Retenez-moi ... taxe sociale ... L’intérêt général selon Frank Brunner

Une taxe sociale pour assurer à chacun un revenu en constante augmentation et éradiquer la pauvreté.

D’habitude, quand on vous parle d’impôts ou de taxes, votre réaction c’est de dire : « Au secours ! Mon porte-monnaie ! On va encore me ponctionner ! »

En l’occurrence, je vais vous décrire un projet de taxe sociale qui n’a pas pour but de vider votre porte-monnaie mais, au contraire, de le remplir.

Le principe de fonctionnement

En résumé, il s’agit de taxer tous les mouvements financiers, c’est-à-dire les versements, les paiements et les virements, à hauteur de 2 %, puis de distribuer le produit de cette taxe à la population -c’est-à-dire à M. et Mme Toutlemonde-, sans condition ni discrimination.

Chacun se retrouve donc avec un supplément de pouvoir d’achat qui provient du produit de cette taxe sociale. En dépensant localement ce supplément de pouvoir d’achat, vous contribuez à intensifier les mouvements financiers, si bien que la taxe rapporte davantage et qu’on peut continuellement augmenter la part de chacun, par effet boule de neige.

Le principe de fonctionnement est très simple. On peut le comparer au bonus que reçoivent les clients des supermarchés Migros, avec leur carte de fidélité, puisque cette carte donne droit à un supplément de pouvoir d’achat proportionnel aux dépenses effectuées.

En quelque sorte, avec ma taxe sociale, vous allez toucher un dividende sur le chiffre d’affaires de toutes les entreprises locales.

Les coûts

Les coûts de fonctionnement du système sont modiques, puisqu’il suffit que les entreprises versent le produit de la taxe sur un compte commun de l’Etat. Ensuite, avec un ordinateur, un fichier d’adresses et une imprimante, on expédie à chacun un chèque, tous les mois ou tous les deux mois. Il n’est donc pas du tout nécessaire de mettre en place toute une administration pour ça.

La part de chacun

Au début, la part de chacun sera relativement modique, mais les plus démunis ne manqueront pas d’apprécier quand même. Et, au bout de X mois ou de X années -ça dépendra de l’ampleur des mouvements financiers-, la part de chacun représentera d’abord un revenu décent et, finalement, un revenu confortable.

Qu’est-ce que ça rapporte ?

Les mouvements financiers, dans le canton de Genève, sont estimés entre 400 millions et 1 milliard de francs suisses par jour. On doit se contenter d’estimations, car aucune étude statistique relative à l’ensemble des mouvements financiers n’existe. L’estimation ci-dessus est celle d’un employé de banque.

En gros, seuls 5% des mouvements financiers correspondent à une activité commerciale réelle.

Si on prend, pour base de calcul, l’hypothèse de 400 millions de francs suisses, par jour, de mouvements financiers dans le canton de Genève, une taxe de 1 % rapporterait, au minimum, 4 millions par jour et donc 1,46 milliard par an.

Si on divise cette somme par 400000 habitants, on obtient 3650.- FS par an et par personne, bébés compris, ce qui représente déjà une amélioration de pouvoir d’achat appréciable et permet de financer une politique d’aide aux familles digne de ce nom. Une taxe de 2 % ajouterait ainsi, au bas mot, 7000.- FS par an au pouvoir d’achat de chacun.

Si on prend, pour base de calcul, l’hypothèse de 1 milliard de francs suisses, par jour, de mouvements financiers dans le canton de Genève, avec une taxe de 1 %, on obtient la somme de 9125.- FS par an et par personne de supplément de pouvoir d’achat, tandis qu’une taxe de 2 % ajouterait plus de 18000.- FS par an au pouvoir d’achat de chacun.

C’est-à-dire que, dès l’introduction de la taxe sociale, on peut s’attendre à ce que la part de chacun représente davantage que de l’argent de poche. Et le montant de cette part commencera aussitôt à augmenter, puisqu’en dépensant localement cette somme les bénéficiaires activeront « l’effet boule de neige ».

Conséquences économiques

D’un point de vue économique, il est clair que l’amélioration continuelle du pouvoir d’achat de la clientèle de masse locale se traduit par une amélioration continuelle du chiffre d’affaires des entreprises locales. Migros ne perd pas d’argent à cause de sa carte de fidélité, et, pour la même raison, malgré la taxe de 2 % sur les mouvements financiers, les entreprises locales seront gagnantes, grâce à l’amélioration de leur chiffre d’affaires.

Actuellement, les entreprises robotisées, informatisées, et les multinationales, peuvent réaliser des milliards de chiffre d’affaires, sans payer un centime de salaire. Elles réalisent ce chiffre d’affaires en parasitant le pouvoir d’achat distribué par les petits concurrents qui, eux, paient des salaires relativement importants par rapport à leur chiffre d’affaires. Ma taxe sociale aura pour effet de mettre un terme à cette situation de parasitisme économique. Il en résultera donc une amélioration de la rentabilité des petites entreprises.

Les capitaux

Le véritable investisseur ne sera pas taxé, aussi longtemps qu’il conserve ses titres. Par contre, le spéculateur, qui passe son temps à acheter et revendre des actions, sera taxé à chaque transaction.

La taxe sociale a pour effet d’inciter les investisseurs à placer leurs capitaux de façon durable, au profit de l’économie réelle, plutôt que de les investir dans des activités spéculatives qui, comme vous le savez très bien, se traduisent par des licenciements en masse, puisque les salaires qu’on ne paie pas aux salariés aboutissent finalement, sous forme de dividende, dans la poche des actionnaires.

Conséquences sociales

D’un point de vue social, cette taxe aura pour effet d’éradiquer définitivement la pauvreté et de résoudre le problème du financement des assurances sociales. Parce qu’à partir du moment où chacun bénéficiera d’un revenu décent, n’importe qui pourra prendre sa retraite dès qu’il le souhaite.

Conséquences syndicales

D’un point de vue syndical, l’avantage est que les salariés ne redouteront plus le chômage comme un synonyme de misère. Ils n’auront plus l’obligation de se soumettre aux abus continuels du patronat, sous peine de se retrouver pénalisés, au minimum vital, etc…

On peut facilement prévoir que les salariés seront beaucoup plus faciles à mobiliser par les syndicats. Ils seront beaucoup mieux à même de défendre leurs droits. La logique de cette situation entraîne un phénomène de partage du travail et de diminution du temps de travail.

Pas de discrimination

Certains reprochent à ce projet précisément le fait que tout le monde recevrait la même somme, sans condition ni discrimination. Selon certaines critiques, il faudrait que les riches ne reçoivent rien du tout. C’est un argument qui est défendable d’un point de vue moral, mais il ne résiste pas à une analyse. Parce que toute discrimination implique qu’on fixe arbitrairement un seuil à partir duquel les gens n’auraient plus droit au produit de la taxe. De même qu’actuellement, à partir d’un certain revenu, on n’a plus droit à l’aide sociale.

Une telle discrimination implique, en fait, qu’on mette en place toute une administration de fonctionnaires-flics, qui auraient pour mission de surveiller le revenu et l’évolution du revenu de M. et Mme Toutlemonde, parce qu’il suffirait que votre loyer augmente ou diminue de 50.- FS pour que vous ayez droit, ou qu’au contraire vous n’ayez plus droit, au produit de la taxe sociale.

Il est évident qu’une telle administration serait extrêmement coûteuse et qu’elle engloutirait des sommes très supérieures à celles qu’on devrait concéder aux riches, si on renonce à toute discrimination. De toute manière, si on introduit une discrimination, les pauvres ne profiteront absolument pas des prétendues « économies » réalisées sur le dos des riches.

Potentialités

Ce projet de taxe sociale, qui peut paraître, à première vue, un impôt de plus ou une taxe de plus, on se rend compte qu’il a des potentialités énormes et que son application dans tous les pays entraînerait l’éradication de la pauvreté à l’échelle mondiale.

Il me paraît évident que, si nous introduisons cette taxe sociale dans un pays -voire même dans un seul canton suisse- et que nous démontrons, par la pratique, qu’elle est bénéfique pour tous, n’importe quelle opposition politique, dans le reste du monde, pourra adopter ce projet et en faire son programme électoral, en étant assurée, par avance, du soutien massif des électeurs. Le discours actuel -selon lequel il n’y aurait pas d’alternative à la fuite en avant vers toujours davantage de compétitivité internationale- ne sera plus du tout crédible.

Frank BRUNNER

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