Vue de Tijuana
Felipe Calderon, élu en 2006, a employé les grands moyens pour lutter contre le trafic de drogue. En vain. Il vient de nommer l’un de ses proches au poste de ministre de l’Intérieur.
Mexique
A Tijuana, à la frontière nord du Mexique, les forces de l’ordre ont découvert, dimanche 20 janvier 2008, un étonnant centre d’entraînement appartenant au cartel des frères Arellano Felix, équipé d’un atelier de réparation d’armes automatiques, d’un arsenal... et d’un stand de tir souterrain dont l’entrée était dissimulée derrière un lavabo pivotant. Plus de 30000 munitions ont été saisies, ainsi que deux véhicules blindés, mais aucun des apprentis de cette « école des assassins » n’a été arrêté : évidemment prévenus par des complices dans la police, ils avaient déjà quitté les lieux. Quelques jours plus tôt, toujours à Tijuana, un accrochage avec ce même cartel avait nécessité l’évacuation de cinq pâtés de maisons. La fusillade, qui a duré trois heures, s’était conclue sur un bilan de huit morts, dont un policier. Un bain de sang qui vient encore entacher le bilan de Felipe Calderon, dont la politique contre le narcotrafic peine toujours à porter ses fruits.
Javier Arellano Felix a été arrêté aux Etats-Unis en 2007
Elu difficilement en 2006, le président mexicain s’était rebâti une légitimité en promettant d’employer les grands moyens contre les trafiquants, entre les mains desquels circule 90 % de la cocaïne consommée aux Etats-Unis : des milliers de militaires ont été déployés dans les Etats les plus gangrenés et près d’une centaine de criminels extradés, dont une dizaine de « narcos ». Ces efforts sans précédent n’ont pourtant pas suffi à freiner l’hécatombe. Selon une enquête du quotidien Milenio, confirmée par les autorités, 2773 personnes ont été exécutées en 2007, soit une augmentation de 24 % par rapport à l’année précédente. Auparavant localisée dans le nord du pays, ou dans les bastions des cartels de la drogue, la violence couvre maintenant tout le Mexique, de la ville industrielle de Monterrey à la station balnéaire de Cancun. Même la capitale, où l’on a retrouvé deux têtes décapitées près de l’aéroport, n’est pas épargnée. Ce début d’année a par ailleurs été marqué par des attaques répétées contre les forces de l’ordre. L’une des plus récentes a eu lieu, lundi 21 janvier 2008, à Cuidad Juarez, quand le sous-chef de la police a été abattu, devant chez lui, au petit matin.
Vue de Tijuana
Le président Felipe Calderon, qui met en avant l’arrestation de nombreux barons de la drogue, a rappelé récemment que « cette lutte frontale contre la délinquance serait de longue haleine, qu’elle coûterait du temps, de l’argent, et malheureusement des vies humaines ». Dimanche 20 janvier 2008, il se félicitait d’un succès sans précédent avec la capture d’Alfredo Beltran Leyva, l’un des chefs du cartel de Sinaloa, chargé notamment de la corruption et du blanchiment d’argent. La semaine dernière, il nommait au poste de ministre de l’Intérieur l’un de ses plus fidèles collaborateurs, Juan Camilo Mourino. Le Mexique attend également du Congrès américain l’approbation d’une enveloppe de 500 millions de dollars, baptisée « Initiative de Merida », destinée à former et à équiper ses forces anti-trafic.
Vue de Tijuana
Malgré ces annonces, la politique de Felipe Calderon laisse de plus en plus apparaître ses lacunes. Le déploiement de l’armée, déplore notamment Pablo Monsalvo, expert de l’université ibéro-américaine, ne s’est pas accompagné « d’un système de renseignements qui est au niveau de cette confrontation... Nous répondons aux bazookas avec de simples lance-pierres ! » ironise-t-il. Ce réseau de renseignement peut pourtant être capital, comme le montre le procès de Carlos Landin Martinez, qui se déroule en ce moment aux Etats-Unis : ce trafiquant chevronné, très dangereux, et candidat à la direction du puissant cartel du Golfe... n’était autre que le chef de la police judiciaire de l’Etat de Tamaulipas.
Frédéric FAUX
Carlos Landin Martinez
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