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Patrick Chazaud, membre de lAssociation des clients des banques (ASDEB), sexprime à propos du système mafieux genevois
Patrick Chazaud, cest lhomme qui est à lorigine des scandales de la Banque Cantonale de Genève (BCG) et des Offices des poursuites et faillites (OPF).
Dans cet interview, Patrick Chazaud fait la synthèse des deux affaires ; décrit le fonctionnement de certaines magouilles ; met en évidence les connivences politiques, judiciaires ; dénonce limplication de plusieurs conseillers dEtat (ministres) genevois actuellement en fonction ; et évoque les prochains scandales qui, tels des bombes à retardement, sapprêtent encore à éclater.
Ce qui apparaît, à travers cet interview, cest une situation de corruption généralisée et, derrière la façade potemkine de lEtat de droit, un système mafieux aux abois.
Question :
-« M. Chazaud, dans quelles circonstances avez-vous créé, à Genève, lAssociation des clients des banques ? »
Patrick Chazaud :
-« Cette association a été créée, pour différentes raisons, par MM. Christian Wurth, Charles Dom et moi-même. A la suite de déconvenues dans nos relations avec des banques.
Pour ma part, je réagissais contre la manière dont mes crédits immobiliers ont été très rapidement dénoncés, suite à la hausse des taux dintérêts et dune affaire de garantie bancaire.
Les ressources financières de lASDEB
LASDEB tourne avec 5000.- FS, 6000.- FS par an. Les membres paient une cotisation de 80.- FS. Certains versent parfois 100.- FS, 200.- FS
Notre activité est entièrement bénévole. Nous avons réalisé des brochures. LASDEB peut rarement soffrir des annonces dans les journaux. Nous navons pas les moyens de nous faire connaître, si la presse ne parle pas de nous.
Il faut bien comprendre que ce scandale nest pas vraiment celui de la BCG. Les dirigeants se sont servis du papier à lettres de la banque pour leur profit personnel et au profit de leurs petits copains. La banque sest faite pigeonner, au même titre que lensemble des contribuables -puisque le capital de la BCG est garanti par lEtat de Genève. »
-« Quelle était la nature de vos affaires immobilières ? »
-« Jeffectuais des achats de terrains, pour obtenir des autorisations de construire et réaliser les travaux.
Promotion immobilière
Jachetais, aussi, des petits et moyens immeubles, pour les rénover et les louer. Il sagissait dopérations de mise en valeur.
Mais jai surtout fait des opérations de construction.
Je travaillais à mon nom. Daffaire en affaire, je massociais avec des architectes ou des entrepreneurs. Ces activités ont duré de 1988 à 1993, époque où jai dû fermer mes bureaux et des procédures de poursuites ont été engagées contre moi. »
-« Pourquoi votre entreprise a-t-elle soudain périclité ? »
-« En ce qui me concerne, à lépoque de la Banque Hypothécaire -avant sa fusion avec la Caisse dEpargne au sein de la BCG-, jétais actionnaire de la société immobilière SI La Proue, avec un partenaire.
M. François Moser -un professionnel de limmobilier- était administrateur de cette SI La Proue.
En 1988, on nous a proposé une affaire immobilière pour la SI La Proue. M. Maurice Sauthier -expert de la BCG- a estimé lobjet à plus de 13 millions de francs. En sa qualité dadministrateur de la SI La Proue, afin dobtenir un crédit bancaire dans le but dacheter cet objet, M. Moser a signé des cédules hypothécaires -des garanties pour le prêt- pour un montant de 11 millions de francs, en faveur de la Banque Hypothécaire. Je me suis donc retrouvé co-débiteur de ce prêt accordé à la SI La Proue.
Daprès ce que nous devions apprendre ultérieurement, M. Moser na pas signé ces cédules sans y trouver son intérêt personnel
Il a empoché 500000.- FS sur les 11 millions, en prétendant que le vendeur de la SI Laproue, Max Dubuis, lui devait cet argent. Selon Max Dubuis, qui a entamé une procédure judiciaire contre M. Moser, les allégations de ce dernier sont mensongères.
Toujours est-il quen signant ces cédules, M. Moser reconnaissait implicitement que lobjet valait en tout cas davantage que 11 millions.
Fausse « expertise »
Dans cette affaire de la SI La Proue, la BCG a procédé à une surévaluation de la valeur de limmeuble en question, au moyen dune fausse « expertise » qui lestimait à 11 millions 450000.- FS. Notre contre-expertise arrivait à 4,75 millions... Ces deux expertises ont été communiquées à la BCG. Ultérieurement, nous avons constaté que la BCG ne possédait plus notre contre-expertise.
Il y a donc faux dans les titres, abus de confiance et dissimulation de documents.
La faillite de la société immobilière La Proue
Par la suite, comme bien dautres, la SI La Proue a été victime de la crise immobilière, avec la hausse des taux dintérêts. Incapable de rembourser le prêt, elle a fait faillite. Elle a alors été placée en gérance légale, sous le contrôle des OPF.
Quand vous faites des projets de construction, vous devez préparer des plans financiers. Il sagit dévaluer la relation coût/bénéfice, pour sassurer de la rentabilité du projet. Comme ces coûts se répercuteront dans le prix de vente de limmeuble, ou dans le prix des loyers, il faut tenir compte de la situation du marché, si vous voulez pouvoir trouver un acquéreur ou des locataires. Vous tenez compte, notamment, des intérêts que les banques vous demandent, pour les crédits nécessaires.
A lépoque, il sagissait de crédits à 4,5 %, 5 % dintérêts.
Après que nos opérations aient démarrées, nous avons subi des hausses de taux dintérêts. Ils sont passés à près de 10 %. Ces hausses ont doublé les charges financières proprement dites, ce qui sest répercuté sur le prix quon devait réclamer aux clients.
Or, parallèlement, le marché immobilier sest effondré de 30 %...
Tous nos calculs de rentabilité sont tombés à leau. »
-« Quel a été le comportement des banques, quand vous avez subi ces difficultés ? »
-« Avec les PME, les banques nont pas fait de sentiments. Elles ont dénoncé les crédits, dans les plus brefs délais.
Les Offices de poursuites et faillites
Les tribunaux accordent tout de suite les mains levées, pour les procédures de recouvrement. Ensuite, les OPF passent à la vente aux enchères, et la banque rachète limmeuble. »
-« Votre enquête ne fait-elle pas apparaître des liens entre les magouilles des dirigeants de la BCG et laffaire de lOffice des poursuites et faillites ?
Rappelons que laffaire des OPF a été présentée, par les médias, comme si les dysfonctionnements étaient dus à des fonctionnaires ripoux agissant à linsu du gouvernement. Et, là-dedans, le milieu politique naurait rien à se reprocher, sinon peut-être un manque de vigilance. Selon cette version, cest parce que les politiciens sont tellement honnêtes quils ont indûment accordé une confiance excessive à des fonctionnaires indélicats
»
-« Il faut commencer par expliquer laffaire du New Morning. Il y a un lien avec la BCG et un lien avec les OPF.
Laffaire du New Morning
Le New Morning était une boîte de nuit, au rez-de-chaussée dun immeuble, au bord du Rhône, à Genève. Il appartenait à une société immobilière, la SI Coulouvrenière, dont M. Eric Dougoud était lactionnaire. M. Dougoud avait effectué une opération immobilière dans le quartier. Des choses avaient été construites. Il était le propriétaire du New Morning. Au-dessus de la boîte de nuit, il y avait des bureaux et des appartements.
Puis est venue la crise immobilière. Laffaire a mal tourné. La SI Coulouvrenière a été mise en faillite. Elle est tombée sous le contrôle des OPF. Ceux-ci ont mis les biens immobiliers aux enchères.
A lépoque, nous avions dénoncé le fait que ces biens avaient été rachetés par une société de portage de la BCG -Le capital immobilier-, administrée par M. Paul Epiney, responsable du Comptoir genevois immobilier. Une société de portage a pour but de camoufler des pertes comptables de la banque, en reprenant la créance de limmeuble bien au-dessus de la valeur du marché. Ce procédé est illégal.
Quand nous avons affirmé que Le capital immobilier était une société de portage de la BCG, on nous a répondu que cétait faux ; quil sagissait dune société privée.
Là-dessus, il y a eu la vente, par les OPF, du fonds de commerce du New Morning : murs de la boîte de nuit, enceintes stéréophoniques, actifs, meubles, bureaux, appartements, etc... La valeur totale de linvestissement était de lordre de 1,8 million de francs suisses. Le propriétaire du New Morning a dû produire un inventaire correspondant à ce montant, pour les OPF. Le contenu de cet inventaire était dailleurs assuré pour 2 millions.
Les OPF et le New Morning
Les OPF ont donc procédé à une mise aux enchères bidon des biens de la SI Coulouvrenière, et cest une société de portage de la BCG qui a repris ça. La BCG était le partenaire financier de toute lopération.
Souvent, les OPF procèdent à une vente de gré à gré, sans enchères. Même quand il y a enchères, lopération est généralement truquée. Par exemple, ladministrateur dune société de portage de la BCG propose un prix dachat très supérieur à la valeur du marché. Son offre décourage tous les acquéreurs sérieux. La société de portage ramasse donc laffaire et la BCG évite de reconnaître que le crédit quelle avait accordé pour cet immeuble ne correspond pas à la valeur réelle de limmeuble, et moins encore à sa rentabilité.
La masse salariale impayée des employés du New Morning se situe entre 200000.- FS et 220000.- FS. Les salariés du New Morning devaient apparaître comme des créanciers de 1er rang et être payés prioritairement, avec les biens qui seraient encaissés ou saisissables, dans cette faillite. Ces salariés nont jamais reçu un franc.
Aux OPF, M. von Deschwanden a alors ordonné des évacuations et, par erreur, il a ordonné lévacuation de bureaux dont les locataires étaient titulaires de baux réguliers. Ces locataires ont engagé une procédure judiciaire et ont obtenu des dommages pour un montant de 190000.- FS.
Les OPF se sont servis de largent provenant de la SI Coulouvrenière pour indemniser ces locataires, au lieu dutiliser l argent pour payer les salariés...
Cétait dautant plus scandaleux quil y avait peu de Suisses parmi ces employés du New Morning. Les étrangers savent dautant moins comment défendre leurs droits. M. Dougoud, leur ex-patron, a décidé de réagir pour leur compte. Il men a parlé. Quelques-uns de ces salariés ont engagé des procédures juridiques. Ces procédures ont été classées par le procureur général Bernard Bertossa. Aucun des plaignants na obtenu gain de cause, que ce soit au pénal ou au civil.
Commission denquête
Nous avons constitué une association, pour défendre ces ex-employés, et nous avons rédigé une pétition à lintention du Grand Conseil -le parlement cantonal- genevois, pour dénoncer ce scandale. Nous avons bien précisé que cétait lié à la BCG. La pétition a été déposée en 1997.
Certains députés ont été choqués. Ces députés ont décidé de faire une enquête. Il y a quand même des députés qui font leur boulot
Dans le cadre de la commission de gestion du Grand Conseil, une commission spéciale a été constituée pour enquêter sur cette affaire. On ma demandé si je connaissais dautres cas de gens qui avaient été victimes des OPF. Dans le cadre des affaires liées à la BCG, il nous était arrivé davoir des échos quant à la manière suspecte dont étaient gérées ces faillites. Jai pu citer certains noms. Il y a eu une monstre enquête. Dautres cas ont été découverts. Cest devenu le scandale des OPF.
La commission a achevé un rapport, vers la fin 2001. Dans ce rapport, il est écrit que les ex-employés du New Morning doivent être absolument payés. LEtat de Genève est invité à les indemniser, parce quils ont été volés par des fonctionnaires des OPF. »
-« Il faut rappeler que le personnel des OPF se permettait à peu près nimporte quoi : location illégale de places de parking, caisses noires, manipulations comptables, etc
»
-« A lépoque où le New Morning avait été déclaré en faillite, les OPF lont vendu, pour 450000.- FS, à M. Beat Fritz, qui était censé reprendre laffaire et la gérer. En réalité, M. Fritz na jamais eu à payer les 450000.- FS aux OPF, ni à verser cette somme au départ. Pourtant, pendant plus dune année, voire deux ans, M. Fritz a géré cette affaire pour son profit personnel, en réalisant un chiffre daffaires de 3 millions. Au bout du compte, M. Fritz na payé que 190000.- FS sur les 450000.- FS quil devait aux OPF. Puis il a disparu. Ce sont précisément ces 190000.- FS qui ont été dépensés pour indemniser les locataires évacués par erreur.
Déjà à lépoque, M. Fritz était connu pour traîner des casseroles financières. Cétait un spécialiste des opérations analogues : prendre des choses et ne pas les payer. Et cest à lui quon a confié la gestion du New Morning
Implications politiques dans laffaire du New Morning
Ensuite, les OPF ont vendu les actifs du New Morning, pour la modique somme de 40000.- FS. ; alors quen 1992-1993 ces actifs étaient estimés à 1,8 million
Les fonctionnaires des OPF se sont permis de réduire arbitrairement la valeur de linventaire à 50000.- FS seulement. Par exemple, une chaise était estimée à 1.- FS, tandis quaucune valeur nétait attribuée au stock dalcool.
Le député Philippe Glatz et ses petits copains
Les actifs du New Morning ont été vendus, pour 40000.- FS, à une société appelée Cassis management. Il sest écoulé, en tout et pour tout, quatre jours entre la constitution de Cassis management et lachat des actifs du New Morning, par cette société, auprès des OPF. Elle a donc été constituée pour les besoins de la cause.
Lun des actionnaires de Cassis management est Philippe Glatz, député du parti démocrate-chrétien (PDC) au Grand Conseil genevois, actuellement président de la commission des Finances du Grand Conseil, et qui a été membre de la commission de contrôle et de gestion de lEtat. Cest cette commission qui a auditionné les victimes des OPF.
Philippe Glatz est également directeur de la clinique des Grangettes. Cest avec deux autres personnes -dont un médecin- quil a constitué la société Cassis management, dans le but dacquérir les actifs du New Morning pour 40000.- FS.
Coïncidences. Qui est président du conseil dadministration de la clinique des Grangettes ? M. Dominique Ducret, PDC, président du conseil dadministration de la BCG à lépoque de cette affaire, et actuellement inculpé. Qui est actuellement le directeur général de la BCG ? M. Blaise Goetschin, qui a succédé à M. Marc Fues. Avant dêtre nommé à la direction générale de la BCG, M. Goetschin était administrateur de la clinique des Grangettes
Bien que son nom figure dans les actes juridiques liés à la création de Cassis management, le député Philippe Glatz affirme quil navait rien à voir dans laffaire du New Morning. Il dit que cest un M. Piguet qui avait négocié avec les OPF.
Jean-Claude Piguet est médecin à la clinique des Grangettes. A croire que la clinique des Grangettes avait pour vocation de tenir des bars, des restaurants et des boîtes de nuit
La raison sociale de la clinique des Grangettes, cest « affaires en tous genre » ?
Philippe Glatz a dailleurs commencé par prétendre que les 40000.- FS étaient un prix trop élevé pour le New Morning. Selon lui, il y aurait eu des vols et laffaire ne valait que 6500.- FS. Ainsi, Philippe Glatz commence par affirmer quil na rien à voir là dedans, puis il se plaint en disant que cétait trop cher
Manque de chance pour lui, la députée socialiste Alexandra Gobet a obtenu la copie dune lettre, datée de 1997, qui offrait 200000.- FS pour ce que M. Glatz a payé 40000.- FS
Lex-propriétaire du New Morning, M. Dougoud, vous confirmera quil a assisté à des conversations téléphoniques entre M. von Deschwanden -des OPF- et M. Dominique Ducret -de la BCG-, à propos de ces problèmes liés au New Morning.
Pigeonnés jusquau trognon
Nous avons des membres qui sont en litige avec la BCG et qui, comme par hasard, se retrouvent en litige avec les OPF. Parce quune fois quils ont été spoliés par la BCG, en plus, ils se font encore « astiquer » par les OPF
Je connais le cas dune femme qui avait un grand commerce de vêtements, à la place Longemalle. Elle disposait, à la BCG, dun petit crédit commercial de 200000.- FS. Cette dame a subi des problèmes de santé assez importants. Un des directeurs adjoints de la BCG sest proposé de gérer lui-même le magasin, depuis la banque, pendant la période où cette dame devait se faire soigner. Ainsi, ce magasin sest bientôt retrouvé avec un découvert de 750000.- FS et il est tombé en faillite
Le stock dhabits -qui avait été acheté pour 1,5 million- est passé sous le contrôle des OPF, qui devaient le vendre aux enchères. Ce stock a suscité lintérêt de deux acheteurs potentiels et concurrents : lun offrait 200000.- FS ; lautre 150000.- FS. Il ny a pas eu denchère. La vente sest faite dans le magasin, de gré à gré. Et le stock dhabits a été attribué à un troisième acheteur qui na offert que 15000.- FS
Au bout du compte, le stock na donc été payé que 1 % de sa valeur.
Par rapport au New Morning, cest une petite affaire, mais elle met en évidence le même système. Cest-à-dire que la BCG prête de largent ; le débiteur fait faillite ; il perd sa boîte ; il se retrouve avec des actes de poursuites quil devrait payer ; et, par-dessus le marché, les actifs saisis par les OPF sont bradés ou carrément offerts à des petits copains...
Jai, sous les yeux, une lettre, datée du 24 août 1992, écrite par un employé de cette commerçante de la place Longemalle. Il sadresse à M. Zermatten, aux OPF. Il se plaint parce quon ne lui a pas versé les salaires quil aurait dû recevoir. Il écrit que le stock du magasin comptait mille cinq cents pièces. Les OPF lont bradé au prix de 10.- FS par vêtement, en moyenne. Et cétaient des vêtements de luxe
Cétaient des costumes qui se vendaient 1500.- FS.
Tout le circuit de surveillance vidéo, les miroirs du magasin, les lampes, etc
, ont été cédés gratuitement au co-directeur de la société qui a acquis le stock de vêtements. Un cadeau dune valeur de 8500.- FS, au préjudice de la propriétaire du magasin. »
-« Qui a obtenu ce stock ? »
-« Lun des anciens directeurs du magasin, que cette dame avait précédemment licencié. Elle a perdu plus de 1 million. Elle a été trompée. Une procédure juridique est en cours, contre le directeur adjoint de la BCG. La victime lui a envoyé un commandement de payer de plus de 1 million.
Et il ne sagit là que dun cas parmi dautres.
Lautorité de surveillance des OPF
Vous pouviez toujours vous plaindre auprès de lautorité de surveillance des OPF. Parce que les membres de cette autorité, quand ils étaient saisis dune plainte, ils demandaient un rapport aux OPF. Et ils se contentaient davaliser ce rapport. Donc, automatiquement, le plaignant avait tort.
La loi des petits copains
Nous sommes confrontés à une sorte de monolithe. Tout vient du milieu politique. Politique, magistrature, finance. Cest la même chose.
La BCG finance de limmobilier, du commercial. Des affaires qui se cassent la figure, mais dont on veut garder le contrôle à des fins privées. Pas dans lintérêt de la banque. Ce sont des gens de la banque qui veulent tirer un profit personnel de la situation.
Les avocats
Avec mon partenaire de la SI La Proue, nous avons consulté, successivement, plusieurs avocats.
Au début, ils vous reçoivent avec enthousiasme. Ils sont très heureux de soccuper de ce dossier fantastique. Ils vont faire plier la BCG ! Pas de problème !
Ils encaissent des émoluments, des provisions de 3000.- FS à 5000.- FS. Ils expédient une lettre agressive à la banque. Il faut compter, au minimum, deux mois, pour un échange de correspondance entre lavocat et la banque. Petite réponse de la banque. Lavocat vous reçoit de nouveau, expédie une autre lettre à la banque, etc...
Vous arrivez au moment où lavocat vous dit que vous avez entièrement raison et quil est grand temps de déposer une plainte pénale. Alors, on lui dit :
-« Eh bien, déposons-la ! »
Quand on prend rendez-vous, dans ce but, il vous dit :
-« Ah, écoutez, ça ne sert à rien ! Vous êtes le pot de terre contre le pot de fer ! Il vaudrait mieux sentendre... »
Alors, on lui retire le dossier. Cela fait une année, une année et demi de perdue.
Vous recommencez la même chose, avec un autre avocat. Vous payez. Il écrit agressivement à la banque. On se calme. On passe à la négociation.
Au bout du compte, courant 1994, nous navions plus les moyens de payer des avocats. Parce quil faut savoir quà Genève les frais davocat et les frais de justice sont énormes.
Le procureur Kasper Ansermet
A la suite de cela, je me suis adressé au procureur M. Kasper Ansermet. Je lui ai écrit. Il ma reçu dans les quarante-huit heures, le 3 avril 1995.
Je lui ai remis, en mains propres, une plainte pénale, pour faux dans les titres et abus de confiance, contre les organes responsables de la BCG.
Jai profité de loccasion pour lui remettre un dossier relatif à un financement effectué le 7 juin 1994. Une affaire portant sur plus de 5 millions, au taux fixe de 1,5 % dintérêts pendant dix ans. Cest un immeuble qui valait, à lépoque, 3,5 millions. Les 5 millions représentaient le montant de la créance due à la banque. Cest une opération de portage.
Depuis 1989, il existait un Arrêté fédéral urgent sur la spéculation immobilière. Il interdisait de revendre un bien dans les cinq années consécutives à lachat, sauf si on lavait mis en valeur en y effectuant des travaux. Et il obligeait les acquéreurs à mettre 20 % de fonds propres.
Là, en flagrant délit, la BCG propose au client de racheter limmeuble sans mettre de fonds propres, puisquelle assure un crédit correspondant à 100 % du prix de vente.
Enfin, jai remis, au procureur, un autre dossier, relatif à 126000.- FS que me doit la BCG. Elle na pas respecté une convention signée à lépoque.
Lentretien avec M. Kasper Ansermet a été très chaleureux, pendant une heure et quart. Il ma dit quil prenait personnellement cette affaire en mains et quil me tiendrait au courant.
Le temps a passé.
Au mois de juin 1995, M. Kasper Ansermet a reçu un blâme, du Conseil de la magistrature, à cause de la manière dont il avait mené une enquête contre M. Nessim Gaon.
Depuis ce moment-là, M. Kasper Ansermet a changé dattitude et na plus manifesté aucun intérêt à légard de ma plainte. Il faut rappeler que M. Nessim Gaon a des liens avec la BCG.
En août 1995, jai relancé M. Kasper Ansermet. Nous avons eu une conversation téléphonique. Il ma alors dit :
-« Je pense que votre affaire est plus civile que pénale. »
La brigade financière de la police de Sûreté
En septembre 1995, jai reçu une « invitation » pour subir un interrogatoire à la brigade financière de la police de Sûreté. Je me suis retrouvé, non pas dans la situation dun plaignant, mais dans celle dun éventuel futur inculpé...
Pendant une heure, une inspectrice ma posé des questions très agressives :
-« Pourquoi déposez-vous plainte contre la BCG ? Vous naviez quà pas demander de crédit ! La banque ne vous a pas demandé dacheter cet immeuble ! »
La deuxième heure dinterrogatoire a été moins agressive, parce que jai pu répondre aux allégations de la première heure. Là, linspectrice était quand même gênée.
La troisième heure a été beaucoup plus détendue. Javais même certains espoirs dobtenir un rapport favorable. A la fin, linspectrice ma dit :
-« Vous êtes content, maintenant, M. Chazaud ? »
-« Pourquoi ? Vous allez inculper les organes de la banque ? »
-« Non. Parce que vous avez déposé plainte contre eux. Vous vous rendez compte ? »
-« Pourquoi ? Ils bénéficient dun traitement de faveur ? »
-« Non, mais il ny a pas beaucoup de gens qui font comme vous. »
Après, nous navons plus eu de nouvelle.
Procédure civile avortée
Entre temps, procédure civile, contre la BCG. Cette procédure a avorté, parce quon ne ma pas accordé lassistance judiciaire, et je navais pas les moyens de payer les frais de procédure.
Pour engager une procédure civile, les droits dintroduction sélevaient à plus de 70000.- FS pour un litige portant sur 10 millions. Si vous ne payez pas, le tribunal nentre même pas en matière sur votre plainte civile.
Ou alors, il faut demander lassistance judiciaire. On me la refusée, pour le motif quil sagissait dun procès perdu davance...
Comme vous navez pas dargent et quon vous refuse lassistance judiciaire, vous ne pouvez pas faire valoir vos droits. Le problème est réglé.
La commission des Finances du Grand Conseil genevois
Cest alors, sur la base de tous les dossiers dont javais eu connaissance, que jai décidé dalerter nos autorités politiques, puisque les fonds déposés à la BCG sont garantis par lEtat de Genève.
Avec laide de représentants politiques, en octobre 1995, jai décidé de déposer une pétition au Grand Conseil, pour dénoncer la gestion de la BCG.
En mars 1996, jai été auditionné par la commission des Finances du Grand Conseil. Il y avait douze députés.
En avril et mai 1996, audition, par la commission des Finances du Grand Conseil, de MM. Dominique Ducret et Marc Fues, dirigeants de la BCG.
M. Dominique Ducret était le président du conseil dadministration de la banque. Le conseil dadministration et les administrateurs ont des responsabilités légales, vis-à-vis des actionnaires, des déposants, etc... Ce sont eux qui doivent rendre des comptes, à propos de la gestion.
M. Marc Fues, le directeur général, était responsable de tous les employés, de tout le secteur bancaire.
Tout ce qui sort des normes bancaires, toutes les grosses affaires doivent passer au conseil dadministration. Au comité de banque.
Mais je suis convaincu que certains membres du conseil dadministration de la BCG sont incompétents. Ce nest pas de leur faute. Ils ne viennent pas du milieu bancaire. Ils ne sont pas formés. Certains sont nommés par des partis politiques, dautres par la ville de Genève, dautres par des actionnaires privés, etc... Il existe une clé de répartition des sièges.
En avril 1996, M. Ducret a refusé de répondre aux questions de la commission des Finances. Il a prétexté du secret bancaire. On a dû me demander un document le déliant du secret bancaire, dans laffaire me concernant. La commission des finances na donc pu traiter, en mai 1996, quune des deux affaires que jévoquais dans ma pétition.
Devant la commission des Finances, M. Dominique Ducret a dit :
-« Si tous les clients de la BCG pensent quils peuvent les uns et les autres sadresser au Grand Conseil pour se plaindre, il est à craindre que ce dernier soit submergé, et ensuite -et surtout !-, cest porter sur la place publique des faits qui pourraient nuire aux intérêts de la banque ! Sil y a un rapport sur cette affaire, cela va constituer un précédent qui va ouvrir la porte à toute une série de démarches de ce type ! »
M. Ducret a tenu à attirer lattention de la commission des Finances sur « le danger qui découle de cette possibilité de nimporte quel citoyen de saisir le Grand Conseil. »
M. Ducret a suggéré que la commission des Finances se déclare incompétente, ou quelle dépose un rapport sans que celui-ci fasse ensuite lobjet dun débat au Grand Conseil.
Il a précisé quil craignait que la presse se saisisse du débat et il a ajouté que « même deux lignes contre la BCG feront les délices des concurrents, en particulier les banques zurichoises, dans la conjoncture actuelle où lon joue à couteaux tirés ! »
Le député libéral M. Nicolas Brunschwig a déclaré que « le moins que lon puisse dire est que certains collaborateurs de niveau supérieur ont été au mieux très incompétents ou au pire malhonnêtes. Daucuns auraient saisi la justice. »
En résumé, le rapport de la commission des Finances disait : « Ce qui sest passé est déplorable, mais cest de lhistoire ancienne. Maintenant, ces choses ne sont plus possibles, parce quil y a des contrôles internes. Tout va mieux. »
Ce qui nétait absolument pas vrai. »
-« La population nest-elle pas en droit dêtre informée ? »
-« Absolument. Les gens sont trompés.
8 novembre 1996, débat, au Grand Conseil, à propos de ma pétition. Une heure et quart de débat, retranscrit dans le Mémorial. Aucun article dans la presse... Pas une ligne.
Plainte classée
2 décembre 1996, classement de ma plainte pénale, signé par M. Jean-Louis Crochet, nouveau procureur et successeur de M. Kasper Ansermet. »
-« La plainte a-t-elle été classée sans quil y ait denquête ? »
-« En fait denquête, cest moi, le plaignant, qui ai dû répondre aux questions de la brigade financière, à la police de Sûreté.
La BCG a dû simplement remettre des pièces du dossier, pour se justifier.
Mais, ce qui est grave, ce sont les arguments du procureur, pour motiver le classement de ma plainte. Je vous les cite de mémoire : « M. Chazaud a tenté, mais en vain, de faire pression sur la banque par des moyens judiciaires et politiques... »
On classe ma plainte, parce que jai utilisé des droits démocratiques...
Lun de mes amis, juriste, ma dit, après avoir lu lordonnance de classement de ma plainte pénale :
-« Du moment que, dans lordonnance de classement, ils tont reproché davoir exercé des pressions, ils auraient dû déposer plainte contre toi. Parce que tu as exercé des pressions. Des pressions, cest du chantage ! »
Je nai jamais exercé de pressions. Jai déposé une plainte pénale. Et jai déposé une pétition au Grand Conseil. Ce sont des droits démocratiques.
La gérance légale des OPF
Durant six ans, nous avons été empêchés daccéder au dossier de la SI La Proue, tombée sous le contrôle des OPF depuis sa mise en faillite.
Quand, enfin, ça a bougé -parce que le scandale des OPF avait éclaté-, le premier relevé de gérance légale quon nous a montré, en septembre 2001, concernait lencaissement des loyers pendant six ans. Les OPF étaient censés encaisser les loyers, pour les verser au créancier. Qui était le créancier ? Il sagissait désormais de la BCG. Donc, en théorie, les OPF devaient encaisser les loyers, payer les petites charges dentretien de limmeuble et verser le solde disponible à la BCG. Dautant plus que la BCG a besoin dargent, dans la triste situation qui est la sienne... Eh bien, non ! Pendant ces six années, les OPF nont pas versé largent à la BCG. Ils lont versé dans les caisses de lEtat de Genève
Je détiens les pièces qui le prouvent.
Ainsi, dun côté, lEtat de Genève sengage, à hauteur de 5 milliards, pour soutenir la BCG. Il encaisse les loyers destinés à la BCG, et il garde cet argent, au lieu de le verser à la BCG. Et la BCG ne réclame pas cet argent, alors quelle y a théoriquement droit
Jai écrit, à ce propos. Jai effectué des démarches. Je nai pas obtenu de réponse. Et on me dit que je suis « acharné » à vouloir impliquer des gens
Je nai toujours pas obtenu dexplication satisfaisante.
Nous avons envoyé deux plaintes, à lautorité de surveillance des OPF, en demandant les comptes de la gérance légale. Nous navons pas obtenu gain de cause.
Plaintes pénales
Une plainte pénale a été déposée, pour abus de confiance, en 1993, contre les organes de la BCG, par un monsieur dont je tairai le nom. Cest assez complexe à expliquer.
Disons quil y a eu un montage de crédits. La BCG a pris, à titre de garantie, les actions dune société immobilière, propriétaire dun bien immobilier, et elle est devenue actionnaire de cette société. En qualité dactionnaire de cette société, la BCG sest accordée un prêt supplémentaire -quelle avait refusé aux anciens propriétaires-, pour réaliser la construction. La société est tombée en faillite et la BCG voulait faire porter le chapeau aux anciens actionnaires, alors quils ne contrôlaient absolument plus cette affaire.
Cest un peu la même chose que ce qui sest passé avec le Crédit Lyonnais et le fameux Florio Fiorini -qui nétait plus du tout maître du bateau, puisque le Crédit Lyonnais faisait ce quil voulait.
Dans le cas de cette affaire de la BCG, un entrepreneur genevois connu, M. Luc Perret -patron de Construction Perret-, devait réaliser louvrage. Après le début des travaux, il y a eu un défaut de construction et les propriétaires lui ont réclamé 1 million. Comme M. Perret est très bien vu par les organes de la BCG, dès que la procédure contre son entreprise a été engagée, le crédit accordé aux plaignants a été dénoncé...
Deux ans plus tard, en lisant la Feuille dAvis Officielle, on constate que limmeuble est devenu la propriété de M. Luc Perret... Et avec des conditions de prêt extraordinaires, puisquil ne paie pas dintérêt aussi longtemps que limmeuble reste vide.
Cela est prouvé par des pièces que jai vues au Palais de justice, dans le dossier de linstruction.
Quand les documents compromettants disparaissent du Palais de justice...
Dans le cas dune autre plainte pénale déposée, par lun de nos membres, contre la BCG, en juillet 1998, nous sommes allés consulter le dossier déposé au Parquet. Nous avons pris note des documents quil contenait.
Comme notre membre a fait recours contre lordonnance de classement du Procureur Général, M. Bernard Bertossa, le dossier est passé à la chambre daccusation, qui a confirmé le classement.
En janvier 1999, nous sommes retournés consulter le dossier. Le contenu du dossier nétait plus le même quen juillet 1998... Sur les cinq classeurs, lun avait disparu. Certaines pièces, dont nous avions noté lexistence, ny étaient plus.
Nous avons demandé, au procureur général, une copie des pièces qui intéressent notre membre.
Par exemple, dans lune des pièces, le juge dinstruction écrit à la BCG : « Je vous prie de menvoyer le dossier de M. « X » dans les quinze jours, faute de quoi je me verrai dans lobligation deffectuer personnellement une perquisition chez vous. »
Si quelquun dépose une plainte pénale contre moi, le juge dinstruction ne va pas mécrire : « Si vous ne répondez pas à mes questions dans les quinze jours, je ferai une perquisition chez vous. »
Je nai jamais vu ça. La BCG bénéficiait dun traitement de faveur systématique. »
-« Nest-ce pas une façon de dire que vous avez quinze jours pour faire disparaître le dossier ? »
-« Voilà ! Il les met en alerte ! Bien entendu...
Alors, on a demandé les pièces, mais on sest entendu répondre que le procureur général Bertossa ne voudrait peut-être pas nous les donner, parce que les organes de la BCG navaient pas été inculpés.
Trafic dinfluence
Dans ce système mafieux, si vous opposez, devant les tribunaux, deux citoyens dépourvus de relations politiques ou autres, la justice arrive encore à fonctionner. Par contre, si lun des deux justiciables bénéficie de relations politiques et dispose dun pouvoir dinfluence, cest fini. Les dés sont pipés. La justice ne peut plus fonctionner.
Il arrive que nous nous déplacions, pour représenter les membres de notre association, quand leurs biens sont vendus aux enchères. Un jour, par hasard, pour un des membres, jassiste à une vente aux enchères. Dans la salle, assises juste sur la rangée devant moi, trois personnes. Elles misent, et tout ça. Un nom est annoncé, comme acquéreur, et je me dis : « Tiens, ce nom-là me dit quelque chose !... » Parce que javais le dossier dun membre qui avait déposé une plainte pénale contre la BCG. En fait, javais, juste devant moi, mon ancien professeur de lEcole dingénieurs -jai été diplômé, en 1976- et, à côté de lui, il y avait son fils, qui est juge dinstruction. Et ce monsieur instruisait le dossier dun membre qui a déposé plainte contre la BCG. A la fin de lenchère, à côté, il y avait un représentant de la BCG. Il a serré la main du juge dinstruction, de son père, et de son partenaire :
-« Alors, on se voit bientôt ! Je vous félicite pour votre achat ! »
-« Nest-on pas frappé, dans ces affaires, par le mépris complet de toute légalité ? Un mépris manifesté non seulement par le milieu politique, mais aussi par ladministration et la magistrature. Tout se déroule dans une ambiance cynique et amorale. »
-« Je dirais quil y a des juges très sympathiques qui travaillent certainement beaucoup.
Dépendances partisanes
Mais il y a le problème des élections judiciaires. Dans le canton de Genève, ce sont les partis politiques institutionnels qui choisissent les juges en vue de lélection. Quand on regarde les gens en place, dans tous les tribunaux, 98,5 % sont sous contrôle du PDC, du parti libéral, du parti radical et du parti socialiste... Comment voulez-vous que ces juges, lors denquêtes futures, inculpent des gens qui les ont désignés pour lélection ? »
-« Nest-ce pas institutionnaliser le trafic dinfluence au sein de la magistrature ? »
-« Cest clair.
Et cest pourquoi le mouvement genevois Action citoyenne -que je soutiens- préconise dinstituer une école de la magistrature, commune à plusieurs cantons. Les magistrats sortant diplômés de cette école exerceraient leurs fonctions sans être nommés par le pouvoir politique. »
-« Un éditorial de la Tribune de Genève présentait les partis politiques comme « les creusets de la démocratie ».
Ne faut-il pas plutôt les considérer comme des foyers de corruption ? Nest-ce pas à partir de là que se propage la gangrène qui, ensuite, infecte la magistrature ?
Nest-il pas essentiel de soustraire complètement les magistrats de la dépendance des partis politiques ?
La logique de la corruption fait que, pour couvrir la magouille de quelquun dautre -ne serait-ce que dans lintérêt du parti-, on va se compromettre. Comme on est compromis, on ne peut plus, ensuite, moralement, sopposer à dautres magouilles. On se retrouve pris dans une fuite en avant, de sorte que la corruption sétend et saggrave par sa propre logique interne. »
-« Quil sagisse du scandale de la BCG ou de celui des OPF, le plus grave cest quils nont éclaté que grâce à de simples citoyens privés dappuis, et quelques journalistes qui ont réussi à faire passer des articles. Cest pour ça, que ça a bougé. Sinon, jignore où on en serait actuellement...
Le rôle des banques dans les affaires immobilières
Jestime que les banques sont grandement responsables de la situation économique, dans le domaine de limmobilier.
Entre 1985 et 1989, elles prêtaient davantage que ce quon leur demandait. Elles poussaient à la consommation. Pour tout vous réclamer quelques années plus tard.
Elles se retrouvent toujours avec le contrôle du bien immobilier quelles ont financé. Elles sont devenues propriétaires de pratiquement tous les terrains et immeubles qui étaient en contentieux. »
-« Ainsi, les centaines dhectares de locaux commerciaux vides quil y a à Genève appartiennent-ils à des banques ? »
-« Certainement. Tout est sous contrôle bancaire. Ou alors, vous avez encore des propriétaires, inscrits au registre foncier, mais ils sont sous contrôle de la banque. Parce que les crédits ont été dénoncés. »
-« Les banques détiennent-elles donc pour une énorme valeur dimmeubles de bureaux quelles ne peuvent pas louer ? »
-« Les bureaux ne trouvent pas de preneurs.
Leur transformation en appartements implique des frais importants, au niveau sanitaires et tout ça. La conception des pièces nest pas la même.
A moins dune reprise économique, dans le secteur tertiaire, ces bureaux vont demeurer vides. »
-« Normalement, au niveau bancaire, comment un crédit immobilier seffectue-t-il ? »
-« Un client vient demander un prêt. La banque fait procéder à une estimation de la valeur du bien -par exemple, le terrain, limmeuble ou la villa- qui servira de garantie pour le remboursement de lemprunt. Admettons que le bien soit estimé à 500000.- FS. En général, la banque demande au client 20 % de fonds propres. Donc, sur les 500000.- FS nécessaires, la banque prête 400000.- FS.
Deux ans plus tard -le marché de limmobilier évolue-, la banque est en droit de procéder à une nouvelle estimation du bien.
Manque de chance, le marché sest effondré de 30 %. Au lieu de 500000.- FS, le bien ne vaut plus que 350000.- FS. La banque ne peut prêter que 80 % de ce montant, parce quelle doit se garantir une couverture, au cas où elle devrait réaliser le bien, dans lhypothèse où le client ne parviendrait pas à rembourser son emprunt. Puisque le bien ne vaut plus que 350000.- FS, la banque ne devrait plus consentir quun prêt de 280000.- FS. Comme elle avait accordé un prêt de 400000.- FS, elle est en droit de demander, au débiteur, un remboursement de 120000.- FS.
Si le débiteur est incapable de payer cette somme, la banque essuie une perte que la valeur du bien ne suffit pas à éponger. Comme la banque a accordé, simultanément, un grand nombre de crédits immobiliers et que tous les débiteurs se retrouvent simultanément dans la même situation, à cause de leffondrement du marché, la banque subit une perte sur toutes ces opérations simultanément... Le total des pertes peut représenter une somme astronomique.
Les opérations de portage
Pour la banque, le portage a pour but de refinancer le montant quelle a prêté à un client incapable de rembourser. Cela évite de comptabiliser une perte en tant que telle...
Comme la banque ne peut pas refinancer le crédit à elle-même, elle le refinance, soit à des personnes physiques -solvables ou non-, soit à des sociétés anonymes (SA) créées à lextérieur de la banque ; en loccurrence, auprès de certaines régies immobilières.
Par exemple, la banque demande à un régisseur, avec qui elle collabore, dêtre administrateur dune SA créée chez un notaire. Il suffit de verser un montant de 100000.- FS pour la constitution du capital. La SA « X » est ainsi créée. La banque nest pas administratrice de cette société. Ensuite, cette SA -jai une liste de SA connues, qui font ça régulièrement- rachète le bien immobilier, non pas à la valeur du marché, mais à la valeur de la dette due à la banque...
Par exemple, si la banque avait une créance de 1 million, sur un immeuble qui vaut 600000.- FS, la société de portage le rachète à 1 million. Donc, la banque évite de comptabiliser une perte. »
-« Mais quelle est la réalité ? »
-« La réalité, cest que la banque na pas comptabilisé les 400000.- FS de perte quelle aurait dû comptabiliser.
La société de portage ne prend aucun risque. Elle emprunte 1 million, mais à quel taux dintérêts ? Au taux dintérêts correspondant au revenu locatif net... Cest-à-dire que, si les loyers de limmeuble rapportent 1,5 %, la banque va accorder le crédit à un taux de 1,5 %, de façon à ce que la société de portage ne soit pas en difficulté. »
-« Mais ne se retrouve-t-elle pas avec une dette, alors que les loyers perçus sur limmeuble paient tout juste les intérêts ? »
-« La dette subsiste. Mais, pour la banque, cest une nouvelle société. Un nouveau débiteur. Ce nest pas comme sil fallait reconnaître que lancien débiteur na pas réussi à rembourser son emprunt...
En général, le contrat est établi sur dix ans. Cela veut dire que la société ne court aucun risque, pendant dix ans... De toute façon, ce nest quune SA créée sur demande de la banque. »
-« Mais le seul but de lopération nest-il pas dexternaliser une perte ? »
-« Au niveau comptable, le but de la banque est de camoufler 1 million qui figurait au contentieux -un crédit non remboursé. En procédant à cette « vente » de limmeuble qui servait de garantie à lemprunt, la banque annule le million quelle avait au contentieux et, dun point de vue comptable, elle le présente comme un crédit « normal » accordé à une société de portage. »
-« Nest-ce pas de la manipulation comptable ? »
-« Cest de la manipulation.
Histoire de la Banque Cantonale de Genève
Alors, voyons ce qui sest passé à la Banque Cantonale de Genève (BCG), qui a effectué des opérations de portage, précisément pour éviter de comptabiliser des pertes...
Avant la création de la BCG, il y avait, dune part, la Banque Hypothécaire du canton de Genève -qui était la banque des communes genevoises- et, dautre part, la Caisse dEpargne -qui était la banque de lEtat de Genève. Le capital de lune était garanti par les communes, tandis que lEtat garantissait le capital de lautre.
Comme la Banque Hypothécaire sétait spécialisée dans le domaine de limmobilier, elle a prêté énormément dargent dans ce secteur. Cétait sa vocation principale.
Plus de 140 millions ont été engloutis dans laffaire Sécheron. »
-« Pouvez-vous nous résumer laffaire Sécheron ? »
-« Les Ateliers de Sécheron voulaient, soit quitter Genève, soit vendre leurs terrains pour être relogés ailleurs, dans le canton.
Comme cette entreprise était lun des derniers fleurons industriels de Genève, le conseiller dEtat Jean-Philippe Maître -PDC-, alors chef du Département genevois de léconomie publique, sest fait un honneur de « sauver Sécheron ».
Comme par hasard, lhomme daffaires Nessim Gaon voulait acheter ces terrains industriels, mais pour construire des immeubles. Pas pour faire de lindustriel. Or, les terrains sont classés en zone industrielle...
M. Nessim Gaon a payé ces terrains plus de 2000.- FS le m2, sans même faire une promesse dachat liée au changement de zone daffectation des terrains. Alors que, normalement, en zone industrielle, lEtat de Genève tolère, au maximum, un prix de 500.- FS le m2. »
-« Pourquoi Nessim Gaon a-t-il payé ces terrains quatre fois plus cher que le prix maximum autorisé ? »
-« Parce que la Banque Hypothécaire lui a prêté largent nécessaire.
Nessim Gaon est un monsieur qui connaît les affaires. Sil a acheté ces terrains sans avoir lautorisation de construire, il allait au casse-pipe. Il est très dangereux dacheter des terrains sans savoir ce quon peut y faire. Donc, sil la fait, cest quil avait des garanties du Conseil dEtat genevois, pour un changement de zone daffectation de ces terrains.
On ma confirmé quil avait obtenu des garanties, sauf celles des conseillers dEtat Christian Grobet et Bernard Ziegler. »
-« Les autres conseillers dEtat lui ont-ils garanti : « Si vous achetez ces terrains industriels, on les déclassera en zone à bâtir » ? »
-« Bien entendu. Sinon, il ne les aurait jamais achetés. Il nest pas fou. »
-« Surtout les acheter quatre fois plus cher que le maximum de la valeur autorisée... »
-« Bien sûr !...
Avec ça, Sécheron a reçu, de M. Gaon, 120 millions pour la vente des terrains ; et 40 millions, aux frais des contribuables, pour les coûts de construction des nouveaux bâtiments, dans la zone industrielle de ZIMEYSA... »
-« Si les terrains avaient été déclassés en zone à bâtir, leur prix cessait-il dêtre excessif ? »
-« Disons que les projets immobiliers devenaient réalisables. Tout à fait. M. Nessim Gaon voulait construire des immeubles assez élevés. Il arrivait à rentabiliser.
Mais le résultat est que les terrains sont demeurés en zone industrielle. Il ny a toujours rien de construit. Et la Banque Hypothécaire a englouti 140 millions dans laffaire, dont 20 millions de dépenses inavouables. Elle na pas pu récupérer largent.
Fusion
La fusion entre la Banque Hypothécaire et la Caisse dEpargne sest traduite, le 1er janvier 1994, par la création de la BCG. Cette fusion a été impérativement exigée par les représentants de lEtat de Genève, parce que la Banque Hypothécaire était en situation de faillite.
Les représentants des deux banques et du Conseil dEtat ont, chacun, désigné un expert architecte, pour évaluer tout le patrimoine immobilier. Les dossiers et les risques.
Là-dessus, dun point de vue comptable, on a constitué pour 1 milliard de provisions, dans le but de faire face à des risques encourus. Cela signifie que la banque risque de perdre 1 milliard...
Il existe des manières subtiles de constituer ces provisions. Soit on dispose vraiment des fonds pour le faire, soit on peut surévaluer les actifs -par exemple, la valeur des immeubles- quon a au bilan.
Ce milliard de provisions signifie que les deux banques reconnaissaient, plus ou moins, avoir fait 1 milliard de pertes.
Apparemment, ça ne suffisait pas puisque, depuis fin 1992, début 1993, la BCG pratiquait le portage.
La perte liée à laffaire de Sécheron est passée à la BCG, qui a vendu les terrains à deux sociétés de portage. Parce que personne ne va racheter cette affaire pour 120 millions.
Des milliards de pertes
Daprès la liste des opérations de portage que nous connaissions début 1999, et compte tenu de celles que nous ignorions -des opérations de portage effectuées par des personnes physiques, comme tel client quon ne veut pas mettre en difficulté-, nous estimions que les pertes réelles de la BCG étaient de lordre de 3 milliards. Notre estimation devait se confirmer par la suite, puisque lEtat a provisionné 2,7 milliards en 2001.
Il faut savoir que la BCG traitait les débiteurs de façon inégale. A légard des petits débiteurs, la BCG pratiquait la politique des grandes banques. Elle dénonçait le crédit, mettait limmeuble en vente, et elle le reprenait. Mais les grandes banques reprennent limmeuble à la valeur du marché, le jour de la vente, tandis que la BCG le reprenait au montant de la dette, ce qui lui évitait de comptabiliser des pertes.
Si on avait effectué un contrôle digne de ce nom, les experts auraient examiné les cent vingt dossiers que nous pouvions leur désigner -et il y en avait probablement dautres-, pour effectuer des estimations de la valeur actuelle du bien. Ils vérifiaient le crédit en cours. Et ils demandaient le remboursement de ce qui manquait. Comme les débiteurs étaient incapables de rembourser, la BCG était foutue... Elle est était en faillite.
Le portage était fait à des débiteurs insolvables ! En 1995, ils mont proposé de me refinancer le crédit que je leur devais, et annuler le précédent crédit. »
-« Par rapport aux épargnants, dont les économies constituent une partie du capital de la banque, ne sagit-il pas dune escroquerie -au moins dun point de vue moral- et, en tout cas, dun abus de confiance ? »
-« Cest sûr.
Dominique Ducret
Réfléchissons. A Genève, nous avons la Banque Cantonale de lEtat. On voit ce qui sest passé, à propos de la politique des crédits. On constate que M. Dominique Ducret était en poste, depuis 1981, au conseil dadministration de lex-Banque Hypothécaire. Sauf erreur, il a débuté comme secrétaire du conseil dadministration, puis il est devenu vice-président. Quand M. Raisin a démissionné, M. Ducret est devenu président. Ensuite, lors de la fusion entre la Banque Hypothécaire et la Caisse dEpargne -fusion dont est issue la Banque Cantonale de Genève-, M. Ducret est devenu président de la BCG. Il a été présent durant au moins dix-huit ans. Il est informé de toutes les affaires que nous citons, et de celles que nous ignorons.
En 1998, le Conseil dEtat genevois a mis son poste en question. Mais un ancien collaborateur du Palais de justice ma dit que personne na voulu prendre sa place. Cinq personnes ont été contactées, par le Conseil dEtat, mais toutes ont refusé la place... Cette place devait être très inconfortable.
Les affaires immobilières de Dominique Ducret
Le 17 février 1998, nous avions diffusé un communiqué de presse relatif à un conflit dintérêts de M. Dominique Ducret, président du conseil dadministration de la BCG. Il sest octroyé, à lui-même et au promoteur immobilier M. Jean-Pierre Magnin, des prêts destinés à lachat de terrains... Notre communiqué de presse na pas eu de suites.
Comment voulez-vous que le président dune banque défende les intérêts de la banque, alors quil emprunte de largent avec un client ?
Comme M. Dominique Ducret affirmait traiter tous les promoteurs de la même façon, je lui ai envoyé un courrier, pour lui rappeler ses achats immobiliers avec M. Jean-Pierre Magnin. Quinze jours plus tard, il vendait ses terrains -parce que M. Jean-Pierre Magnin avait été mis en faillite- à une société de portage contrôlée par lui-même... »
-« Sur quelle somme cette affaire portait-elle ? »
-« Plus de 1 million.
La commission denquête du Grand Conseil genevois
Le 7 décembre 1998, nous avons expédié un courrier à la Commission fédérale des banques. Il sagit dun dossier que nous avons également transmis au Conseil dEtat genevois et à la commission denquête du Grand Conseil sur la BCG. Car il faut savoir quil existe une commission denquête sur la BCG... »
-« Cette commission denquête a-t-elle produit un résultat quelconque ? »
-« Depuis le mois de septembre 1998, je ne sais pas combien de fois elle sest réunie. Ses membres sont tenus au secret.
A la fin de 1998, le Conseil dEtat genevois a demandé, à la Commission fédérale des banques, un petit rapport sur la BCG. En résumé, la Commission fédérale des banques a répondu : « Selon le rapport de lorgane de contrôle de la banque, la société Atag Ernst & Young, tout va bien. »
Atag rendait toujours des rapports favorables sur les comptes de la BCG. On a de la peine à imaginer quune société fiduciaire produise des rapports négatifs sur une banque qui lui paie ses honoraires... »
-« Lentreprise qui établissait le rapport était payée par la BCG ? »
-« Voilà... Cest la réalité. »
-« Il ne sagissait donc pas dune enquête indépendante ? »
-« Ah non ! Cest un organe extérieur, mais qui est payé par la BCG.
Il en va de même pour dautres entreprises. Mais, quand il sagit dune PME, si elle est vraiment en difficulté, je peux vous dire que lorgane de contrôle dénonce lentreprise. Parce quil a une responsabilité légale, vis-à-vis de la justice. Mais, quand il sagit dune banque, on voit mal une fiduciaire déclarer que la banque doit déposer le bilan... Cest rarissime, voire impossible.
Quand vous voyez qui siège au sein dAtag... Par exemple, il y a Dominique Grobéty -ancien responsable de lOffice des poursuites. Il y a des liens avec dautres personnes, comme lex-conseiller dEtat socialiste Bernard Ziegler. Les relations de copinage peuvent aussi jouer un rôle.
Pour en revenir à notre dossier, transmis à la Commission fédérale des banques et au Grand Conseil genevois, on y parle des opérations de portage ; de conflits dintérêts...
Blanchiment dargent
Nous avons lu, dans le quotidien Le Monde, que la BCG avait racheté, pour 350 millions de francs français, la Banque dInvestissements Privés (BIP), à la place de luniversité, à Genève. En lisant larticle, nous nous sommes étonnés, parce quil apparaissait que la BIP -ex-filiale de la Banque Rivaud, à Paris- servait de plaque tournante à des activités de recyclage dargent sale, par mise en uvre de cautions fictives.
Cest-à-dire que la Banque Rivaud envoyait ses clients déposer de largent, à Genève, à la BIP ; et la BIP émettait une garantie pour accorder un crédit à Paris... Comme ça, largent était blanchi.
Et la BCG a racheté la BIP, alors que des dirigeants de la BIP ont été inculpés, en France... Blanchiment dargent politique. Il y avait une histoire politique.
Quelle clientèle la BCG a-t-elle bien pu reprendre, en rachetant la BIP ?
Pourquoi la BCG, qui doit soccuper des entreprises genevoises, des citoyens genevois, va-t-elle racheter la BIP, dont les dirigeants viennent dêtre inculpés pour blanchiment dargent ? »
-« Et comment se fait-il, alors que la BCG avait déjà tellement de problèmes financiers, quelle soit encore allée acheter une autre banque ? »
-« Voilà !...
Alors, nous avons notre petite idée, mais nous navons pas de preuve.
La BCG sest précipitée, pour racheter la BIP. En logique bancaire, si une autre banque avait racheté la BIP, cette autre banque aurait accédé à tous les documents internes : dossiers des clients, etc...
A notre avis, la BCG savait ce qui se passait au sein de la BIP. Peut-être certains clients, qui voulaient blanchir de largent, ont-ils été à la BIP avant demprunter de largent à la BCG. Parce quapparemment cette BIP se livrait à passablement de choses analogues. Si une autre banque avait racheté la BIP, elle aurait pu découvrir le pot aux roses... »
-« Donc, selon vous, la BCG aurait racheté la BIP dans le but de prévenir des divulgations compromettantes ? »
-« Voilà, oui.
Mais nous navons pas de preuve. Il sagit dune supposition. Je ne suis pas la Commission fédérale des banques. Cest peut-être à eux de vouloir faire leur boulot !...
En 1998, la BIP a été absorbée par la Compagnie Bancaire Genève qui appartient à 40 % à la BCG. Depuis, la BIP nexiste plus.
Il y a encore le cas de la Cantrada Banca Privada Lugano SA. Pourquoi la BCG a-t-elle racheté cette banque, à Lugano ? Pourquoi achète-t-elle une banque, au Tessin ? »
-« Les banques tessinoises ne sont-elles pas réputées pour accueillir largent de la mafia italienne ? »
-« Eh bien voilà !...
Pourquoi la BCG -banque de lEtat et des communes du canton de Genève-, qui devrait avoir pour vocation daider léconomie genevoise, va-t-elle acheter, à Lugano, cette petite banque privée du groupe United Bank of Switzerland, pour un montant que les parties ont convenu de tenir confidentiel ? Quelle clientèle la BCG a-t-elle repris ?
Laffaire Minguez
Je vous cite un autre fait relaté dans notre dossier : « Les avocats dun importateur de voitures, poursuivi pour escroqueries devant le tribunal correctionnel de Lyon, ont souligné, à linstar du procureur, lambiguïté du rôle joué par la Banque Cantonale de Genève dans cette affaire.
A Genève, un membre de la direction de la banque a estimé que « la justice française fait une interprétation erronée des faits », sans autre commentaire.
Patrick Minguez, 40 ans, est poursuivi pour avoir escroqué cent cinquante-deux personnes, avoir utilisé des fausses traites, des faux chèques et des chèques sans provision pour payer ses fournisseurs, pour un préjudice total évalué à 50 millions de FF.
-« La matière première » du dossier est un prêt de 5 millions de FF effectué à Minguez par la banque suisse, a déclaré lun des avocats de laccusé, Me Jean-Luc Vincent. Il est une victime dans ce dossier qui nest pas là, qui nose pas se constituer partie civile, cest la Banque Cantonale de Genève », a lancé lavocat devant le tribunal.
Il a rappelé que cet établissement avait évalué à 6 millions de FF, capital et intérêts pénalisés, la somme qui lui serait encore due par la SA Minguez, mise en liquidation judiciaire.
En garantie du prêt effectué par la banque a correspondu un dépôt despèces dune même valeur. Ce dépôt, a précisé la défense, a été effectué par Minguez auprès de la banque avec de largent prêté par de mystérieux créanciers, appartenant vraisemblablement à la pègre.
Minguez a toujours refusé de dévoiler leur identité en alléguant sa sécurité et celle de sa famille.
Tant la défense que le procureur ont fait observer que lensemble de lopération ressemblerait fort à du « blanchiment » dargent sale.
-« Il semblerait que lopération nait été ni surprenante, ni nouvelle pour la banque », a lancé Me Jean-Luc Vincent. »
Pouvez-vous mexpliquer comment il se fait quun Français, qui a 5 millions à blanchir, débarque à la BCG ? On lui a bien donné ladresse ! Et on lui a même donné le nom du gestionnaire qui fait ça !
Cette affaire est sortie dans le quotidien français Le Progrès de Lyon et lhebdomadaire français Marianne. Ces informations ont également été transmises à la Commission fédérale des banques. »
-« Et le résultat ? »
-« Plus de quatre mois après notre courrier, nous navions toujours pas de réponse...
Le Conseil dEtat genevois et la commission denquête parlementaire ont tous deux accusé réception, mais sans répondre.
La Commission fédérale des banques na même pas accusé réception... On a essayé de téléphoner. Il nous a fallu environ trois semaines, pour contacter M. Tinguely -qui était notre interlocuteur depuis trois ou quatre ans. »
-« Quelle a été son attitude ? »
-« Cétait de dire : « Ecoutez, il ny a pas grand-chose à espérer... »
Cétait léternel refrain...
Comment Bernard Bertossa luttait contre le blanchiment
Le procureur général Bernard Bertossa a classé la plainte pour blanchiment, en alléguant que linstruction navait pas réussi à prouver lorigine des 5 millions versés à la BCG par M. Patrick Minguez.
Ces messieurs du Palais de Justice genevois semblent avoir ignoré que nous étions en possession dun second jugement, dun tribunal français, confirmant, avec davantage de détails, que les fonds de M. Patrick Minguez sont loin dêtre clairs
Ils ont été déposés à la BCG de Genève. M. Minguez a déclaré quil ne pouvait pas donner le nom de ses créanciers -les gens qui lui ont prêté ces 5 millions-, parce que, sinon, sa famille et lui-même seraient en danger
Cela figure dans un recours auprès de la Cour de cassation de Lyon.
Cela veut bien dire que lorigine de cet argent est hautement suspecte. En plus, M. Minguez a déclaré quil devait payer 30 % dintérêts, pour ce prêt.
Alors, quand, à Genève, on classe la plainte pour blanchiment, en alléguant quon narrive pas à prouver lorigine des fonds de M. Minguez, cest un peu gros. Surtout de la part du procureur général Bernard Bertossa, qui sexhibait sur les plateaux de télévision pour se vanter de lutter contre le blanchiment
De toute évidence, quand il sagissait de la BCG, M. Bertossa préférait fermer les yeux.
La ronde des plaintes classées
Il ne faut pas oublier que, depuis 1993, il y a eu plusieurs plaintes déposées contre les dirigeants de la BCG. Ces plaintes ont été classées. Ce qui est curieux, cest que vous reprenez des éléments de ces plaintes classées, vous les réintroduisez dans la plainte globale du 17 mai 2000 et ce nest plus classé
Dans la plainte du 17 mai 2000, lun des cas évoqués était la fameuse convention passée entre la BCG et Jurg Stäubli. Cette affaire avait déjà été évoquée en 1995, par la Tribune de Genève. La BCG avait accordé, à Jurg Stäubli, un prêt de 80 millions de francs, dont il nétait censé rembourser que 800000.- FS. Et on lui accordait même des facilités pour ces 800000.- FS, puisquil ne devait rien payer avant 2001 et quil lui suffirait, ensuite, de payer 100000.- FS par an, pendant huit ans. Autrement dit, la BCG a fait cadeau, à Jurg Stäubli, des 91 % de 80 millions !
En 1995, plainte classée. On remet ça dans la plainte du 17 mai 2000 et là, tout à coup, il devient évident, pour la magistrature, que laffaire nest pas correcte
Pourquoi la magistrature genevoise nest-elle donc pas intervenue, à lépoque ? »
-« Les plaignants du 17 mai 2000 ont-ils été inquiétés ? »
-« Il y a eu des rétorsions. Lentreprise qui figurait au nombre des plaignants na plus obtenu de commandes pour tout ce qui dépend de la BCG et de la Fondation de valorisation. Il fallait sy attendre. Mais, je vous rassure, cette entreprise ne va pas trop mal. Heureusement, elle a dautres clients.
Encore un dysfonctionnement
Il faut mentionner que le Département fédéral de justice et police a été alerté du dépôt de la plainte du 17 mai 2000 non pas par le Parquet genevois, mais par les actionnaires plaignants.
En principe, comme cette plainte dénonçait des violations de la loi fédérale sur les banques, le Parquet genevois aurait dû alerter Berne. A partir de là, soit Berne prend ça sous contrôle et mène lenquête, soit lenquête est déléguée à Genève. »
-« Voulez-vous dire que le Parquet genevois a dissimulé linformation aux autorités fédérales ? »
-« Je lignore.
Aucune confiance en la magistrature genevoise
Jai davantage confiance dans la police genevoise que dans la magistrature. Mais, les pauvres, je crois quils en ont ras-le-bol. Parce quils ont eu dautres dossiers, où ils auraient dû arrêter des gens bien placés dans la république, et ils nont pas pu le faire. Il y a quand même eu des démissions, dans la police genevoise.
Cest un système mafieux. »
-« Mais, si on arrive au développement dune situation de type mafieux, nest-ce pas précisément parce que, dans le milieu politique, et dans le milieu journalistique, pendant des années, il ne sest trouvé personne qui ait eu le courage de réagir comme il laurait dû ; que chacun, par opportunisme, a chaque fois préféré se taire, et que cette passivité a permis au système de se développer, avec la complicité tacite de ceux même qui le réprouvent, en privé ? »
-« Exactement.
Les politiciens genevois
Jai contacté des politiciens de toutes tendances.
Au niveau du PDC, il ny a rien à espérer, puisque M. Ducret est membre de ce parti.
Les libéraux, pour des raisons dalliance électoraliste, ne cautionnent pas mais, disons... Il y a une déclaration du député Nicolas Brunschwig -un des patrons du grand magasin Bon Génie- qui est intéressante. Au sein de la commission des finances du Grand Conseil, il mavait traité -sans que je sois présent- de « spéculateur de la pire espèce ». Comme javais obtenu une copie du rapport de cette commission, je lui ai adressé un courrier. Je lui ai écrit quavant de me traiter de « spéculateur de la pire espèce », il aurait pu se renseigner. Parce que je pourrais le traiter d« employeur de la pire espèce », sur la base des propos dune employée du Bon Génie qui me dit quelle est mal payée... Alors, il ma répondu en sexcusant. Toutefois, au niveau de la BCG, il pensait que cétait du passé, que tout était rentré dans lordre.
Ces gens étaient au courant. Du fait de nos propres démarches, ils ne peuvent pas dire quils méconnaissent.
Ensuite, vous allez voir du côté de la gauche.
Au parti socialiste -surtout du côté des femmes députées-, certaines personnes mont soutenu, dans mes démarches. Mais, à un moment donné, elles ont compris que jirai jusquau bout. Là, elles ont eu peur. Dès quelles ont su que javais obtenu certains rapports de la commission des Finances, elles ont estimé que jétais trop dangereux... Elles ont redouté quon les soupçonne à tort de mavoir transmis les documents entrés en ma possession.
Itinéraire politique
Pour ma part, jai milité, pendant un certain temps, au parti dextrême gauche Solidarités, lune des formations de lAlliance de gauche genevoise. Jai même été candidat à lélection du Conseil municipal de Meyrin. Parce quen octobre 1995, quand javais déposé ma pétition au Grand Conseil genevois, les gens de lAlliance de gauche -et plus particulièrement le député Bernard Clerc- étaient les seuls à mavoir soutenu.
En 2000, je consacrais lessentiel de mon bénévolat à lASDEB, mais jassistais encore à certaines réunions du parti Solidarités. Dans le périodique de Solidarités, jai pu faire paraître un article que javais intitulé : « BCG, un scandale pire que le Crédit Lyonnais ». Si on considère le montant des pertes de la BCG, proportionnellement à la population du canton de Genève, ces pertes représentent sept fois plus que laffaire du Crédit Lyonnais.
Démotivation
Entre mars et mai 2000, jai informé les gens de Solidarités des implications du scandale de la BCG. Je leur ai expliqué quil faudrait faire le ménage jusquau bout. M. Vanek et compagnie sen fichaient éperdument. Ils nont pas la franchise de vous le dire en face, mais ils vous écoutent et ne font rien. Cette absence de réaction ma démotivé, par rapport à lextrême gauche genevoise.
Je suis convaincu que, derrière cette passivité, il y avait du Christian Grobet. Au sein de lAlliance de gauche -dont il est député et conseiller national-, tout ce qui est juridique passe par lui. Quand on sait que, par la suite, il sest retrouvé à la Fondation de valorisation des actifs de la BCG
Politiquement, lAlliance de gauche avait tout à gagner en ameutant lopinion publique, à propos du scandale de la BCG. Politiquement, lexploitation de cette catastrophe financière était très intéressante. La BCG était un fief des partis bourgeois. Le président du conseil dadministration de la BCG a toujours été un membre du PDC.
Eh bien, au contraire, lAlliance de gauche a avalisé le « plan de sauvetage » de Mme Calmy-Rey, conseillère dEtat socialiste, cheffe du Département genevois des finances. Parce que Mme Calmy-Rey a fait appel aux bons offices de Me Christian Grobet, pour préparer ce « plan de sauvetage » : la loi du 19 mai 2000. »
En 1995, M. Christian Ferrazino -actuellement conseiller administratif de la ville de Genève- mavait tenu le raisonnement suivant :
-« Vous avez raison. La BCG est certainement en faillite virtuelle, mais est-ce que vous imaginez ce qui se passera, si lAlliance de gauche diffuse une information en disant que la banque est en faillite ? Les épargnants vont se précipiter à la banque, pour retirer leur argent. La banque ne pourra pas faire face. La banque tombe en faillite. Qui paiera la facture ? Les petits et les moyens épargnants. »
Les fonds déposés à la BCG sont garantis, jusquà concurrence de 500000.- FS par client. En théorie, si la BCG tombe en faillite, cest à lEtat de Genève de payer. Et, si lEtat de Genève doit éponger 3 milliards de pertes -ou davantage-, quil faudrait ajouter aux 10 milliards officiels de la dette publique, lEtat pourrait être mis en péril.
M. Ferrazino me disait :
-« Et nos électeurs se retourneraient contre le responsable qui a diffusé la mauvaise nouvelle ! Ils mettraient la faillite sur le dos de lAlliance de gauche ! »
-« Nest-ce pas un raisonnement dopportuniste ?»
Il équivaut à pratiquer la fuite en avant ; parce que la BCG était virtuellement en faillite... »
-« On la maintenait en état de survie. »
-« Oui, mais au moyen dartifices comptables, etc...
Comme le problème nest pas résolu, il saggrave, au fil du temps. »
-« On le repousse. »
-« Ne le repousse-t-on pas, pour des considérations électoralistes ? »
-« Les dirigeants de la BCG sont responsables de la situation. Ces gens-là ont certainement dû alimenter les élus politiques. Peut-être même financer des partis politiques. Jai eu des échos, là aussi.
Mais peut-être sagit-il aussi de gagner du temps, afin de pouvoir faire jouer la prescription par rapport à toutes ces affaires.
Lattitude des médias
Nous avions déjà dénoncé ces procédés, à plusieurs reprises. Dix-sept journaux avaient reçu nos communiqués de presse. Nous avions même informé la Télévision suisse romande. Nous navions pas eu beaucoup de succès... Les journalistes disaient toujours : « Cest de la musique ancienne ! »
Mais il faut dire que toutes ces magouilles, quelles quelles soient, trouvaient un terrain propice, en tout cas à Genève, parce que les gens sen foutaient. »
-« La plupart des gens ne se doutent même pas de tout ça, parce que les médias ne les informent pas. »
-« Cest clair. Il y a un gros problème dinformation.
Un journaliste de la Tribune de Genève mavait dit que certaines personnes du canton étaient fichées chez eux, en sorte que, si elles expédiaient une lettre de lecteur destinée à publication, on les censurait...
A plusieurs reprises, nous sommes intervenus, auprès de la Tribune de Genève, et jai appris fortuitement, par sa secrétaire, que M. Guy Mettan -lex-rédacteur en chef et directeur- transmettait nos courriers à la BCG, pour quelle y réponde.
Ultérieurement, jai appris quun journaliste était allé interviewer M. Dominique Ducret. Ce journaliste la interrogé à propos de ses achats de terrains avec M. Jean-Pierre Magnin. Quand le journaliste a abordé ce sujet, M. Ducret lui a dit :
-« Cest Chazaud ! »
-« Comment, cest Chazaud ? »
-« Oui ! Cest lui qui vous a donné ces informations ! Cest toujours lui qui nous calomnie ! »
Un journaliste, qui a publié pas mal darticles sur la BCG, ma dit que celle-ci sétait plainte de lui et menaçait de retirer sa publicité à la Tribune de Genève...
M. Marco Cattanéo - le rédacteur en chef qui a succédé à M. Guy Mettan- ma écrit quil ne trouvait pas trace de mes courriers relatifs à la BCG... Cest curieux, non ?
Depuis 1992, dans la Tribune de Genève, le journaliste Serge Guertchakoff et moi-même avons annoncé que la BCG avait des sociétés de portage, destinées à camoufler ses pertes. Les dirigeants de la BCG ont toujours affirmé que cétait faux, que ça nexistait pas. Désormais, cest archi-connu et avoué.
Au fil des années, M. Guertchakoff a fait paraître des articles, aux _ censurés par le rédacteur en chef de lépoque, M. Guy Mettan -actuellement élu du PDC. Quand M. Cattanéo a succédé à M. Mettan, il y a eu une amélioration. Davantage dinformations ont été publiées.
Par contre, Le Courrier -qui voudrait faire croire à son indépendance rédactionnelle-, a brillé par son silence. Je leur avais communiqué un dossier, en 1995 ou 1996. Au lieu de me dire franchement quils ne publieraient rien -parce quils craignaient, de la part de la BCG, un procès qui les coulerait financièrement-, ils mont fait perdre mon temps en me menant en bateau... Il faut dire que Le Courrier nose pas dénoncer des politiciens de gauche, car il dépend financièrement des abonnements de complaisance de ce milieu. »
-« Nest-on pas frappé par la capacité des médias suisses de censurer linformation ou de la présenter sous un jour trompeur ?
En fait -et de nombreux éditoriaux le démontrent-, les médias locaux sefforcent délibérément dentretenir la fiction dun milieu politique composé daltruistes dévoués au bien public. Quiconque critique le milieu politique est censé « tenir des propos de Café du Commerce », quon résume ironiquement à « tous pourris ! ». Lorsquil sagit du milieu politique dans son ensemble, seule ladmiration béate est « politiquement correcte », à en croire les grands prêtres du prêt-à-penser.
La conseillère dEtat genevoise Micheline Calmy-Rey, ne présente-t-elle pas un exemple frappant de désinformation, de la part des médias suisses ?
Voilà une personne qui, pendant des années, a couvert toutes les magouilles du milieu politique, qui a dissimulé, qui a menti, qui a trompé la population, et que les médias nous présentent néanmoins comme une Superwoman au service de la veuve et de lorphelin
»
-« Oh oui, cest une Superwoman !
Les douze travaux de Superwoman
Dailleurs, le Harvard Club of Switzerland -lassociation des anciens étudiants de luniversité de Harvard, en Suisse- a organisé une conférence intitulée : « Comment le canton de Genève a réussi à redresser sa situation financière, par Micheline Calmy-Rey, présidente du canton de Genève ».
Ce qui est intéressant, cest que le président de ce club est Lukas Mühlemann, président du Crédit Suisse, administrateur de Swissair -dont on mesure les brillants résultats- ; et le vice-président du club est Mario Corti, qui présidait Swissair au moment de sa faillite. Quel beau parrainage, pour Mme Calmy-Rey !
En réalité, Mme Calmy-Rey a réussi à redresser le budget du canton de Genève grâce au décès de trois riches personnes, dont la succession a rapporté 320 millions de droits de succession au canton. Dhabitude, les droits de succession rapportent une dizaine de millions.
Le résultat, ce sont des comptes officiels qui annoncent 9,6 milliards de dette. On ajoute 2,7 milliards de provisions pour la BCG et on arrive à une dette de 70000.- FS par contribuable : il y a cent septante-cinq mille contribuables, dans le canton de Genève. Cette réalité nest pas brillante. Et, comme lEtat de Genève garantit également la Fondation de valorisation des actifs de la BCG, il faut ajouter un risque de 2,3 milliards.
De son côté, la BCG a constitué 1,5 milliard de provisions qui correspondent à des pertes potentielles. Des pertes qui ne figurent pas à la Fondation de valorisation.
Et ces chiffres se modifient, saggravent régulièrement, parce que les responsables en « oublient » tout le temps.
Dabord, ils en ont pris pour 5 milliards « tout compris ». En 2001, ils ont ajouté 92 millions, puis encore 225 millions au mois de novembre
Et il ne faut pas oublier que lEtat de Genève garantit lépargne de la BCG : 4,6 milliards !
Alors, si on arrondit tout ça -pour garder une marge de sécurité-, on nest pas loin des 20 milliards.
Voilà comment Mme Calmy-Rey a « redressé » les finances du canton de Genève
»
-« Ne les a-t-on pas redressées par des jeux décritures ? »
-« Oui. Mais cest extrêmement grave. Une entreprise privée na pas le droit de manipuler sa comptabilité ainsi. »
-« Peu après la publication de linterview que nous avons réalisé en 1999, M. Dominique Ducret -alors président du conseil dadministration de la BCG- ma expédié un courrier vous concernant, et destiné à vous diffamer, dans le but évident de vous discréditer et de jeter le doute sur la véracité de vos allégations. Ce courrier contenait le texte dun jugement qui vous avait condamné, bien des années auparavant, à la suite dune faillite.
En lisant ce jugement, on constatait que son contenu ninfirmait en rien vos allégations à propos de la BCG... »
-« Je sais que M. Ducret a expédié des copies de ce jugement dans plusieurs rédactions.
Attitude complaisante de la Commission fédérale des banques
Le 15 janvier 2002, jai lu, dans la Tribune de Genève, que, selon Me Eric Alves de Souza, lavocat de lEtat de Genève, la Commission fédérale des banques savait, depuis le début des années 1990, que la société Atag, vérificateur des comptes de la BCG, procédait à létalement dans le temps des provisions de la banque. Cela veut dire que, depuis 1990, la Commission fédérale des banques connaissait la situation de la BCG et acceptait que les pertes soient provisionnées sur le temps. Ainsi, depuis en tout cas 1993, on nous a mené en bateau...
Dans le cadre de laffaire Dorsaz, les gens de la Banque Cantonale du Valais avaient quelquun à eux au sein de la Commission fédérale des banques. »
-« Pouvez-vous nous résumer ce quon a appelé « laffaire Dorsaz » ? »
-« M. Jean Dorsaz était un Valaisan habitant à Fully, un petit bled près de Martigny. Il était lagent local de la Banque Cantonale du Valais. Il accordait des crédits.
Parallèlement, il faisait des affaires immobilières. Pour lui, cétait assez simple de se faire accorder des crédits. Il les demandait à la Banque Cantonale du Valais. Il a réussi à obtenir des crédits pour plus de 400 millions.
Parmi les gens qui déposaient de largent auprès de M. Jean Dorsaz, à la Banque Cantonale du Valais, il y avait M. Michel Carron.
Un jour, M. Carron a voulu retirer une grande partie de son argent et il a constaté quune somme avait disparu de son compte... Alors, il a déposé plainte. »
-« Cest-à-dire quon lui piquait du fric sur son compte ? »
-« Oui. On avait utilisé ses fonds... Il na pas pu récupérer largent quil avait versé.
M. Dorsaz sétait livré à des manipulations bancaires. Mais il était protégé. M. Michel Carron a déposé plusieurs plaintes, qui ont toutes été classées, sans quil soit jamais auditionné...
Il y avait un responsable de la banque, le conseiller dEtat Hans Wyer, qui était le chef des finances en Valais et aussi le président du conseil dadministration de la Banque Cantonale du Valais. Il savait tout ce qui se passait dans sa banque. Quand M. Dorsaz a emprunté plus de 400 millions, M. Hans Wyer était, bien entendu, au courant. Des sommes pareilles, ça passe par le conseil dadministration. Quand vous savez que M. Hans Wyer siégeait aussi à la Commission fédérale des banques, vous comprenez pourquoi ça na pas bougé.
On est quand même arrivé à mettre M. Jean Dorsaz en faillite, pour ses affaires personnelles. Il est passé au tribunal. Mais M. Hans Wyer na jamais été inquiété par la magistrature.
Les magistrats ont tenté de faire porter le chapeau aux réviseurs de la Banque Cantonale du Valais, mais ceux-ci ont pris des mesures pour se défendre. Les employés de la banque ont écopé de peines assez minimes, assorties du sursis. Mais les vrais responsables, au sommet, nont jamais été inquiétés.
Réaction tardive
En mars 2000, la Commission fédérale des banques avait renoncé à fermer les yeux sur la situation de la BCG. Cétait devenu beaucoup trop grave. Dailleurs, récemment, lun des actionnaires de la BCG a déposé plainte contre le président de la Commission fédérale des banques.
La loi du 19 mai 2000
Sur la base dun rapport de cette Commission fédérale des banques, Mme Calmy-Rey a dit, en commission des Finances du Grand Conseil genevois, que la BCG tomberait en faillite si son « plan de sauvetage » nétait pas avalisé. Ce plan de sauvetage allait devenir la loi du 19 mai 2000, avec une clause durgence permettant de la soustraire au référendum et empêcher ainsi les citoyens de sopposer à son adoption. Cette loi a été concoctée avec les juristes Me Bernard Ziegler et Me Christian Grobet.
Concrètement, il sagissait, aux frais des contribuables, daugmenter le capital actions de la BCG, dengager lEtat de Genève à hauteur de 5 milliards de francs, afin de garantir ce capital, de soustraire les casseroles immobilières du bilan de la banque et de les transmettre à une Fondation de valorisation constituée pour les besoins de la cause.
Cette fondation, dans sa conception, nest donc rien dautre quune gigantesque société de portage, chargée découler, peu à peu, tous les immeubles que la BCG avait achetés au-dessus de leur valeur commerciale dans le but de camoufler ses pertes. Désormais, le portage se pratique avec la bénédiction des élus
Recours
Avec M. Dougoud, nous avons recouru, auprès du Tribunal fédéral, contre cette loi du 19 mai 2000. Nous avons été les seuls à le faire.
Au Grand Conseil, ce même 19 mai 2000, le député libéral Michel Halpérin a fait un long discours, pour critiquer cette loi. Pourtant, aucun politicien na fait recours. Ils ont délibérément empêché les électeurs genevois de sexprimer sur un risque financier de 5 milliards, et ceci alors que la dette de lEtat de Genève sélevait déjà à 10 milliards
Quand nous avons recouru, auprès du Tribunal fédéral, contre la loi du 19 mai 2000, Mme Calmy-Rey a mandaté Me Bernard Ziegler, pour représenter lEtat de Genève contre notre recours. Rappelons que Me Ziegler est, comme Mme Calmy-Rey, membre du parti socialiste. Il a été juge suppléant au Tribunal fédéral, de 1980 à 1985 ; puis conseiller dEtat genevois, chef du Département de justice et police.
Conflits dintérêts
Il se trouve que Me Ziegler a acheté un immeuble, avec Me Charles Poncet, et cela grâce à un crédit de la BCG consenti à un taux dintérêts favorable. A cette époque, Me Ziegler avait été mandaté, par M. Dominique Ducret, pour soccuper des dossiers des plus gros débiteurs de la BCG.
Quand jai su que Me Ziegler avait été mandaté par lEtat, jai remis, à un journaliste de la Tribune de Genève, des documents prouvant que Me Ziegler défendait des intérêts en conflit avec la BCG. Dun côté, il est mandaté par M. Ducret pour défendre les intérêts de la BCG ; dun autre côté, il défend des clients contre la BCG ; et on va le chercher pour défendre les intérêts de lEtat de Genève
Le conseiller dEtat, M. Lamprecht, chef du Département genevois de léconomie, a demandé à Me Ziegler de se dessaisir du mandat que lui avait confié sa camarade de parti, Mme Calmy-Rey. Cest ainsi que Me de Souza a hérité de ce mandat. »
-« Me de Souza continue-t-il dans la même ligne, ou se comporte-t-il correctement ? »
-« Je lignore. Je nai jamais été en contact avec lui.
Rencontre avec Mme Calmy-Rey
Au tout début mai 2000, avant lassemblée générale de la BCG, avant le dépôt de la fameuse plainte pénale contre les dirigeants de la banque, lun de mes amis a téléphoné à Mme Calmy-Rey, pour lui dire : « Nous aurions des éléments à vous communiquer, concernant la BCG ». Elle nous a reçu dans les quarante-huit heures. Nous y sommes allés.
Il faut se remémorer le contexte de lépoque : M. Marc Fues, directeur général de la BCG, toujours en place ; M. Dominique Ducret, président du conseil dadministration, annoncé comme partant et, prétendant à la succession de M. Ducret, M. Jacques Perrot.
Nous avons dit à Mme Calmy-Rey que M. Perrot nétait pas un novice en matière financière et bancaire. Quil était, notamment, directeur dune société qui sappelle Medgroup SA, dont les actionnaires sont cubains -bien que nous nayons rien contre les Cubains ! Et que cette société, au lieu dêtre domiciliée à la fiduciaire Duchosal -la fiduciaire de M. Perrot-, était domiciliée à la BCG !
Jai dit, à Mme Calmy-Rey : « Il me semblait que la BCG était une banque pour les Genevois, pour léconomie genevoise, les PME. Cest bien ça, le message ? Parce que sil faut sauver la BCG à nimporte quel prix, cest non ! Comment se fait-il que cette banque cantonale serve de boîte aux lettres pour des sociétés appartenant à M. Perrot, dont les actionnaires sont cubains ? Jaimerais savoir ce que fait cette société à ladresse de la BCG. Cest quand même plutôt maladroit, de leur part, de domicilier ces sociétés à la banque cantonale
Même pas dans une fiduciaire ; à la Banque Cantonale de Genève ! » Et Mme Calmy-Rey me dit : « Ah, mais, écoutez, Monsieur, vous savez
»
A lépoque, elle affirmait ne pas trouver un directeur général pour remplacer M. Marc Fues. Personne ne sonnait à la porte. Vous voyez ce que je veux dire ?
En mars 2000, dans un communiqué, le Conseil dEtat genevois avait annoncé la démission de M. Marc Fues. En réalité, il na jamais démissionné. Il a été démissionné. Et par qui a-t-il été remplacé ? Par M. Blaise Goetschin, administrateur de la clinique des Grangettes que présidait M. Ducret
On ne peut pas dire que le choix de M. Goetschin exprime une véritable volonté de changement
La plainte du 17 mai 2000 des petits actionnaires de la BCG
Deux mois après lintervention de Mme Calmy-Rey devant la commission des Finances du Grand Conseil, les petits actionnaires de la BCG ont déposé leur première plainte pénale et toute laffaire de la Banque Cantonale de Genève éclatait dans les médias.
Laffaire de la BCG a éclaté grâce au travail de documentation réalisé entre 1994 et début 2000, quand nous avons déposé la fameuse plainte pénale des petits actionnaires, le 17 mai 2000. Les plaignants étaient quatre personnes physiques et une petite entreprise de peinture. Ces plaignants ont témoigné dun sacré courage.
Nétant pas actionnaire de la BCG, je ne pouvais pas signer avec eux. Pourtant, cette plainte pénale a été rédigée, à 75 %, par moi-même. Quant aux derniers 25 %, ils ont été rédigés par des experts juridiques et comptables. Elle était datée du 17 mai 2000 et elle a été déposée le lendemain. Cette plainte énumérait un certain nombre de cas précis et comportait des annexes. Compte tenu de sa médiatisation, la magistrature genevoise pouvait difficilement lenterrer.
Nous avions accordé une exclusivité à lhebdomadaire Dimanche.ch. Larticle est paru le dimanche 21 mai 2000, trois jours avant une assemblée générale de la BCG, avec, sur laffichette des kiosques et des caissettes à journaux : « Plainte pénale contre les dirigeants de la Banque cantonale de Genève ».
LASDEB attaquée
Le 30 mai 2000, par lintermédiaire de M. Marc Fues, directeur général, et de son juriste M. Burckhardt, la BCG a déposé plainte contre moi-même, lASDEB et inconnu, pour diffamation, calomnie et atteinte au crédit. Cette plainte se référait aux allégations de blanchiment dargent figurant, entre autres, dans la plainte du 17 mai 2000. »
-« Laffaire Minguez ? »
-« Cest cela.
Les gros mensonges de lAlliance de gauche genevoise
Voilà un tous ménages diffusé par lAlliance de gauche, en juin 2000. Il y est dit : « Certains articles de la Tribune de Genève ont tenté de minimiser nos interventions, alors quil est notoire que lAlliance de gauche est la seule formation politique qui soit intervenue sans relâche dans la gestion de la Banque Cantonale et qui ait demandé, depuis plus dune année déjà, une enquête pénale contre ses dirigeants aujourdhui inculpés par un juge dinstruction ».
En réalité, lAlliance de gauche na jamais déposé de plainte pénale. Seuls les cinq actionnaires ont déposé une plainte pénale. Personne dautre ne la fait.
Le tous ménages poursuit : « Nous nentendons pas relativiser les interventions dautres acteurs. Mais nous réfutons la thèse de la Tribune de Genève, selon laquelle des petits actionnaires, dont certains font partie des débiteurs ayant pillé la BCG (ce qui est absolument faux !), seraient les seuls à avoir agi ».
La carotte et le bâton
Les partis politiques, il y en a qui mangent beaucoup. Il y en a qui mangent un peu moins. Mais ils mangent tous. Même les partis de gauche, ils mangent. Ils mangent grâce au système des subventions.
Comment faire tourner une association qui dérange ? On a besoin dargent. Nous-mêmes, à lASDEB, on a besoin dargent. Les autres associations, on leur dit : « Si vous avez besoin dune subvention, faites une demande ! » Alors, vous faites une demande, et la subvention est votée, grâce à vos petits copains du Conseil municipal ou du Grand Conseil.
Vous partez dune association qui na pas un rond. Vous obtenez une subvention qui permet de salarier des gens, de payer le loyer dun local, de manger. A partir de là, lassociation est tenue par le milieu politique. Vous êtes coincé. Vous faites quoi ? Vous dérangez ? On vous coupe la subvention. Au revoir !
En échange de petites subventions de 50000.- FS, 100000.- FS, on arrive à contrôler tout le système. On tient le petit comme le plus gros. Le plus gros coûte plus cher. On voit ce que ça a donné avec la BCG
Toutes les entreprises ont des crédits bancaires. Comment voulez-vous quelles crient contre la BCG ? Celles qui crient sont celles qui nont plus de crédit. Leurs crédits ont été dénoncés. Elles ont fait faillite.
Rencontre avec Christian Grobet
Les politiciens sont tellement primaires, avec leurs « argumentations ». On ma balancé, en face : « Toi, tu es pour Nessim Gaon, parce que tu es contre la BCG ! » Jai répondu : « Pauvre imbécile ! Je ne suis pas pour Gaon. Je ne le connais pas et je ne veux pas le connaître. Et je suis partisan de la BCG. Mais je suis contre ces gens qui se sont servis de cette banque pour leurs magouilles. Je veux quils paient. Je ne veux pas que ce soient les citoyens qui paient. Cest ça, la base de notre lutte ! »
En juillet 2000, alors que le recours contre la loi du 19 mai 2000 était pendant au Tribunal fédéral, par lintermédiaire dune députée, Me Grobet a demandé à me voir. Je lai rencontré, à son étude. Il ma demandé pourquoi javais fait recours. Je lui ai dit : « Cest très simple à comprendre. Je fais recours parce que les électeurs-contribuables genevois ne sont pas sollicités dapprouver cette loi qui les engage à hauteur de 5 milliards. En démocratie, cest inadmissible ». Il ma demandé quelles étaient mes conditions, pour retirer le recours.
Donc, ils avaient peur. Parce que, juridiquement, le recours était valable. On lavait rédigé avec des avocats. Ce qui nallait pas empêcher le Tribunal fédéral de nous débouter
Jai dit à Me Grobet : « Je veux que lEtat de Genève dépose plainte pénale et se constitue partie civile contre les responsables de la BCG, en demandant des dommages et intérêts. Tout ça pour éviter aux contribuables de payer lardoise. Quon aille chercher largent chez ceux qui lont pris. Parce quon peut récupérer une certaine somme ». Me Grobet ma rétorqué : « Non ! Non ! Non ! Alors là, je ne suis pas daccord avec toi (il me tutoyait) ! Il ne faut absolument rien faire pour déstabiliser la banque. Sinon, les gens vont prendre peur et ils vont retirer leurs économies. Ce sera la panique ! ».
Pour toi, quest-ce que tu veux ?
Ce qui était assez désagréable, cest quà deux reprises il ma demandé : « Mais, pour toi, quest-ce que tu veux
? » Pour retirer mon recours. Je lui ai dit : « Mais, moi, je ne veux rien. Moi, jagis dans lintérêt général. Tu connais mes conditions : lEtat de Genève dépose plainte, avec les actionnaires, il se constitue partie civile, et je retire mon recours ». Et, encore avant de partir, après plus dune heure dentretien, il me sort : « Mais, dis donc, mais, toi, ton affaire personnelle avec la BCG, cest où ?
Parce que, tu sais, je suis à la Fondation de valorisation
» Il y avait été nommé. Dailleurs, je lui avais signalé que son collègue, M. Moser, était à lorigine de mes déboires immobiliers.
Voilà pour lAlliance de gauche et Christian Grobet. Ils sont tous de mèche.
Invitation policière
En septembre 2000, jai reçu une « invitation » pour être auditionné par la brigade financière de la police de Sûreté genevoise. Jai confirmé mes allégations de blanchiment contre la BCG. Ces allégations se fondent sur des actes juridiques de tribunaux français.
A lépoque où jai été entendu par la brigade financière, linstruction concernant les allégations de blanchiment nétait de loin pas terminée. Et pourtant, déjà, on minterrogeait pour déterminer si je diffamais ou si je calomniais
La juge dinstruction saisie du dossier, Mme Junod, était allée jusquà dire à mon avocat que, si je récidivais dans mes allégations concernant les dirigeants de la BCG, elle minculperait ! »
-« Ce qui ressort, de la suite de lenquête de lASDEB, cest que plusieurs des actuels conseillers dEtat genevois sont compromis dans les magouilles de la BCG, puisquils étaient membres des conseils dadministration de la Banque Hypothécaire ou de la Caisse dEpargne avant quelles fusionnent pour constituer la BCG.
Confirmez-vous ? »
-« Tout à fait. »
-« Pouvez-vous nous citer les noms de ces conseillers dEtat ? »
-« Eh bien, le mouvement Acti