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-" Nest-ce pas une tentative de meurtre ou, en tout cas, une mise en danger de la vie dautrui ? "
-" Il faut bien voir que cette histoire se déroule sur six jours. Dont deux jours quon ne vit pas avec les personnages.
Il y a donc quatre jours daction, dont un qui se déroule en Valais.
A Genève, il y a le lundi, le mardi et le mercredi. Le jeudi, Stéphane part en Valais. Le vendredi et le samedi, on ne les vit pas. Le dimanche, Stéphane accompagne Vanina à laéroport.
On ne mène pas une enquête de police en trois jours.
Il y a le cas dune nana qui a attendu deux ans pour déposer plainte. Elle avait été séquestrée, pendant quatre jours, par trois Yougoslaves, torturée, violée à plusieurs reprises, brûlée à la cigarette... Lenquête de police na débuté que deux ans après les faits.
A la fin de lalbum, lentrefilet mentionne que Sadykov a été abattu devant son établissement. Il y a une conclusion.
Si javais voulu raconter une enquête de police, il aurait fallu que le récit sétende sur trois semaines, ou deux mois. Que ferait Stéphane, avec Vanina, pendant deux mois ?
Là, il tombe sur cette nana. Il écoute son histoire. Il a envie de len sortir. Il se démerde pour retrouver son frère, il rachète Vanina à Sadykov et il la fout dans lavion. Terminé.
Vanina Business est une métaphore. Il ne faut pas chercher sil y a une conclusion, par rapport à la mafia russe, si la mafia russe est vraiment comme ça... Ce nest pas du tout une enquête dans ce genre-là. "
-" En lisant le scénario de Vanina Business, on a parfois le sentiment que vous nutilisez pas vraiment toutes les potentialités dramatiques du récit.
Certaines situations auraient pu être dramatisées, alors quelles ont été traitées de façon excessivement anodine.
Par exemple, Sergueï, lhomme de main de Viktor Sadykov, débarque chez le frère de Stéphane... Il sonne à la porte. Stéphane va ouvrir et Sergueï vide le magasin dun pistolet contre le mur du corridor de lappartement, à côté de la tête de Stéphane, avant de prendre la fuite... La réaction de Stéphane nest même plus du flegmatisme. Cest quasiment de lindifférence, comme si on lui avait délivré un télégramme... "
-" Je trouve bien que vous citiez lexemple du télégramme, parce quil sagit exactement de ça.
Stéphane ne parvient pas à prendre vraiment au sérieux cette histoire de mafia russe. "
-" Mais quand on se fait tirer dessus... Tout de même !... Il na aucune réaction. "
-" Vanina lui dit : " Vous croyez vraiment quil vous aurait raté sil avait voulu vous abattre ? " Stéphane répond : " Non. Cest de lintimidation, le message est clair... "
-" Néanmoins, même sans modifier la réaction de Stéphane, naurait-on pas pu dramatiser le récit en montrant Sergueï en train de le suivre, etc... ? Que le lecteur perçoive la menace et sangoisse un moment. Jouer sur le suspens... "
-" Il ny a pas de motif pour suivre Stéphane, puisque Vanina est avec lui et quelle informe Sadykov de ce quil fait. "
-" Mais Sergueï ignore si Stéphane se trouve chez son frère à ce moment-là. Il aurait pu sabsenter, ne serait-ce que pour sacheter des cigarettes.
Il y a une seconde situation analogue, quand Stéphane rejoint son frère, au chalet valaisan. François se planque là-bas. A son arrivée, Stéphane se fait braquer par un pistolet. De nouveau, il y a une potentialité dramatique à exploiter, mais vous désamorcez aussitôt la situation en faisant dire à François quil s'agit d'une arme factice... "
-" Ben ouais. "
-" Si on voulait saboter votre scénario, ny introduirait-on pas des trucs de ce genre ? "
-" Le souci que javais, dans Vanina Business, était dintroduire une histoire très suisse, où tout se déroule sans trop de problèmes.
Quand quelque chose dextraordinaire se produit, cest toujours rapidement désamorcé.
Quand la voiture de Ruffieux fracasse la vitrine du magasin de tabac, les passants regardent et disent : " Il est mort dune crise cardiaque. "
-" Là encore, vous auriez pu nous montrer la femme en train dempoisonner le volant du véhicule... "
-" Jaurais aussi pu montrer Vanina en train de se faire tabasser... "
-" Vous avez occulté les scènes émotionnellement fortes. Or, ce sont ces scènes qui restent dans la mémoire du lecteur. "
-" Je suis daccord avec vous, mais, dans Vanina Business, cétait voulu. Tel nest pas le cas dans les autres albums. "
-" Sadykov nest-il pas dans un triste état mental ? "
-" Cest un con de mafieux. Il est bourré de fric, mais il est quand même con. Ce nest pas parce que vous êtes plein de fric que vous êtes intelligent. "
-" Comment avez-vous inventé ces personnages ? De quoi sont-ils inspirés ? "
-" Ils sont inspirés de ma pure imagination.
Il fallait absolument mettre un personnage con et désagréable. Sadykov se fout complètement de Vanina. Pour lui, cest de la chair à tapin ; du bétail. Sil na pas celle-ci, il en aura une autre.
Dailleurs, ces nanas qui font la tournée des cabarets ne restent pas pendant six mois. Elles peuvent changer toutes les deux semaines. Quand un client a vu quatre fois le même cul, il ne retourne plus dans la boîte.
Quand Stéphane veut racheter Vanina, Sadykov est même étonné : " Vanina nest pas une bonne affaire... Jai mieux à vous proposer. "
-" Nest-elle pas surprenante, cette scène où Stéphane débarque chez Sadykov, pour lui proposer de racheter Vanina ?
Sadykov ne devrait-il pas être stupéfait de constater que Stéphane a réussi à remonter jusquà lui ? "
-" Sadykov ne se cache pas. Ce nest pas un type qui agit dans lombre, avec des lunettes noires. Il est tenancier dau moins une boîte de nuit.
Là où Sadykov se méfie un peu, cest quand Stéphane lui dit qu'il vient de Belfast. Sadykov redoute un règlement de comptes. Belfast évoque les terroristes, etc... Allez savoir quelles relations Stéphane peut avoir avec des terroristes de Belfast ?
Je voulais placer cette histoire sur le plan humain. Cest une petite histoire humaine. Vanina aurait pu être charcutière et exploitée dans une charcuterie.
Sadykov est déshumanisé. Son nom est transparent. Il passe son temps à sénerver, à gueuler et à trépigner. Cest un gros con capricieux.
Son avocat, Yvan, essaie un peu de le contrôler. Parce que, lui, il est visiblement moins con que Sadykov. Comme on ne peut rien faire contre la connerie, la plupart du temps Yvan baisse les bras. "
-" Envisagez-vous que Vanina réapparaisse, ultérieurement, dans dautres albums, comme Alice ? "
-" Je ne lai pas tué... Cest comme pour le frère de Stéphane.
Au fil de ces albums, jai accumulé une collection de personnages, et ça me permet den réutiliser un de temps en temps.
Pourquoi pas Vanina ? Pourquoi pas Yves ? "
-" Yves naurait-il pas pu trouver sa place, dans cette histoire de proxénètes, en qualité de sous-fifre de Sadykov ? "
-" Je ny ai pas pensé. "
Projets de téléfilms
-" Pouvez-vous nous parler de votre prochain récit, consacré au problème de leau, au Kurdistan ?
Quand lavez-vous conçu ? "
-" En même temps que Vanina Business. Les deux histoires ont été écrites au cours du même été.
Les Humanoïdes Associés mavaient demandé décrire des synopsis de téléfilms. Il fallait trois récits inédits. "
-" Sagissait-il dadapter les aventures de Stéphane pour la télévision ? "
-" Oui.
Alors, jai réécrit Le guêpier, en lactualisant.
Jai adapté Captifs du chaos. Désormais, ça se situe en Irlande.
Pondicherry reste tel quil est. Belfast, idem. Vanina, idem.
Quant au prochain récit, conçu en deux albums, il ne fera quun seul téléfilm.
Les synopsis sont faits. Ils sont passés par un producteur. Ensuite, un autre producteur sen est emparé. Après, cétait retour au premier.
Quand ils se seront décidés, il faudra aller vite. On risque de tourner trois épisodes en même temps.
Ce serait bien, que ça se fasse. Les dialogues seront écrits par des professionnels de la télévision.
Jai un droit de regard sur le fond, mais pas sur la forme.
Jai ajouté des scènes de cul. Sil n'y a pas un sein qui traîne, dans un téléfilm, il ne se fait pas... "
Evolution d'un scénario
-" Comment aviez-vous initialement conçu votre projet de scénario sur le problème de leau ? "
-" Au départ, il sagit dune magouille entre le département culturel du consulat britannique à Istambul, et un nommé lord Wilkinson, qui est mentionné dans Vanina Business.
LAfghanistan est au carrefour des civilisations. Cest la route de la soie, des grandes invasions : Alexandre le Grand, etc... Il y avait, dans ce pays, des milliers doeuvres dart, des pièces uniques, gréco-bouddhistes, etc..., datant du 2ème siècle avant J.C. jusquau 5ème siècle après J.C.
Depuis que l'armée soviétique a envahi lAfghanistan, le musée de Kaboul a été complètement pillé. Non seulement par les Soviétiques, mais aussi par les divers clans afghans qui se sont opposés à eux. Actuellement, il ne reste que 20 % des collections. Les 80 % pillés se trouvent à Sydney, Londres, nimporte où, chez des collectionneurs privés.
Noublions pas que Cynthia soccupe doeuvres dart. Elle est mandatée par une dame, qui sappelle Sheila Mac Kingsley, pour récupérer les 275 caisses qui restent, cest-à-dire les derniers 20 % des collections du musée de Kaboul, bloqués dans un hôtel, par une fondation. Il ne sagit plus que de pièces relativement mineures. Ce qui ne valait pas vraiment la peine dêtre pillé. Il faut absolument le récupérer.
Jai imaginé que, pour préserver ces pièces des Talibans, lord Wilkinson les a transférées à Alep, au Kurdistan syrien. Trafiquant dart, il espère vendre, pour son propre compte, 30 % de ces ultimes collections et restituer le reste à la fondation.
Un attaché culturel du consulat britannique dIstambul est de mèche avec Wilkinson. Il décide soudain que Cynthia ne doit pas aller à Alep, chercher ces caisses doeuvres dart, parce quil a eu vent que les Kurdes préparent une action spectaculaire dans la région. Comme Wilkinson a absolument besoin de Cynthia, lattaché culturel britannique affirme que les autorités syriennes ne veulent pas traiter avec une femme.
Cynthia et Wilkinson suggèrent que ce soit Stéphane qui se rende à Alep. Le consulat accepte dautant plus que Stéphane n'est pas britannique et quon pourra le désavouer plus facilement en cas de problèmes.
Stéphane se rend donc à Alep, en train, en croyant quil ne sagit que de faire tamponner des documents et récupérer des caisses dans un entrepôt, pour les charger dans un train à destination dIstambul.
Officiellement, les caisses sont censées retourner au musée de Kaboul, quand la situation politique se calmera en Afghanistan -mais on a vu que Wilkinson a dautres projets, moins altruistes...
Cynthia, qui est restée à Istambul, reçoit un appel téléphonique de lattaché culturel britannique, qui linvite, un soir, à sortir. Il la drague, etc... Comme il se laisse aller, il évoque la magouille de Wilkinson.
Cynthia prend peur pour Stéphane et décide de sauter dans un bus, afin de rattraper le train de Stéphane et arriver à Alep en même temps que lui.
Mais laction médiatique organisée par les Kurdes se déclenche. Ils font sauter des objectifs en Turquie, en Irak, en Syrie et en Iran, puisque le Kurdistan chevauche les frontières de ces pays. Ils occupent des barrages sur le Tigre, en Turquie, et ils capturent des otages -parmi lesquels figure Cynthia-, ce qui met larmée turque sur les dents.
A lorigine, ce qui précède constituait le premier volume de lhistoire.
Arrivé à Alep, Stéphane sétonne dobtenir, sans problème, dans les différents ministères, tous les tampons dont il a besoin.
Quand tout est okay, en compagnie dun représentant du ministère syrien de la culture, Stéphane va vérifier le contenu des caisses dans l'hôtel d'Alep où elles sont entreposées.
Le lendemain, il a rendez-vous, avec le Syrien, au souk dAlep, pour y recruter des porteurs qui chargeront les caisses dans un camion. Elles seront transportées à la gare et chargées dans un train, pour Istambul. Stéphane naura alors plus quà prendre un avion pour la même destination et sa mission sera achevée.
Mais ça ne se passe pas comme prévu, parce que, pendant que Stéphane attend, à son rendez-vous, le souk se vide. Les rideaux de fer de tous les magasins sont abaissés. La population séclipse.
En déambulant autour du lieu de rendez-vous, Stéphane aperçoit une flaque de sang, dans une rigole, et découvre le Syrien quil attendait, égorgé dans le caniveau. Sur un toit, un homme accroupi sapprête à sauter sur Stéphane. En face, dautres types, encagoulés, arrivent en courant. Depuis le toit, le type embusqué saute sur Stéphane et lui applique un couteau sur la gorge. Mais, à lautre bout de la rue, un manchot encagoulé hurle quil faut lépargner. Ce manchot entraîne Stéphane à lécart, à linstant où une monstrueuse explosion dévaste toute cette partie du souk désertée par la foule.
Après lexplosion, Stéphane est le premier à se relever et sapprête à déguerpir, quand le manchot linterpelle par son nom et en français, le dissuadant de senfuir.
Stéphane se laisse emmener. Il est pris en otage et emmené dans un local, quil ne peut pas situer, où on le séquestre. Le manchot qui lavait interpellé au souk lui apporte du thé. Cest Ömer, le manchot de Karakulak. Le thé était drogué. Stéphane sendort. On le charge dans un véhicule et on lemmène au Kurdistan turc, pour le garder avec les autres otages.
Ensuite, les Kurdes expliquent le problème de leau. Normalement, lirrigation est destinée aux agriculteurs kurdes, mais les trois quarts de leau foutent le camp ailleurs, etc... Ils veulent attirer lattention du monde.
Le vendredi étant un jour férié chez les musulmans, les Kurdes ont déclenché leur action le samedi et le dimanche. Comme cest dimanche, Stéphane explique à Ömer que les médias occidentaux ne sintéressent quau sport. Laction des Kurdes est inutile, car aucun média ne sy intéressera.
Effectivement, les médias ne soccupent pas de cette histoire. Les Turcs reprennent le contrôle des barrages, en tuant certains Kurdes, et en en arrêtant dautres, pour les torturer. Les prisonniers sont obligés de révéler lendroit où les otages sont réunis.
Il y a deux baraquements : un pour les femmes et un pour les hommes.
Quand les preneurs dotages kurdes apprennent, par la radio, que les barrages ont été repris par les Turcs, ils décident de se replier, avec les otages, vers une autre base, inconnue des Kurdes arrêtés.
Les otages femmes sont chargés dans un bus bleu ; les hommes dans un bus blanc.
Cynthia saperçoit alors que Stéphane a, lui aussi, été pris en otage, et quil était détenu dans le baraquement des hommes.
A ce moment-là, des hélicoptères de larmée turque surgissent en mitraillant tout ce qui bouge : otages et gardiens kurdes. Sur les quinze otages, il ny a que cinq survivants.
La prise dotage sarrête là.
Les médias ne sintéressent quaux otages libérés et passent sous silence les revendications des Kurdes.
A la fin de lhistoire, Cynthia et Stéphane chargeaient les fameuses caisses dans le train dAlep, pour Istambul, pendant que les infos annoncent la désignation d'une commission denquête internationale, à cause de la brutalité aveugle de lintervention turque. "
-" Et léditeur vous a demandé de modifier le déroulement de cette histoire ? "
-" En fait, le problème de leau n'apparaissait que dans la seconde partie de la version initiale, quand Cynthia se rend compte quil y a une magouille derrière ce transfert doeuvres dart.
Dans la nouvelle version, comme lAfghanistan a une frontière commune avec le Pakistan, lord Wilkinson demande à Cynthia de ramener des pièces divoire de Peshawar à Londres.
A cause dun problème technique, lavion est obligé de se poser à Alep. Là, les passagers et le fret doivent changer davion. Comme il faut repasser la douane, à laéroport, on découvre les objets divoire dans les bagages de Cynthia. Livoire étant sous embargo, Cynthia est arrêtée.
Lord Wilkinson " pète les plombs ", parce que les cent pièces divoire valent dix millions de dollars. Comme il a appris que Stéphane est à Istambul, lord Wilkinson demande à lattaché culturel du consulat britannique de le retrouver.
Cet attaché culturel explique à Stéphane que Cynthia a été arrêtée, à Alep, mais que les Syriens la libéreront si on leur fournit tous les documents prouvant que les pièces divoire ont été achetées officiellement. Parce que les oeuvres dart ne sont pas soumises à lembargo. Stéphane accepte donc daller à Alep, pour faire tamponner les documents et pouvoir libérer Cynthia.
On retrouve le Syrien du ministère de la culture. Il explique à Stéphane que Cynthia nest plus en prison, mais en résidence surveillée à lextérieur. Ce Syrien donne rendez-vous à Stéphane, le lendemain matin, au souk. De là, il le conduira vers Cynthia, pour la libérer et reprendre un avion.
A partir de là, on retrouve lenchaînement initial, avec le Syrien égorgé au souk, les types encagoulés qui prennent Stéphane en otage, etc... "
-" Et comment le second volume se déroulera-t-il ? "
-" Le second volume, je ne lai pas encore réécrit.
Sheila Mac Kingsley, membre de la fondation pour le musée de Kaboul, va magouiller contre Wilkinson, dont on apprend quil nest pas du tout franc du collier. "
-" Comment Stéphane et Cynthia réagissent-ils ? "
-" Cynthia va se débrouiller pour que les pièces divoire retournent vraiment au musée de Kaboul, au lieu dêtre détournées au profit de Wilkinson.
Mais jignore encore les détails de lintrigue. Je ne peux donc pas raconter la fin...
Ce quil y a de sûr, cest quune partie de laction se déroulera à Peshawar, que Wilkinson sera confondu et que les pièces divoire seront mises en sécurité. "
-" Avez-vous déjà choisi le titre de ces deux albums ? "
-" Le premier volume sera intitulé Lor bleu et le second Livoire de Sheila Mac Kingsley. "
La gestation de Tamerlan
-" Où en êtes-vous, avec votre projet de Tamerlan ? "
-" Toujours sur la case départ. Rien de nouveau.
Je ne veux pas faire un récit historique. Jai lu la biographie de Tamerlan, et plein de bouquins, mais je ne suis pas encore allé en Ouzbékistan.
Jai envie détablir un parallèle entre deux histoires, mais je ne sais pas comment my prendre. "
-" Avec votre histoire de Kurdes, vous ramenez le lecteur dans la région où on a si souvent vu Stéphane : Afghanistan, etc... "
-" Mon terrain de prédilection.
Peut-être que le projet de Tamerlan fera une suite avec lAfghanistan, puisquil y a une frontière avec lOuzbékistan.
Il y a des magouilles monstrueuses, en Ouzbékistan. Les Ouzbeks craignent que les Talibans afghans traversent la frontière et viennent leur imposer la sharia. Il y a du pétrole, du gaz.
Jignore ce que je vais faire, par rapport à ça. Jaimerais faire une histoire un peu politique.
Et puis, il y a le sarcophage de Tamerlan, dont on ignore où il est. Jaimerais introduire une histoire où un bacille -la peste, par exemple- ait été préservé pendant des siècles. Il déclenche une épidémie, quand on retrouve le sarcophage.
Il faudrait vérifier si une telle conservation est possible dans certaines circonstances particulières, et si le bacille serait toujours actif. "
L'ombre de Jaïpur
-" Nous allons parler des albums dont vous navez pas écrit le scénario.
Lombre de Jaïpur est un excellent recueil de nouvelles, très originales. Un mélange de Conan Doyle et de Kipling. "
-" Tout à fait. Juan Martinez voulait faire un truc dans la mouvance de ces bouquins-là. Stevenson, Kipling, etc... "
-" Comment avez-vous fait la connaissance de Juan Martinez ? "
-" En 1978, à Kovalam, une plage au Sud de lInde. Il voyageait.
Nous nous sommes croisés, dans un hôtel. Quand jai demandé sil y avait une chambre de libre, il a identifié mon accent genevois. Il est sorti de sa chambre et ma demandé : " Tu viens aussi de Genève ? " Je lui ai répondu : " Ouais, ouais ! " Il me dit : " Alors, viens ! Jai un truc à te lire ! " Vraiment de but en blanc... Je nai même pas eu le temps de poser mon sac dans ma chambre. "
-" Savait-il que vous faisiez de la BD ? "
-" Pas du tout !... On ne se connaissait pas. Il ne savait même pas comment je mappelais... Et il ma lu Lombre de Jaïpur !...
Je lui ai dit : " Cela tombe bien !... Toi, tu écris, et moi, je fais de la BD !... On en fera un recueil, quand je rentre. "
Nous avons voyagé ensemble, pendant un mois ou deux, puis nous sommes partis, chacun de notre côté.
Durant son voyage, il a écrit dautres nouvelles. Nous nous sommes retrouvés à Genève, et puis voilà...
Il navait pas écrit pour la BD. A part les Tintin, il navait jamais dû lire une BD de sa vie. Jai dû absolument respecter son texte. Cest pourquoi il y a beaucoup de narration et très peu de dialogues. Je nai rien changé. Cela donne un album très littéraire. Cest du littéraire illustré. "
-" Cela correspond tout à fait à latmosphère de lépoque. "
-" Et le texte est trop beau pour lamputer et juste écrire " le lendemain "...
Dans chacune des nouvelles quil a écrites, il y a un propos intéressant. "
-" Ces nouvelles se situent à des époques différentes. Il y a la série qui se déroule, à la fin du 19ème siècle, en Inde et dans lHimalaya, et il y a des nouvelles plus récentes, qui se situent à Genève.
On remarque, dans vos dessins, que le même personnage apparaît, sous des identités différentes et à des époques très distantes... "
-" Cétait voulu, pour établir un lien entre toutes les histoires.
Ce qui compte, cest moins le personnage que le propos, la réflexion. Elle reste la même, quel que soit le personnage. "
-" Avez-vous illustré toutes les nouvelles de lalbum à la même époque ? "
-" Sur une durée dune année, ou un peu plus.
Elles ont été publiées, soit dans Métal hurlant, soit dans Pilote. "
-" Pour vous, était-ce une coupure, après Le repaire de Koslov et avant Les routes de Bharata ? "
-" Javais écrit Bharata et Surya avant le voyage. Javais les deux scenarii, quand jai rencontré Martinez. "
-" Quand on considère la somme de travail que représente un album, il est surprenant que vous ayez retardé la réalisation de vos scenarii pour dessiner L'ombre de Jaïpur. "
-" A lépoque, je dessinais davantage quune page par jour. Cela ne ma pas pris un temps fou.
Je suis revenu dInde à la mi 1979. Bharata et Surya sont sortis en 1981 et 1982. Il ma donc fallu moins dune année, pour dessiner Lombre de Jaïpur. Jai dû y passer quatre ou cinq mois. Cest relativement rapide. "
-" Peu de dessinateurs auraient accepté dinterrompre une série, dont les scenarii sont déjà écrits, pour illustrer les récits proposés par quelquun dautre... "
-" Quand je suis rentré de voyage, à la mi 1979, les premiers Humanoïdes Associés avaient fait faillite... Je navais plus d'éditeur. Lombre de Jaïpur a eu le temps de passer dans Métal hurlant et ils ont dû mettre la clé sous le paillasson, peu après. Ensuite, jai dû chercher un nouvel éditeur.
Dargaud hésitait à reprendre la série. Javais passé la suite des nouvelles de Martinez à Pilote. Elles ont donc été publiées dans Pilote. Dargaud a édité lalbum, puis la réédité. Et cest seulement ultérieurement quil a été réédité chez les nouveaux Humanoïdes Associés.
Les premiers Humanoïdes Associés avaient été repris par limprimeur espagnol, qui voulait rentabiliser ses pertes. Ensuite, ça a été repris par Hachette. Finalement, Fabrice Giger a racheté les Humanoïdes Associés et le stock.
Entre temps, Casterman ma contacté, pour reprendre la série des Stéphane. A ce moment-là, javais déjà dessiné une vingtaine de pages de Bharata. "
-" Dans Lombre de Jaïpur, certains récits sont réalistes, tandis que dautres sont complètement loufoques, hallucinés.
Quand vous lisez un scénario comme La puissance du serpent, et que vous vous dites quil faudra lillustrer, comment réagissez-vous ? "
-" Quand vous connaissez bien la personne qui a écrit, quand vous avez voyagé avec, pendant plusieurs mois, que vous êtes en symbiose... Quand Martinez me lisait les textes, je voyais apparaître les images et, quand il a vu les dessins, il retrouvait son histoire... Il ny avait donc pas tellement de problèmes, par rapport à ça.
Maintenant, je ne sais pas ce quon en penserait, tous les deux. Parce que, je vous avouerai que je ne lai pas relu et, sans doute, lui non plus, dailleurs... Mais, sur le moment, ça coulait de source. "

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