Retenez-moi ... interviews ... Myriam Sormanni-Lonfat
Myriam Sormanni-Lonfat, députée socialiste au Grand Conseil genevois, sexprime à propos de la corruption du milieu politique.
Question :
-" A quoi vous attendiez-vous quand vous avez commencé à faire de la politique ? Quelle était votre motivation ? "
Myriam Sormanni-Lonfat :
-" Je voulais faire passer certaines idées. Cest plus facile si on est intégré au pouvoir politique que si on est à lextérieur.
Jai commencé par adhérer au parti écologiste. A lépoque, je militais beaucoup contre le nucléaire. Jai été élue conseillère municipale de la ville de Genève. Jai quitté ce parti en 1989. Je trouvais quon ny accordait pas assez dimportance à lécologie humaine.
Si les gens ont de mauvaises conditions de vie, ils se moquent davoir un champ de pâquerettes devant chez eux. Ils préfèrent dabord avoir des conditions de vie décentes.
Je dois dire que, depuis, les Verts ont beaucoup évolué. Notamment sur le plan du respect des minorités.
Pendant une période, jai siégé en qualité dindépendante. Jai achevé mon mandat en 1991.
Par la suite, jai adhéré au parti socialiste. Jai été élue sur la liste pour les députés au Grand Conseil -le parlement cantonal. "
-" Pouvez-vous nous expliquer certains termes de " cuisine interne ", comme caucus, commission, séance plénière ? "
-" Un caucus est une séance préparatoire, au siège du parti. Le jeton de présence est de 140.- FS pour les caucus qui se rapportent au Grand Conseil. "
-" Cest-à-dire que lEtat rétribue des réunions qui se tiennent au siège des partis ? "
-" Oui.
Les séances de commissions font le plus gros du travail des élus, soit du conseiller municipal, soit du député au Grand Conseil. A la ville de Genève, il y a douze commissaires par commission. Au Grand Conseil, il y en a quinze.
Les commissaires attitrés travaillent au sein de leur commission. Ensuite, ils font un rapport sur les travaux qui ont été effectués, et qui sont votés en séance plénière.
Les séances plénières -soit du conseil municipal, soit du Grand Conseil- sont les séances qui se déroulent en public. En moyenne, elles ont lieu une fois par mois. "
-" De quelle manière les décisions se prennent-elles, au sein des commissions ? "
-" Il est clair que des mots dordre de vote sont préalablement donnés, entre partis alliés, et au sein des représentants de chaque parti. "
-" Avant même davoir étudié le dossier, avant même davoir entendu les arguments du camp opposé, on a déjà décidé de voter de telle ou telle manière ? "
-" En principe, oui. "
-" Donc, la réunion de la commission na lieu que pour la forme ? Cest pour toucher un jeton de présence ?
Si on résume : les décisions se prennent au siège des partis, à loccasion dun caucus ; ensuite, les gens vont participer aux commissions, avec des mots dordre de vote ; et la discussion qui se déroule en commission na pas dinfluence sur le vote final. "
-" En principe, non. Mais il est clair que, si on prend connaissance de nouveaux éléments, on peut en tenir compte.
Mais les décisions se prennent aussi au bistro, ou à la salle des pas perdus. "
-" Comme tout sest déjà décidé en coulisses, le débat public, en séance plénière, na donc, lui aussi, lieu que pour la frime et pour toucher un jeton de présence supplémentaire ? "
-" Il y a parfois des séances plénières très houleuses. Surtout après le repas du soir, quand on la bien arrosé. Les gens se coupent la parole, ils sinsultent. Il y a des comportement inadmissibles.
Si la population se rendait mieux compte par qui elle est gouvernée, elle serait peut-être un peu plus lucide dans ses choix. "
-" Ce sont les partis politiques qui décident qui ils vont mettre sur une liste électorale. Les citoyens nont le droit de choisir quentre des candidats que les partis ont préalablement choisi. "
-" Cest évident. "
-" En fonction de quels critères les candidats sont-ils sélectionnés par le parti ? "
-" Chez les Verts et chez les socialistes, je nai jamais vu quon empêche quelquun de figurer sur une liste électorale. En général, on sefforce de présenter un maximum de candidats.
Actuellement, à Genève, les socialistes sont nettement en perte de vitesse aux yeux de la population. Je prédis que le parti socialiste perdra sept sièges au Grand Conseil lors des élections doctobre 2001. "
-" Ce que vous venez dexpliquer ne démontre-t-il pas que les politiciens ne se soucient pas de la population, et quune fois quils ont été élus, ils prennent leurs décisions daprès leurs propres intérêts ? "
-" Je ne sais pas si ça démontre cela.
Mais beaucoup de gens qualifient certains socialistes de " gauche caviar ". Effectivement, quand on bénéficie dun salaire confortable, on est peut-être moins proche de la population. Au parti socialiste, il y a pléthore davocats, denseignants, de gens qui ont une situation confortable. Je crois quils ne se remettent plus trop en cause. Ils ne sont plus assez proches des gens.
A loccasion de la Marche contre le suicide, organisée par deux membres du parlement des jeunes de la ville de Genève, nous nous sommes retrouvés à quatre députés -sur cent-, et jétais la seule socialiste. "
-" Quand on fait le bilan de quatre années de majorité " de gauche ", aussi bien à la ville de Genève quau Grand Conseil, on constate quils nont absolument rien fait pour les sans abri. Ils sen fichent éperdument. On constate une indifférence face aux détresses les plus criantes.
Comment ne pas douter de la sincérité de leurs " préoccupations sociales " ? "
-" Oui. Cest une réalité. "
-" Ne peut-on pas également avoir le sentiment que ces partis " de gauche " sont toujours disposés à faire de la gesticulation médiatique, à voter des motions, des résolutions, pour faire cesser la guerre sur la planète Mars ou à Tombouctou, mais quils ne se soucient pas des problèmes concrets auxquels les gens sont confrontés ?
En fait, ils prennent continuellement des grandes résolutions de principe qui ne changent rien à la réalité, mais qui leur permettent de se donner des airs anti-ceci, anti-cela "
-" Il y a quand même eu des motions, ou des résolutions, par rapport aux chômeurs, ou au droit au logement.
Au niveau du canton, il y a un projet de loi dassurance maladie pour les travailleurs clandestins. Il y a aussi un projet dassurance maladie de lEtat, à but non lucratif.
Il est clair que le bilan de quatre années est assez faible, mais on ne peut pas dire que la gauche na rien fait de social. "
-" Le minimum vital na même pas été augmenté. Il a à peine été adapté au renchérissement. La gauche aurait pu, par exemple, décider de doubler le montant du minimum vital. Des problèmes élémentaires. Pour ce genre de choses, on prétend quil ny a pas dargent.
Par contre, on arrose de subventions le milieu associatif, alors que la plupart de ces associations nont pas dactivité réelle. Dans leurs " bilans dactivités ", on sefforce denjoliver des réunions de pipelettes, une fois par semaine. On présente cela comme quelque chose dextraordinaire, dintérêt public "
-" Les associations sont des sortes de fiefs, de chasses gardées. Dans le milieu politique, chacun sefforce dentretenir ses petits copains, de leur assurer une sinécure.
Par exemple, un petit théâtre genevois a été particulièrement arrosé, tandis que dautres ont du mal à tourner.
Véronique Puro, qui venait dachever ses études, a été parachutée à la tête du service social de la ville de Genève, par le conseiller administratif socialiste Manuel Tornare. "
-" Reconnaissez-vous que les subventions sont réparties en fonction de relations de copinage ? "
-" Cest clair. Cest la même chose dans le département dAndré Hediger, conseiller administratif du Parti du Travail, aux Sports et à la Sécurité. Cest une coterie de petits copains.
Au niveau du canton, quand on fait le budget, cest la même chose : à qui parviendra à placer ses petits copains, etc "
-" Il y a également des cas dassociations -ou de comités- créés pour les besoins de la cause, cest-à-dire pour permettre à quelques margoulins de se sucrer avec largent public.
Par exemple, en 1997, le comité pour les Marches européennes contre le chômage avait été constitué sous prétexte daccueillir, à Genève, les chômeurs français. La ville de Genève a remboursé environ 20000.- FS de factures, dont la plupart étaient fausses ou avaient été gonflées. Dans ce comité, on trouvait des apparatchiks syndicaux, et des politicards, dont la députée de lAlliance de gauche Magdalena Filipowski.
A lAssociation de défense des chômeurs genevoise, le trésorier, membre du parti socialiste, piquait dans la caisse et tenait une double, voire une triple comptabilité.
Ces faits ont été dénoncés. Plainte classée par le procureur général Bernard Bertossa, toujours complice de ses petits copains les ripoux. Il ny a jamais eu denquête. Tout le milieu politique a couvert ces magouilles, qui étaient des secrets de Polichinelle.
Comment se fait-il quil y ait de telles connivences, pour couvrir les magouilles ? "
-" Entre les partis, il y a des cas où ils se tiennent par la barbichette. Si tu divulgues ma magouille, je divulgue la tienne "
-" Il suffit de consulter le registre des liens dintérêts pour constater que la plupart des élus siègent, à titre privé, dans X conseils dadministration, en échange de jetons de présence dont le montant représente, à chaque fois, une coquette somme.
Nest-il pas évident que ces gens-là ne représentent pas le peuple ; quils représentent les sociétés auxquelles ils se sont vendus ?
Dans nimporte quel autre pays, ne considérerait-on pas cela comme de la corruption ? "
-" Pour ma part, jai entendu parler de sommes de lordre de 20000.- FS, dans certains conseils dadministration. Quand lélu représente lEtat, des pourcentages sont rétrocédés aux partis, en fonction de différents barèmes. "
-" Comment se fait-il que " la gauche " ne lance pas une initiative populaire pour interdire aux élus de siéger, à titre privé, dans des conseils dadministration ? "
-" Cette initiative populaire est une idée à laquelle je navais pas pensé. "
-" Si " la gauche " sabstient de lancer une telle initiative populaire, nest-ce pas parce que ses élus espèrent eux-mêmes bénéficier du pactole ? "
-" De toute façon, il y a des places qui paient et que certains visent. Parce que le goût du pouvoir, cest clair quil est dans tous les partis. Je parle souvent du système mafieux qui règne au sein des partis. "
-" A propos de système mafieux, confirmez-vous que les partis politiques sont manipulés par une poignée de personnes et que leurs assemblées générales "
-" Les assemblées générales sont des chambres denregistrement. "
-" Par exemple, dans les syndicats, il y a toujours un ordre du jour surchargé, qui sert de prétexte pour réduire au symbolique le temps de parole de ceux qui voudraient critiquer les apparatchiks ou proposer une autre politique. De cette manière, on na jamais le temps de se lancer dans un débat, ou dans de grandes révélations "
-" Cest vrai. Et puis, selon les sujets à lordre du jour de lassemblée, le téléphone arabe fonctionne auparavant Des accords ont déjà été passés. "
-" Finalement, ne sagit-il pas dune démocratie Potemkine, où, effectivement, il y a des formes démocratiques, mais où, en réalité, tout est truqué ? "
-" Je nirais pas jusque là, car je crois quil y a quand même des politiciens honnêtes. Mais cest vrai quil y a des politiciens qui ne sont pas très nets "
-" Ceux que vous appelez " des politiciens honnêtes " ne sont-ils pas quand même des gens informés des magouilles de leurs petits copains, et ne laissent-ils pas faire ?
Ne sagit-il donc pas dune " honnêteté " extrêmement relative, tacitement complice dune situation de corruption généralisée ? "
-" Si vous décidez de ne pas laisser faire et que vous dénoncez certaines choses, vous vous récoltez pas mal dennuis "
-" Cela ne revient-il pas à admettre que ce sont les ripoux qui commandent ? "
-" On ne peut pas être aussi affirmatif. "
-" Si le type honnête, qui veut sopposer aux magouilles, récolte des ennuis -alors que ce sont les ripoux qui devraient avoir des ennuis-, nest-ce pas la preuve que les ripoux commandent ? "
-" Dans notre société, quand on voit comment les choses se passent, à mon avis, on est " coupable " dêtre victime et ce sont les salopards qui sen sortent. "
-" Ne sagit-il donc pas dun système corrompu, dans lequel une personne intègre na que le droit de se taire ou de démissionner ? "
-" Oui, cest un peu ça "
-" Nest-il pas vrai que les gens réellement intègres, quand ils se rendent compte à quel point le milieu politique est pourri, et quils se voient dans lincapacité de sopposer à cette corruption généralisée, démissionnent, cessent de venir aux réunions politiques, cessent de participer à lactivité du parti, et quau bout du compte ce sont toujours les ripoux qui occupent le terrain ? "
-" Il y a du vrai, effectivement
Il faudrait que les gens ouvrent leurs oreilles et osent aller jusquau bout. Il faudrait un mouvement de masse, plutôt que quelques individus isolés, par-ci, par-là. Mais, comme les gens ne sont pas courageux, il ny a pas beaucoup de monde pour partir au combat. Surtout dans une lutte ouverte "
-" Vous disiez que les politiciens se tiennent par la barbichette
On a vu, dans laffaire de la Banque cantonale de Genève (BCG), quil y a eu des magouilles portant sur des milliards de francs suisses.
Ces magouilles ont été dénoncées, pendant plus de quatre ans, par lAssociation des clients des banques (ASDEB). Tout le milieu politique genevois était informé, aussi bien à gauche quà droite : la commission des finances du Grand Conseil, la commission des pétitions, le Conseil dEtat, etc Tout le monde savait, personne ne bougeait, personne ne réagissait publiquement, et les magouilles continuaient.
Ny a-t-il donc pas un sacré problème de corruption ? Peut-on le nier ? "
-" Je pense quil y a aussi peut-être un peu dinnocence ou dincrédulité chez certains, qui narrivaient pas à y croire. "
-" Ou qui navaient pas envie de le croire
Nest-ce pas une attitude moralement confortable, que daffirmer " Je ne peux pas le croire " ?
Cela évite denquêter. On dit quon ne peut pas le croire, mais, en réalité, on ne veut pas le savoir, et on se donne un bon prétexte pour ne pas réagir. "
-" Peut-être. Mais il mest difficile de répondre à la place des gens... "
-" Il existe un procès-verbal de la commission des pétitions du Grand Conseil, qui avait été saisie, par lASDEB, à propos des magouilles de la BCG.
Le président du conseil dadministration et le directeur de la BCG étaient auditionnés par une bonne dizaine de députés de tous les partis.
Ce qui est frappant, à la lecture du procès-verbal de cette réunion, cest quaucun des participants ne contestait la véracité des informations de lASDEB. Personne ne prétendait que le contenu de la pétition était mensonger. Tous admettaient implicitement que cétait vrai. La discussion, entre eux, portait exclusivement sur la " nécessité " dempêcher un débat public au Grand Conseil Cest la seule chose qui les préoccupait.
Donc, quand vous dites qu" ils ne voulaient pas le croire " Là, ils y croyaient tout à fait. "
-" Parce quun débat public, au Grand Conseil, signifiait, pour eux, que nimporte qui pourrait le savoir. "
-" Oui. Mais ils ne manifestaient même pas la volonté de mettre un terme à cette situation. Et lomerta a persisté jusquà ce que la BCG soit déclarée en faillite virtuelle et que le scandale éclate publiquement. A partir de là, ils ont feint de sétonner et de sindigner
La vérité nest pas venue du milieu politique. Même quand elle a été reconnue, le milieu politique persistait à couvrir les magouilles.
Donc, cest vraiment une mentalité mafieuse. On a le sentiment que les politiciens sont prêts à faire nimporte quoi dans leur intérêt à eux, ou dans lintérêt de leurs petits copains, et que le commun des citoyens fait figure de gêneur dès linstant où il commence à mettre le nez dans leurs magouilles. On na " pas besoin de savoir ".
Les politiciens gouvernent pour eux-mêmes et la population na que le droit de payer des impôts et de voter pour les candidats proposés par les partis. "
-" Oui, mais, bon
A mon avis, lanalyse est un peu courte.
Les gens rouspètent, mais ils ne vont pas voter. Quils se bougent ! A la limite, quils se présentent aux élections ! Parce que cest très facile, de critiquer de lextérieur On nest pas dans les partis. On ne fait rien.
Parce quun travail de conseiller municipal ou de député devrait être un service rendu à la population. Si des indemnités ont été proposées, cétait, à lorigine, pour que les gens ne perdent pas trop dargent en quittant leur travail pour venir en séance.
Quand on considère certains travaux que nous faisons, ce nest pas aussi bien payé que ça. Quand on doit présenter un sujet, il faut létudier, il faut faire un rapport, il faut quand même bosser.
Jai déposé une motion pour quil y ait des enquêtes parlementaires sur cinq services de lEtat de Genève. Par exemple, le médecin-chef du service médico-pédagogique signait, à lintention des tribunaux, des expertises psychiatriques quil ne se donnait même pas la peine de lire Cest lourd de conséquences, pour les gens concernés. Au tribunal tutélaire, on prend des décisions complètement arbitraires.
Ce serait bien, si davantage de gens sengageaient, dans lactivité politique. Quils viennent voir, de lintérieur, ce que cest vraiment. "
-" Pourtant, ne constate-t-on pas -par exemple dans votre cas- quà partir du moment où vous êtes en désaccord avec certains membres de votre parti, tous les moyens sont bons pour vous museler, vous harceler, vous calomnier, vous exclure, essayer de vous briser psychologiquement ? Et même, si on le peut, ne tentera-t-on pas de vous faire perdre votre emploi, de vous faire passer pour une folle, de vous salir par tous les moyens, à travers toute la république ? Ne fait-on pas tout pour détruire, psychologiquement et socialement, ceux qui sopposent aux magouilles ? "
-" Cest clair.
Quand jai siégé au Grand Conseil, dès le début, jai été muselée. On ma dit : " Il ne faut pas que tu parles ! "
Je lai supporté pendant trois mois. Au bout de trois mois, jai décidé de mexprimer.
Il est vrai que je nai pas des idées tout à fait conformistes. Mais, moi, je me bouge. Je suis allée voir les SDF, à la Coulou (1). Jy ai passé un très bon après-midi. Jétais la seule députée.
Il est vrai que, malgré létiquette " socialiste ", malgré les grands discours, cest " faites ce que je dis, mais pas ce que je fais ".
Le 14 avril 2000, pendant une séance du Grand Conseil, je suis intervenue à propos des minorités religieuses. Le débat portait sur la création dun " observatoire sur les sectes ". Comme dhabitude, sur cent députés, à peine une demi-douzaine connaissent le sujet et les autres votent comme des marionnettes. Cest dautant plus dommage quand ils prennent des décisions lourdes de conséquences pour les gens. Jai demandé que, dans cet observatoire, on intègre quelquun comme le pasteur Jean-Claude Basset, qui soccupe de contacts entre religions minoritaires. Cétait une demande de reconnaissance et de respect des minorités religieuses.
Jai notamment dit quon pouvait comparer les grandes religions avec les drogues légales et les religions minoritaires avec les drogues illégales.
Le soir même, dix-neuf députés socialistes ont demandé mon exclusion à la section ville de Genève du parti, ce qui revenait à mexclure du parti Ensuite, le bureau du parti a suivi et a demandé mon exclusion.
Pourtant, larticle 69 de la loi sur le règlement du Grand Conseil dit quun député ne peut pas être attaqué à cause de ce quil dit dans lhémicycle. On voit que cet article nest pas respecté, puisque jai été pénalisée à la suite de ma déclaration sur les minorités religieuses.
Par ailleurs, larticle 23 dit quon ne peut pas donner à un député une consigne de vote impérative. Cest-à-dire que le parti na pas le droit dexiger quun élu vote comme une marionnette.
On constate que cette loi nest pas respectée.
En mai, on ma convoqué, pour me présenter une " lettre de démission " du Grand Conseil rédigée à ma place. Jai refusé de la signer.
Le lendemain, ils ont écrit à la Sautier du Grand Conseil, pour minterdire de siéger dans les commissions dont jétais membre. A partir du 16 mai, je nai plus pu siéger dans les commissions. Cest la première fois quune telle chose sest produite, dans les annales de la république !
Dès lors, jai été traitée, par le parti socialiste, comme une députée indépendante. Par contre, le parti continuait dencaisser 60 % de mes jetons de présence parlementaires
Cest-à-dire que je ne participais plus à lessentiel des travaux dune députée. Jestime quil nest pas normal quun parti politique empêche un élu de faire son travail. Personnellement, je considère que la volonté du peuple a été bafouée. "
-" Lune des caractéristiques du milieu politico-syndical " de gauche " ne réside-t-elle pas précisément dans ce terrorisme intellectuel visant à faire un crime de toute opinion dissidente ou de la moindre critique exprimée publiquement ? "
-" Tout à fait.
Dailleurs, le président du parti socialiste genevois a déclaré que les membres ne peuvent pas afficher des opinions contraires à la philosophie du parti -laquelle est décrétée par les apparatchiks. Effectivement, ça ressemble davantage à une dictature quà un pouvoir socialiste.
Tout se fait " à la tête du client ". Les uns peuvent se permettre nimporte quoi et les autres nont que le droit de sécraser.
Adelita Genoud, une journaliste de la Tribune de Genève, a publié toute une série darticles à propos de mes démêlées avec la mafia du parti socialiste genevois. Le dossier lui a été retiré, et il a été transmis au chroniqueur politique Alain Dupraz. Celui-ci sest alors efforcé de me dépeindre comme une personne " hargneuse ". Je considère, pourtant, que je nai rien à me reprocher et que je nai fait que dire la vérité et me défendre contre le mobbing dont jétais victime.
Jai organisé une conférence de presse. Aucun journaliste nest venu.
A la rédaction du Courrier, on vit grâce à la gauche genevoise. Ce ne sont pas eux qui allaient prendre ma défense. "
-" Vous constatez donc une connivence entre les chroniqueurs politiques et les politiciens, pour dissimuler les informations gênantes à propos du milieu politique ? "
-" Oui. Tout à fait. "
-" Quel est votre sentiment, après tant dannées dactivités politiques, en constatant le peu de cas que fait le parti socialiste de votre engagement ? "
-" Je suis assez écoeurée.
Il faudrait que la situation change, que les gens soient capables de sanalyser, quil y ait une certaine tolérance à la différence.
Jestime que les magouilles vont trop loin et jai décidé de les dénoncer. "
Propos recueillis par Frank BRUNNER
Retenez-moi ... interviews ... Myriam Sormanni-Lonfat