Retenez-moi ... sciences ... La logique interne de l’intérêt général

Il existe, dans la nature, un phénomène invisible, et pourtant bien réel, qui se manifeste partout où il y a création et qui est indispensable à la durée de cette création.

Ce phénomène invisible est un principe d’organisation qui veut que chacun des éléments d’un organisme contribue à la prospérité de tous les autres et bénéficie simultanément de la prospérité de tous les autres.

Il ne s’agit pas, ici, d’observer le phénomène dans son aspect cellulaire, moléculaire ou atomique, mais de comprendre pourquoi ce phénomène se manifeste de cette manière-là plutôt que de n’importe quelle autre manière.

En quelque sorte, il s’agit de comprendre la raison d’être de ce phénomène d’intérêt général.

Le principe d’action

On pourrait trouver, dans la nature, une infinité d’exemples où s’observe cette logique d’intérêt général entre des éléments ou des organismes associés. Pensons simplement à l’association des abeilles et des fleurs, association qui favorise -grâce au transport du pollen par les abeilles- la prolifération des fleurs butinées, tout en assurant la nourriture des insectes butineurs.

Notre propre corps -avec ses divers organes associés dans une création commune- n’est qu’un exemple, parmi d’autres, d’organisation d’intérêt général, quelle que soit l’échelle à laquelle on l’examine.

Le principe d’action qui détermine la relation d’intérêt général entre les diverses espèces vivantes ne se résume nullement à la « loi du plus fort » -les gagnants et les perdants. Il ne se limite pas non plus à un processus de « sélection naturelle ». Il est infiniment plus subtil que cela.

A vrai dire, plus on analyse la logique interne de l’intérêt général, plus on est confondu par l’extraordinaire intelligence de sa conception et les propriétés fantastiques qui résultent de son principe d’organisation.

Pas une organisation « quelconque »

A priori, comme nous n’imaginons rien d’autre, nous sommes tentés de sous-estimer les propriétés que présente cette logique d’intérêt général. Elle nous paraît tout simplement « normale », au même titre que l’existence de la pluie et des arbres. A force de l’avoir devant les yeux, nous ne la voyons plus, au propre comme au figuré.

Pourtant, il suffit d’imaginer des organisations différentes pour constater qu’en comparaison une organisation d’intérêt général offre des avantages extraordinaires. Une organisation d’intérêt général n’est pas du tout « une quelconque organisation ».

Par exemple, si on considère la vie d’une touffe d’herbe, certains éléments captent l’énergie solaire, d’autres captent l’eau, d’autres captent les molécules nutritifs du sol, mais chacun de ces éléments aux fonctions spécialisées participe à la prospérité de la touffe d’herbe dans son ensemble. Il y a une organisation commune, conçue en sorte de coordonner les intérêts particuliers dans une logique de prospérité commune ; une logique d’intérêt général.

On remarque qu’aucune des cellules composant la touffe d’herbe -des racines à la pointe de chaque brin- n’est exclue des « bénéfices » par cette organisation d’intérêt général. Cette organisation d’intérêt général est, par sa nature, non-discriminatoire... Chacune des cellules associées retire un bénéfice égoïste de la prospérité commune et a donc égoïstement intérêt à participer au fonctionnement du phénomène. Le brin d’herbe bénéficie de l’activité de la racine, tandis que la racine bénéficie de l’activité du brin d’herbe.

Si on passe de la touffe d’herbe à une feuille d’arbre, on constate, là encore, que les nervures ont une fonction nourricière, en permettant la circulation de la sève, tandis que la feuille proprement dite capte l’énergie solaire. Chacun des éléments contribue à la prospérité des autres et bénéficie simultanément de cette prospérité.

On retrouve ce principe d’organisation à l’échelle de l’arbre dans son ensemble. Les racines, le tronc et le feuillage assurent chacun une fonction spécifique, mais dans une relation coordonnée d’interdépendance dont chacun des éléments bénéficie.

C’est toujours ce même principe d’organisation qu’on observe derrière la vie d’un étang. Il y a les plantes qui produisent de l’oxygène, les animaux qui se nourrissent des plantes, puis les prédateurs des herbivores, etc..., le tout formant un cycle uni par des relations de cause à effet. Les cadavres en décomposition nourrissent les plantes.

Un phénomène intelligent

Il faut bien voir que cette logique d’intérêt général n’est pas une abstraction comme le serait telle ou telle formule mathématique. Il s’agit d’un phénomène évolutif, organisé, dont le comportement est intelligent -et déterminé, par des relations de cause à effet, de manière à favoriser la création.

Les relations de cause à effet et les interactions déclenchées par la logique d’intérêt général ne sont pas aléatoires. Elles procèdent d’une logique cohérente qui rend leur évolution prévisible et permet également d’en discerner la cause initiale, la raison d’être.

L’effet régulateur

Si les herbivores dévoraient gloutonnement toutes les plantes -par exemple en proliférant plus vite que la végétation dont ils dépendent-, ils périraient ensuite de faim, puisqu’il n’y aurait plus d’herbe à manger. De même, les carnivores périraient à leur tour s’ils se laissaient aller à exterminer leurs proies.

L’organisation d’intérêt général qui coordonne le développement du biotope lie, par une logique de relations de cause à effet, la prolifération d’une espèce aux ressources de nourriture disponibles dans son environnement.

Quand les ressources s’amenuisent, la mortalité s’accroît, jusqu’à ce que s’instaure un nouvel équilibre permettant le développement durable des ressources. Les carnivores empêchent une prolifération excessive des herbivores et, en l’empêchant, ils évitent aux herbivores de dévorer l’herbe plus vite qu’elle ne pousse. Si leurs proies se raréfient, les carnivores mettent au monde moins de petits, et ces derniers sont moins nombreux à survivre en bas âge.

La logique de l’intérêt général a la faculté d’exercer automatiquement une influence régulatrice sur les phénomènes qui s’associent à elle.

Adaptation à l’évolution de la réalité

Parmi d’autres propriétés remarquables, la logique d’intérêt général a la faculté de s’adapter automatiquement à l’évolution de la réalité. On a vu cette faculté se manifester dans « l’effet régulateur », entre les diverses espèces d’un biotope, mais il y a bien davantage à observer à ce propos.

La logique de l’intérêt général implique que les éléments d’un organisme s’adaptent entre eux, mais aussi que l’organisme lui-même s’adapte à la réalité de son environnement.

L’herbe ne se met pas à pousser parce qu’il existe des herbivores. Les herbivores apparaissent parce que l’environnement présente de l’herbe.

A sa naissance, le bébé est parfaitement adapté à la réalité de l’environnement dans lequel il va évoluer. Il va respirer l’air qui existe, boire l’eau qui existe, etc... Il ne s’est pas développé pour respirer ou boire quelque chose qui n’existe pas en réalité.

Etant donné que l’écoulement du temps modifie continuellement la réalité, il en résulte que la logique de l’intérêt général a la faculté de s’adapter automatiquement à l’évolution de la réalité. Le fait n’a rien d’anodin.

La notion de liberté

En effet, a priori, on pourrait imaginer une logique d’intérêt général absolument rigide, immuable, dogmatique. Cette logique s’opposerait à ce que les espèces vivantes se modifient pour s’adapter à un changement climatique, par exemple. Elle ne laisserait aucun espace de liberté aux éléments qui lui seraient associés.

Fort heureusement, la logique de l’intérêt général, même si elle exerce une influence coordinatrice sur la vie dans son ensemble, introduit, par sa nature, une notion de liberté. C’est-à-dire que chacun des éléments associés à la logique d’intérêt général peut choisir de ne plus s’y soumettre, d’adopter subitement un comportement anticonformiste, voire totalement anarchique.

Cet espace de liberté permet d’améliorer individuellement la capacité d’adaptation de tous les éléments qui composent l’organisme, entre eux et avec leur environnement.

On observe une manifestation du phénomène avec ces mammifères terrestres retournés à l’océan : les cétacés.

La maîtrise des relations de cause à effet

Alors même que chaque espèce -et chaque individu au sein de chacune des espèces- se préoccupe exclusivement de son intérêt particulier, tous ces intérêts particuliers sont interdépendants et coordonnés par une logique visant à promouvoir l’intérêt général.

Quand on se représente, derrière la vie interdépendante des diverses espèces d’un étang, l’idée mère organisatrice sans laquelle chaque espèce évoluerait chaotiquement, de façon préjudiciable à toutes les autres, au lieu de contribuer à la prospérité de l’ensemble, on constate l’influence de la logique d’intérêt général sur l’évolution de la matière et sur l’évolution de la vie.

Si la logique d’intérêt général n’existait pas

Pour reprendre l’exemple d’une feuille d’arbre, supposons que chacune des cellules qui la composent soit totalement indépendante des autres, au lieu de s’y associer dans une logique d’intérêt général.

Dans cette hypothèse, il est évident que chacune des cellules de la feuille devrait assumer seule toutes les fonctions qui étaient auparavant partagées : capter l’énergie solaire, les éléments nutritifs, se reproduire, etc... Ces cellules autonomes n’auraient plus aucun motif de s’associer pour former une feuille, et la feuille elle-même n’aurait plus de raison d’être.

Pour chacune des cellules qui composent la feuille, la dépense d’énergie serait très supérieure à ce qui est nécessaire si les diverses cellules de la feuille se spécialisent dans des fonctions complémentaires.

On constate donc qu’à potentialités égales, une organisation d’intérêt général assure une plus grande efficacité -on pourrait dire un meilleur rendement- que si les mêmes potentialités ne sont pas organisées dans une logique d’intérêt général. C’est pourquoi le résultat d’ensemble est supérieur à la somme des parties dont il se compose.

Même dans l’hypothèse où chacune des cellules de la feuille d’arbre fonctionnait de manière absolument autonome, comment cette simple cellule pourrait-elle vivre si ses propres « organes » fonctionnent eux-mêmes sans tenir aucun compte les uns des autres ? Il faudrait, assurément, au moins une logique d’intérêt général au sein de la cellule, même si la cellule, pour ce qui lui est étranger, n’obéit plus à une logique d’intérêt général...

On constate qu’une organisation d’intérêt général est le préalable indispensable à la durée de la vie. Sans elle, la vie n’est pas possible. La division cellulaire et le développement d’un embryon ne sont pas des phénomènes anarchiques. Les organes se forment d’une manière coordonnée, suivant une logique commune voulant que chacun contribue au bien-être de tous les autres et bénéficie simultanément de leur bien-être.

Chef d’orchestre

Par nature, la logique de l’intérêt général s’oppose au chaos. Elle en est l’antithèse.

On pourrait comparer la logique d’intérêt général à un chef d’orchestre veillant à ce que chacun des musiciens puisse jouer sa partition au même rythme que tous les autres, même si chaque instrument produit un son spécifique. Les musiciens n’ont même pas besoin de s’accorder entre eux, en surveillant leur rythme réciproque. Il suffit, pour un musicien, de respecter le rythme indiqué par le chef d’orchestre, et son instrument se trouve alors automatiquement en symbiose avec tous les autres instruments. Le chef d’orchestre est la référence commune pour tous les musiciens.

Cette coordination des musiciens par une référence commune fait que l’ensemble de l’orchestre produit une harmonie au lieu de produire une cacophonie. Sans chef d’orchestre, cette coordination harmonieuse de tous les musiciens serait extrêmement difficile à atteindre et presque impossible à faire durer, parce qu’il n’y aurait aucun principe de stabilité pour s’opposer aux tendances cacophoniques de l’orchestre.

La raison d’être d’un problème fondamental

Lorsqu’un organisme cesse de s’adapter à l’évolution de la réalité de son environnement, il cesse, du même coup, de se conformer à la logique de l’intérêt général, puisque celle-ci a la faculté de s’adapter automatiquement à l’évolution de la réalité. C’est comme si les trajectoires, jusqu’alors associées, se mettaient subitement à diverger.

Soudain, le comportement d’une cellule devenue cancéreuse n’obéit plus à la logique d’intérêt général qui coordonne la vie de toutes les autres cellules de l’organisme. En quelque sorte, la cellule cancéreuse a « choisi » de proliférer de manière individualiste, sans tenir compte de l’évolution de la réalité au sein de l’organisme.

Et c’est là qu’on observe l’une des propriétés les plus fantastiques de la logique de l’intérêt général.

Quand un élément cesse de s’adapter à l’évolution de la réalité et à la logique de l’intérêt général, son comportement se modifie d’une manière caractéristique et très significative.

En cessant de s’adapter à l’évolution de la réalité, en ne se conformant plus à la logique de l’intérêt général, l’élément perturbateur déclenche l’apparition d’un problème -qu’on appellera le problème fondamental.

L’effet de cascades

Au lieu de rester stable, ce problème fondamental se met lui-même à déclencher, automatiquement, des cascades de problèmes secondaires, qui déclenchent, à leur tour, d’autres cascades de problèmes secondaires, etc...

La logique des relations de cause à effet veut que le problème fondamental, à force de multiplier les cascades de problèmes secondaires, anéantisse l’environnement dont il dépend et s’anéantisse avec lui. Mais, entre temps, le problème fondamental peut exercer des ravages considérables.

C’est-à-dire qu’un problème est un phénomène évolutif, qui a naturellement tendance à s’aggraver, à s’amplifier, à mesure que le temps passe. Il suffit de ne pas y remédier pour qu’il s’amplifie automatiquement.

Quand on analyse une situation problématique, il est donc nécessaire de tenir compte de l’évolution prévisible du phénomène. Dans une année, un problème qu’on omet de résoudre n’aura pas les mêmes proportions qu’aujourd’hui. Il se sera aggravé.

Par exemple, l’arbitraire suscite la révolte par une relation de cause à effet. Il faut donc toujours davantage d’arbitraire pour imposer l’arbitraire, si bien qu’il devient toujours plus révoltant… Ceux qui cherchent à imposer leur arbitraire sont entraînés dans une fuite en avant. D’abord, on opprime les personnes qui ne sont pas membres du parti. Cette oppression révolte les victimes hors parti et les personnes intègres au sein du parti. L’oppression doit donc s’étendre au sein du parti. Les membres du parti se sentant eux-mêmes menacés par l’arbitraire, ils le trouvent d’autant plus révoltant. Pour les empêcher de se révolter, il faut imposer l’omerta, la terreur au sein du parti. Cette terreur finit par gagner les échelons les plus élevés, jusque dans l’entourage du despote, lequel, pris dans sa logique de fuite en avant, ne voit pas comment il pourrait renoncer à l’arbitraire sans être aussitôt renversé. Son arbitraire ayant suscité la révolte de tous les idéalistes et des personnes intègres, le despote doit distribuer des privilèges à son entourage pour acheter les loyautés. Il déclenche ainsi une logique de corruption -souvent liée au développement de l’arbitraire-, en sorte que le système n’inspire plus que du mépris à ceux-là même qui en sont les ultimes bénéficiaires. Ils ne croient plus eux-mêmes au système qu’ils sont censés défendre et leur soutien est purement opportuniste. Ils sont de plus en plus disposés à retourner leur veste, et de plus en plus anxieux de ne pas la retourner trop tard. Dès lors, si une insurrection se déclenche, les opportunistes abandonnent le navire et le despote se retrouve complètement isolé, ce qui le contraint de prendre la fuite, en admettant qu’il ne se fasse pas assassiner.

En agissant lucidement, on peut accélérer cette logique d’autodestruction de l’arbitraire. C’est essentiellement un problème de communication.

Relation de causalité

Ce qu’il faut bien remarquer, dans une situation problématique, c’est que le problème fondamental est la raison d’être de tous les problèmes secondaires qu’il suscite en cascades, quel que soit le nombre et la complexité de ces problèmes secondaires.

Il suffit donc de « résoudre » le problème fondamental pour que tous les problèmes secondaires perdent simultanément leur raison d’être. Par contre, il est futile de vouloir « résoudre » tel ou tel problème secondaire si on laisse le problème fondamental en déclencher continuellement des cascades de nouveaux...

Par exemple, supposons qu’au dernier étage d’une maison un robinet coule et fait déborder le lavabo. L’eau inonde tous les étages, la cage d’escalier, s’accumule dans la cave et mine les fondations de la maison. Il suffit de fermer le robinet pour que l’inondation perde sa raison d’être et que l’eau répandue s’évapore progressivement. Par contre, si on laisse couler le robinet, il est futile d’éponger l’eau dans les escaliers ou d’écoper les flaques dans la cave...

Pour « résoudre » un problème fondamental, il suffit de réadapter la situation problématique initiale à l’évolution de la réalité et à la logique de l’intérêt général. Une fois le problème fondamental résolu, l’énergie de destruction est convertie en énergie de création.

Le résultat est d’autant plus spectaculaire que le problème fondamental était plus dévastateur.

Le virus et la logique d’intérêt général

Par exemple, supposons qu’un organisme est envahi par un virus inconnu. L’apparition de ce virus modifie la réalité de l’environnement auquel l’organisme était adapté. Il y a donc, au départ, une inadaptation de l’organisme à cette modification.

De plus, la logique interne du virus est une logique de parasitisme. Le virus veut « profiter » de l’organisme, sans se soucier de contribuer à la prospérité de cet organisme. C’est-à-dire que le virus ne se conforme pas à la logique d’intérêt général qui coordonne l’évolution des éléments de l’organisme. Son comportement est purement individualiste.

Si ce problème n’est pas « résolu » conformément à la logique de l’intérêt général, le virus va proliférer au point de détruire les fonctions vitales et tuer l’organisme qu’il parasite. Il périra avec cet organisme, s’il ne parvient pas à en contaminer un autre. Un virus mortel a toutes les « chances » de disparaître -aussi vite qu’il est apparu- s’il contamine, par exemple, une espèce rare d’animaux, car ceux-ci, vivant isolés les uns des autres, sont rarement exposés à une contamination.

Le virus peut accroître ses chances de survie en augmentant la période d’incubation avant de se manifester dans l’organisme contaminé.

Mais le moyen le plus sûr d’assurer sa survie est, pour le virus, de perdre son caractère « mortel », afin que l’organisme contaminé puisse néanmoins continuer de vivre.

Certains virus finissent par devenir complètement inoffensifs, au point de s’intégrer à la structure cellulaire de leur « victime » et peuvent ainsi parasiter les générations successives d’un même organisme. On reconnaît là l’influence de la logique d’intérêt général. Au lieu d’obliger l’organisme contaminé à se soumettre à son comportement individualiste, le virus s’adapte à la logique d’intérêt général de l’organisme.

Simultanément, la logique d’intérêt général de l’organisme s’efforce automatiquement de s’adapter à cette nouvelle réalité introduite par l’irruption du virus. L’organisme crée des anticorps. Cela nécessite du temps, et le temps peut manquer si le virus est trop virulent. Mais les plus graves épidémies de peste ou de choléra ont permis de constater que certains organismes parviennent toujours à s’adapter et survivent à la maladie qui a décimé toute une population autour d’eux.

Astuce

L’une des facultés les plus astucieuses de la logique d’intérêt général consiste à se servir d’un problème pour résoudre un problème complémentaire.

Par exemple, dans le cas de la pollinisation des fleurs par les abeilles, on résout, l’un par l’autre, à la fois le problème de la nourriture des abeilles et celui de la reproduction des fleurs. Cela nous paraît « normal », mais on aurait fort bien pu avoir une situation où les abeilles seraient utiles aux fleurs sans en retirer elles-mêmes un profit particulier. Le problème de la reproduction des fleurs aurait été résolu, mais pas celui de la nourriture des abeilles...

La logique d’intérêt général opère de telle sorte que certains virus ou bactéries finissent par être complètement associés à l’organisme contaminé, au point d’y exercer des fonctions nouvelles, totalement intégrées à la logique d’intérêt général.

Par exemple, au sein d’une cellule, telle bactérie devient un nouvel organe. Elle peut assurer la transformation de tel élément que, sans lui, la cellule ne parvenait pas à assimiler. Elle peut améliorer la nutrition ou la respiration de la cellule. Le virus peut déterminer des mutations fondamentales, comme le passage des animaux unicellulaires aux animaux multicellulaires, ou le passage des cellules végétales aux cellules animales. Une cellule qui ne se reproduisait que par division ou clonage pourrait acquérir, du virus, la faculté de se reproduire par contamination, en « fécondant » d’autres cellules pour tirer profit de leurs potentialités génétiques spécifiques.

Une idée en action

Ce qui est fascinant, quand on réfléchit aux surprenantes propriétés de la logique de l’intérêt général, c’est de constater qu’elle constitue un phénomène dynamique continu, qui s’amplifie, et dont la puissance potentielle se mesure naturellement à l’échelle de la création de l’univers.

Alors que ses manifestations matérielles sont évidentes pour quiconque veut se donner la peine d’ouvrir les yeux, la logique de l’intérêt général est pourtant un phénomène invisible relevant du domaine de la pensée, du domaine de l’esprit. On constate son existence par le raisonnement logique. On peut mesurer ses effets sur le monde matériel, mais on ne peut pas la mesurer elle-même. La logique de l’intérêt général est une idée en action.

L’esprit

Pour qu’un organisme quelconque puisse percevoir la logique de l’intérêt général, l’esprit est indispensable. L’intelligence, qui permet de comprendre le présent, a besoin de la mémoire afin de reconstituer la logique de l’évolution des événements -et de l’imagination afin d’anticiper la suite logique de cette évolution.

Sans la mémoire et l’imagination, le raisonnement est privé de cohérence, incapable de se conformer à une logique, et la pensée demeure stérile, quelle que soit l’intelligence potentielle.

En quelque sorte, la création est une matérialisation de l’imaginé.

Potentialités infinies

La compréhension et la maîtrise de l’évolution des phénomènes dynamiques offrent des potentialités qui défient l’imagination.

Puisqu’un problème est une situation qui n’est pas comme elle devrait être pour qu’il n’y ait plus de problème, il en résulte qu’un problème n’existe que dans la mesure où sa solution existe.

Il en résulte également que la disparition de la raison d’être du problème fondamental entraîne, par une relation de cause à effet, la réadaptation automatique de la situation concernée à la logique de l’intérêt général et à l’évolution de la réalité.

C’est pourquoi, pour peu qu’on résolve un problème fondamental, on s’épargne la corvée et l’énergie de devoir résoudre une infinité de problèmes secondaires, ceux-ci ayant perdu leur raison d’être.

C’est également pourquoi il est vain de vouloir résoudre tel ou tel problème secondaire si on laisse le problème fondamental en susciter continuellement des cascades de nouveaux.

On peut résoudre un problème fondamental par symbiose, en l’associant à un autre problème fondamental complémentaire, dans une logique d’intérêt général.

On peut également résoudre un problème fondamental en se servant de l’énergie dynamique du problème lui-même -de ses conséquences-, un peu à la manière d’un judoka qui se sert de l’énergie dynamique de son adversaire pour le déséquilibrer et le terrasser.

La logique interne de l’intérêt général

Si on part d’une situation de chaos et qu’on considère le phénomène dans sa durée, on constate qu’une logique d’intérêt général apporte automatiquement aux éléments particuliers -qui évoluaient chaotiquement- une cohérence, une cohésion, une logique interne commune. Le chaos se transforme en un phénomène ininterrompu et toujours plus diversifié de création, d’associations complémentaires animées par un esprit commun à toutes choses. Ce phénomène se nourrit de lui-même, avec un effet d’amplification, en s’adaptant automatiquement à l’évolution de la réalité.

A mesure que cette logique d’intérêt général se propage dans le chaos universel, elle s’en associe les potentialités et se renforce toujours davantage. Elle crée toujours davantage, se diversifie toujours davantage, et la solution d’un quelconque problème fondamental devient toujours plus facile à mesure que les possibilités d’interactions sont plus diversifiées, puisque la logique de l’intérêt général a la faculté de résoudre un problème par symbiose avec un problème complémentaire.

L’impossible, ça n’existe pas, car l’impossible a déjà eu lieu.

Frank BRUNNER

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