si on voulait saboter votre scénario, n’y introduirait-on pas des trucs de ce genre ? "

-" Le souci que j’avais, dans Vanina Business, était d’introduire une histoire très suisse, où tout se déroule sans trop de problèmes.

Quand quelque chose d’extraordinaire se produit, c’est toujours rapidement désamorcé.

Quand la voiture de Ruffieux fracasse la vitrine du magasin de tabac, les passants regardent et disent : " Il est mort d’une crise cardiaque. "

-" Là encore, vous auriez pu nous montrer la femme en train d’empoisonner le volant du véhicule... "

-" J’aurais aussi pu montrer Vanina en train de se faire tabasser... "

-" Vous avez occulté les scènes émotionnellement fortes. Or, ce sont ces scènes qui restent dans la mémoire du lecteur. "

-" Je suis d’accord avec vous, mais, dans Vanina Business, c’était voulu. Tel n’est pas le cas dans les autres albums. "

-" Sadykov n’est-il pas dans un triste état mental ? "

-" C’est un con de mafieux. Il est bourré de fric, mais il est quand même con. Ce n’est pas parce que vous êtes plein de fric que vous êtes intelligent. "

-" Comment avez-vous inventé ces personnages ? De quoi sont-ils inspirés ? "

-" Ils sont inspirés de ma pure imagination.

Il fallait absolument mettre un personnage con et désagréable. Sadykov se fout complètement de Vanina. Pour lui, c’est de la chair à tapin ; du bétail. S’il n’a pas celle-ci, il en aura une autre.

D’ailleurs, ces nanas qui font la tournée des cabarets ne restent pas pendant six mois. Elles peuvent changer toutes les deux semaines. Quand un client a vu quatre fois le même cul, il ne retourne plus dans la boîte.

Quand Stéphane veut racheter Vanina, Sadykov est même étonné : " Vanina n’est pas une bonne affaire... J’ai mieux à vous proposer. "

-" N’est-elle pas surprenante, cette scène où Stéphane débarque chez Sadykov, pour lui proposer de racheter Vanina ?

Sadykov ne devrait-il pas être stupéfait de constater que Stéphane a réussi à remonter jusqu’à lui ? "

-" Sadykov ne se cache pas. Ce n’est pas un type qui agit dans l’ombre, avec des lunettes noires. Il est tenancier d’au moins une boîte de nuit.

Là où Sadykov se méfie un peu, c’est quand Stéphane lui dit qu'il vient de Belfast. Sadykov redoute un règlement de comptes. Belfast évoque les terroristes, etc... Allez savoir quelles relations Stéphane peut avoir avec des terroristes de Belfast ?

Je voulais placer cette histoire sur le plan humain. C’est une petite histoire humaine. Vanina aurait pu être charcutière et exploitée dans une charcuterie.

Sadykov est déshumanisé. Son nom est transparent. Il passe son temps à s’énerver, à gueuler et à trépigner. C’est un gros con capricieux.

Son avocat, Yvan, essaie un peu de le contrôler. Parce que, lui, il est visiblement moins con que Sadykov. Comme on ne peut rien faire contre la connerie, la plupart du temps Yvan baisse les bras. "

-" Envisagez-vous que Vanina réapparaisse, ultérieurement, dans d’autres albums, comme Alice ? "

-" Je ne l’ai pas tué... C’est comme pour le frère de Stéphane.

Au fil de ces albums, j’ai accumulé une collection de personnages, et ça me permet d’en réutiliser un de temps en temps.

Pourquoi pas Vanina ? Pourquoi pas Yves ? "

-" Yves n’aurait-il pas pu trouver sa place, dans cette histoire de proxénètes, en qualité de sous-fifre de Sadykov ? "

-" Je n’y ai pas pensé. "

Projets de téléfilms

-" Pouvez-vous nous parler de votre prochain récit, consacré au problème de l’eau, au Kurdistan ?

Quand l’avez-vous conçu ? "

-" En même temps que Vanina Business. Les deux histoires ont été écrites au cours du même été.

Les Humanoïdes Associés m’avaient demandé d’écrire des synopsis de téléfilms. Il fallait trois récits inédits. "

-" S’agissait-il d’adapter les aventures de Stéphane pour la télévision ? "

-" Oui.

Alors, j’ai réécrit Le guêpier, en l’actualisant.

J’ai adapté Captifs du chaos. Désormais, ça se situe en Irlande.

Pondicherry reste tel qu’il est. Belfast, idem. Vanina, idem.

Quant au prochain récit, conçu en deux albums, il ne fera qu’un seul téléfilm.

Les synopsis sont faits. Ils sont passés par un producteur. Ensuite, un autre producteur s’en est emparé. Après, c’était retour au premier.

Quand ils se seront décidés, il faudra aller vite. On risque de tourner trois épisodes en même temps.

Ce serait bien, que ça se fasse. Les dialogues seront écrits par des professionnels de la télévision.

J’ai un droit de regard sur le fond, mais pas sur la forme.

J’ai ajouté des scènes de cul. S’il n'y a pas un sein qui traîne, dans un téléfilm, il ne se fait pas... "

Evolution d'un scénario

-" Comment aviez-vous initialement conçu votre projet de scénario sur le problème de l’eau ? "

-" Au départ, il s’agit d’une magouille entre le département culturel du consulat britannique à Istambul, et un nommé lord Wilkinson, qui est mentionné dans Vanina Business.

L’Afghanistan est au carrefour des civilisations. C’est la route de la soie, des grandes invasions : Alexandre le Grand, etc... Il y avait, dans ce pays, des milliers d’oeuvres d’art, des pièces uniques, gréco-bouddhistes, etc..., datant du 2ème siècle avant J.C. jusqu’au 5ème siècle après J.C.

Depuis que l'armée soviétique a envahi l’Afghanistan, le musée de Kaboul a été complètement pillé. Non seulement par les Soviétiques, mais aussi par les divers clans afghans qui se sont opposés à eux. Actuellement, il ne reste que 20 % des collections. Les 80 % pillés se trouvent à Sydney, Londres, n’importe où, chez des collectionneurs privés.

N’oublions pas que Cynthia s’occupe d’oeuvres d’art. Elle est mandatée par une dame, qui s’appelle Sheila Mac Kingsley, pour récupérer les 275 caisses qui restent, c’est-à-dire les derniers 20 % des collections du musée de Kaboul, bloqués dans un hôtel, par une fondation. Il ne s’agit plus que de pièces relativement mineures. Ce qui ne valait pas vraiment la peine dêtre pillé. Il faut absolument le récupérer.

J’ai imaginé que, pour préserver ces pièces des Talibans, lord Wilkinson les a transférées à Alep, au Kurdistan syrien. Trafiquant d’art, il espère vendre, pour son propre compte, 30 % de ces ultimes collections et restituer le reste à la fondation.

Un attaché culturel du consulat britannique d’Istambul est de mèche avec Wilkinson. Il décide soudain que Cynthia ne doit pas aller à Alep, chercher ces caisses d’oeuvres d’art, parce qu’il a eu vent que les Kurdes préparent une action spectaculaire dans la région. Comme Wilkinson a absolument besoin de Cynthia, l’attaché culturel britannique affirme que les autorités syriennes ne veulent pas traiter avec une femme.

Cynthia et Wilkinson suggèrent que ce soit Stéphane qui se rende à Alep. Le consulat accepte d’autant plus que Stéphane n'est pas britannique et qu’on pourra le désavouer plus facilement en cas de problèmes.

Stéphane se rend donc à Alep, en train, en croyant qu’il ne s’agit que de faire tamponner des documents et récupérer des caisses dans un entrepôt, pour les charger dans un train à destination d’Istambul.

Officiellement, les caisses sont censées retourner au musée de Kaboul, quand la situation politique se calmera en Afghanistan -mais on a vu que Wilkinson a d’autres projets, moins altruistes...

Cynthia, qui est restée à Istambul, reçoit un appel téléphonique de l’attaché culturel britannique, qui l’invite, un soir, à sortir. Il la drague, etc... Comme il se laisse aller, il évoque la magouille de Wilkinson.

Cynthia prend peur pour Stéphane et décide de sauter dans un bus, afin de rattraper le train de Stéphane et arriver à Alep en même temps que lui.

Mais l’action médiatique organisée par les Kurdes se déclenche. Ils font sauter des objectifs en Turquie, en Irak, en Syrie et en Iran, puisque le Kurdistan chevauche les frontières de ces pays. Ils occupent des barrages sur le Tigre, en Turquie, et ils capturent des otages -parmi lesquels figure Cynthia-, ce qui met l’armée turque sur les dents.

A l’origine, ce qui précède constituait le premier volume de l’histoire.

Arrivé à Alep, Stéphane s’étonne d’obtenir, sans problème, dans les différents ministères, tous les tampons dont il a besoin.

Quand tout est okay, en compagnie d’un représentant du ministère syrien de la culture, Stéphane va vérifier le contenu des caisses dans l'hôtel d'Alep où elles sont entreposées.

Le lendemain, il a rendez-vous, avec le Syrien, au souk d’Alep, pour y recruter des porteurs qui chargeront les caisses dans un camion. Elles seront transportées à la gare et chargées dans un train, pour Istambul. Stéphane n’aura alors plus qu’à prendre un avion pour la même destination et sa mission sera achevée.

Mais ça ne se passe pas comme prévu, parce que, pendant que Stéphane attend, à son rendez-vous, le souk se vide. Les rideaux de fer de tous les magasins sont abaissés. La population s’éclipse.

En déambulant autour du lieu de rendez-vous, Stéphane aperçoit une flaque de sang, dans une rigole, et découvre le Syrien qu’il attendait, égorgé dans le caniveau. Sur un toit, un homme accroupi s’apprête à sauter sur Stéphane. En face, d’autres types, encagoulés, arrivent en courant. Depuis le toit, le type embusqué saute sur Stéphane et lui applique un couteau sur la gorge. Mais, à l’autre bout de la rue, un manchot encagoulé hurle qu’il faut l’épargner. Ce manchot entraîne Stéphane à l’écart, à l’instant où une monstrueuse explosion dévaste toute cette partie du souk désertée par la foule.

Après l’explosion, Stéphane est le premier à se relever et s’apprête à déguerpir, quand le manchot l’interpelle par son nom et en français, le dissuadant de s’enfuir.

Stéphane se laisse emmener. Il est pris en otage et emmené dans un local, qu’il ne peut pas situer, où on le séquestre. Le manchot qui l’avait interpellé au souk lui apporte du thé. C’est Ömer, le manchot de Karakulak. Le thé était drogué. Stéphane s’endort. On le charge dans un véhicule et on l’emmène au Kurdistan turc, pour le garder avec les autres otages.

Ensuite, les Kurdes expliquent le problème de l’eau. Normalement, l’irrigation est destinée aux agriculteurs kurdes, mais les trois quarts de l’eau foutent le camp ailleurs, etc... Ils veulent attirer l’attention du monde.

Le vendredi étant un jour férié chez les musulmans, les Kurdes ont déclenché leur action le samedi et le dimanche. Comme c’est dimanche, Stéphane explique à Ömer que les médias occidentaux ne s’intéressent qu’au sport. L’action des Kurdes est inutile, car aucun média ne s’y intéressera.

Effectivement, les médias ne s’occupent pas de cette histoire. Les Turcs reprennent le contrôle des barrages, en tuant certains Kurdes, et en en arrêtant d’autres, pour les torturer. Les prisonniers sont obligés de révéler l’endroit où les otages sont réunis.

Il y a deux baraquements : un pour les femmes et un pour les hommes.

Quand les preneurs d’otages kurdes apprennent, par la radio, que les barrages ont été repris par les Turcs, ils décident de se replier, avec les otages, vers une autre base, inconnue des Kurdes arrêtés.

Les otages femmes sont chargés dans un bus bleu ; les hommes dans un bus blanc.

Cynthia s’aperçoit alors que Stéphane a, lui aussi, été pris en otage, et qu’il était détenu dans le baraquement des hommes.

A ce moment-là, des hélicoptères de l’armée turque surgissent en mitraillant tout ce qui bouge : otages et gardiens kurdes. Sur les quinze otages, il n’y a que cinq survivants.

La prise d’otage s’arrête là.

Les médias ne s’intéressent qu’aux otages libérés et passent sous silence les revendications des Kurdes.

A la fin de l’histoire, Cynthia et Stéphane chargeaient les fameuses caisses dans le train d’Alep, pour Istambul, pendant que les infos annoncent la désignation d'une commission d’enquête internationale, à cause de la brutalité aveugle de l’intervention turque. "

-" Et l’éditeur vous a demandé de modifier le déroulement de cette histoire ? "

-" En fait, le problème de l’eau n'apparaissait que dans la seconde partie de la version initiale, quand Cynthia se rend compte qu’il y a une magouille derrière ce transfert d’oeuvres d’art.

Dans la nouvelle version, comme l’Afghanistan a une frontière commune avec le Pakistan, lord Wilkinson demande à Cynthia de ramener des pièces d’ivoire de Peshawar à Londres.

A cause d’un problème technique, l’avion est obligé de se poser à Alep. Là, les passagers et le fret doivent changer d’avion. Comme il faut repasser la douane, à l’aéroport, on découvre les objets d’ivoire dans les bagages de Cynthia. L’ivoire étant sous embargo, Cynthia est arrêtée.

Lord Wilkinson " pète les plombs ", parce que les cent pièces d’ivoire valent dix millions de dollars. Comme il a appris que Stéphane est à Istambul, lord Wilkinson demande à l’attaché culturel du consulat britannique de le retrouver.

Cet attaché culturel explique à Stéphane que Cynthia a été arrêtée, à Alep, mais que les Syriens la libéreront si on leur fournit tous les documents prouvant que les pièces d’ivoire ont été achetées officiellement. Parce que les oeuvres d’art ne sont pas soumises à l’embargo. Stéphane accepte donc d’aller à Alep, pour faire tamponner les documents et pouvoir libérer Cynthia.

On retrouve le Syrien du ministère de la culture. Il explique à Stéphane que Cynthia n’est plus en prison, mais en résidence surveillée à l’extérieur. Ce Syrien donne rendez-vous à Stéphane, le lendemain matin, au souk. De là, il le conduira vers Cynthia, pour la libérer et reprendre un avion.

A partir de là, on retrouve l’enchaînement initial, avec le Syrien égorgé au souk, les types encagoulés qui prennent Stéphane en otage, etc... "

-" Et comment le second volume se déroulera-t-il ? "

-" Le second volume, je ne l’ai pas encore réécrit.

Sheila Mac Kingsley, membre de la fondation pour le musée de Kaboul, va magouiller contre Wilkinson, dont on apprend qu’il n’est pas du tout franc du collier. "

-" Comment Stéphane et Cynthia réagissent-ils ? "

-" Cynthia va se débrouiller pour que les pièces d’ivoire retournent vraiment au musée de Kaboul, au lieu d’être détournées au profit de Wilkinson.

Mais j’ignore encore les détails de l’intrigue. Je ne peux donc pas raconter la fin...

Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’une partie de l’action se déroulera à Peshawar, que Wilkinson sera confondu et que les pièces d’ivoire seront mises en sécurité. "

-" Avez-vous déjà choisi le titre de ces deux albums ? "

-" Le premier volume sera intitulé L’or bleu et le second L’ivoire de Sheila Mac Kingsley. "

La gestation de Tamerlan

-" Où en êtes-vous, avec votre projet de Tamerlan ? "

-" Toujours sur la case départ. Rien de nouveau.

Je ne veux pas faire un récit historique. J’ai lu la biographie de Tamerlan, et plein de bouquins, mais je ne suis pas encore allé en Ouzbékistan.

J’ai envie d’établir un parallèle entre deux histoires, mais je ne sais pas comment m’y prendre. "

-" Avec votre histoire de Kurdes, vous ramenez le lecteur dans la région où on a si souvent vu Stéphane : Afghanistan, etc... "

-" Mon terrain de prédilection.

Peut-être que le projet de Tamerlan fera une suite avec l’Afghanistan, puisqu’il y a une frontière avec l’Ouzbékistan.

Il y a des magouilles monstrueuses, en Ouzbékistan. Les Ouzbeks craignent que les Talibans afghans traversent la frontière et viennent leur imposer la sharia. Il y a du pétrole, du gaz.

J’ignore ce que je vais faire, par rapport à ça. J’aimerais faire une histoire un peu politique.

Et puis, il y a le sarcophage de Tamerlan, dont on ignore où il est. J’aimerais introduire une histoire où un bacille -la peste, par exemple- ait été préservé pendant des siècles. Il déclenche une épidémie, quand on retrouve le sarcophage.

Il faudrait vérifier si une telle conservation est possible dans certaines circonstances particulières, et si le bacille serait toujours actif. "

L'ombre de Jaïpur

-" Nous allons parler des albums dont vous n’avez pas écrit le scénario.

L’ombre de Jaïpur est un excellent recueil de nouvelles, très originales. Un mélange de Conan Doyle et de Kipling. "

-" Tout à fait. Juan Martinez voulait faire un truc dans la mouvance de ces bouquins-là. Stevenson, Kipling, etc... "

-" Comment avez-vous fait la connaissance de Juan Martinez ? "

-" En 1978, à Kovalam, une plage au Sud de l’Inde. Il voyageait.

Nous nous sommes croisés, dans un hôtel. Quand j’ai demandé s’il y avait une chambre de libre, il a identifié mon accent genevois. Il est sorti de sa chambre et m’a demandé : " Tu viens aussi de Genève ? " Je lui ai répondu : " Ouais, ouais ! " Il me dit : " Alors, viens ! J’ai un truc à te lire ! " Vraiment de but en blanc... Je n’ai même pas eu le temps de poser mon sac dans ma chambre. "

-" Savait-il que vous faisiez de la BD ? "

-" Pas du tout !... On ne se connaissait pas. Il ne savait même pas comment je m’appelais... Et il m’a lu L’ombre de Jaïpur !...

Je lui ai dit : " Cela tombe bien !... Toi, tu écris, et moi, je fais de la BD !... On en fera un recueil, quand je rentre. "

Nous avons voyagé ensemble, pendant un mois ou deux, puis nous sommes partis, chacun de notre côté.

Durant son voyage, il a écrit d’autres nouvelles. Nous nous sommes retrouvés à Genève, et puis voilà...

Il n’avait pas écrit pour la BD. A part les Tintin, il n’avait jamais dû lire une BD de sa vie. J’ai dû absolument respecter son texte. C’est pourquoi il y a beaucoup de narration et très peu de dialogues. Je n’ai rien changé. Cela donne un album très littéraire. C’est du littéraire illustré. "

-" Cela correspond tout à fait à l’atmosphère de l’époque. "

-" Et le texte est trop beau pour l’amputer et juste écrire " le lendemain "...

Dans chacune des nouvelles qu’il a écrites, il y a un propos intéressant. "

-" Ces nouvelles se situent à des époques différentes. Il y a la série qui se déroule, à la fin du 19ème siècle, en Inde et dans l’Himalaya, et il y a des nouvelles plus récentes, qui se situent à Genève.

On remarque, dans vos dessins, que le même personnage apparaît, sous des identités différentes et à des époques très distantes... "

-" C’était voulu, pour établir un lien entre toutes les histoires.

Ce qui compte, c’est moins le personnage que le propos, la réflexion. Elle reste la même, quel que soit le personnage. "

-" Avez-vous illustré toutes les nouvelles de l’album à la même époque ? "

-" Sur une durée d’une année, ou un peu plus.

Elles ont été publiées, soit dans Métal hurlant, soit dans Pilote. "

-" Pour vous, était-ce une coupure, après Le repaire de Koslov et avant Les routes de Bharata ? "

-" J’avais écrit Bharata et Surya avant le voyage. J’avais les deux scenarii, quand j’ai rencontré Martinez. "

-" Quand on considère la somme de travail que représente un album, il est surprenant que vous ayez retardé la réalisation de vos scenarii pour dessiner L'ombre de Jaïpur. "

-" A l’époque, je dessinais davantage qu’une page par jour. Cela ne m’a pas pris un temps fou.

Je suis revenu d’Inde à la mi 1979. Bharata et Surya sont sortis en 1981 et 1982. Il m’a donc fallu moins d’une année, pour dessiner L’ombre de Jaïpur. J’ai dû y passer quatre ou cinq mois. C’est relativement rapide. "

-" Peu de dessinateurs auraient accepté d’interrompre une série, dont les scenarii sont déjà écrits, pour illustrer les récits proposés par quelqu’un d’autre... "

-" Quand je suis rentré de voyage, à la mi 1979, les premiers Humanoïdes Associés avaient fait faillite... Je n’avais plus d'éditeur. L’ombre de Jaïpur a eu le temps de passer dans Métal hurlant et ils ont dû mettre la clé sous le paillasson, peu après. Ensuite, j’ai dû chercher un nouvel éditeur.

Dargaud hésitait à reprendre la série. J’avais passé la suite des nouvelles de Martinez à Pilote. Elles ont donc été publiées dans Pilote. Dargaud a édité l’album, puis l’a réédité. Et c’est seulement ultérieurement qu’il a été réédité chez les nouveaux Humanoïdes Associés.

Les premiers Humanoïdes Associés avaient été repris par l’imprimeur espagnol, qui voulait rentabiliser ses pertes. Ensuite, ça a été repris par Hachette. Finalement, Fabrice Giger a racheté les Humanoïdes Associés et le stock.

Entre temps, Casterman m’a contacté, pour reprendre la série des Stéphane. A ce moment-là, j’avais déjà dessiné une vingtaine de pages de Bharata. "

-" Dans L’ombre de Jaïpur, certains récits sont réalistes, tandis que d’autres sont complètement loufoques, hallucinés.

Quand vous lisez un scénario comme La puissance du serpent, et que vous vous dites qu’il faudra l’illustrer, comment réagissez-vous ? "

-" Quand vous connaissez bien la personne qui a écrit, quand vous avez voyagé avec, pendant plusieurs mois, que vous êtes en symbiose... Quand Martinez me lisait les textes, je voyais apparaître les images et, quand il a vu les dessins, il retrouvait son histoire... Il n’y avait donc pas tellement de problèmes, par rapport à ça.

Maintenant, je ne sais pas ce qu’on en penserait, tous les deux. Parce que, je vous avouerai que je ne l’ai pas relu et, sans doute, lui non plus, d’ailleurs... Mais, sur le moment, ça coulait de source. "