Des émigrants clandestins interceptés aux îles Canaries, le 12 mars 2006
DAKAR (Reuters) - Les pays africains critiquent l’adoption par l’Union européenne de la "directive retour", accusant les Vingt-Sept de ne pas traiter dignement les immigrants clandestins et de ne pas honorer leurs engagements en matière de coopération.
Le siège du parlement européen, à Strasbourg
La Commission européenne estime à 8 millions le nombre d’immigrants illégaux se trouvant dans l’Union européenne. Plus de 200000 ont été arrêtés au premier semestre 2007, dont 90000 ont été expulsés. Aux termes du pacte approuvé, lundi 7 juillet, à Cannes, qui devrait être entériné en octobre 2008, les membres de l’Union européenne s’engagent à expulser davantage d’immigrés clandestins, à promouvoir l’immigration légale et adopter, d’ici 2010, une politique commune sur le droit d’asile. Le délai maximum de rétention fixé par ailleurs par la directive à dix-huit mois est supérieur à la loi actuellement en vigueur dans deux-tiers des pays de l’Union européenne, et les organisations de défense des droits de l’homme craignent qu’elle n’encourage la multiplication des placements en centres de rétention.
Vue du centre de rétention de Canet, en France
Les ministres européens ont par ailleurs apporté, lundi 7 juillet 2008, leur soutien à un pacte sur l’immigration proposé par la présidence française de l’Union européenne. Une conférence ministérielle euro-africaine sur le sujet doit être organisée, en octobre 2008, à Paris, deux ans après celle tenue au Maroc, lors de laquelle Union européenne et Etats africains s’étaient engagés à collaborer sur la question de l’immigration.
Expulsion d’un immigré clandestin à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, en France
La "directive retour" a déjà été largement critiquée en Amérique latine, où la présidente argentine, Cristina Kirchner, a estimé que cela rappelait "l’époque de la xénophobie", alors que son homologue vénézuélien, Hugo Chavez, a menacé de suspendre les livraisons de pétrole aux pays qui appliqueront le texte. Mais l’Afrique, particulièrement concernée par le sort de milliers d’immigrants qui tentent chaque année de rallier l’Europe au péril de leur vie à bord d’embarcations de fortune, était restée silencieuse jusqu’à présent.
Hugo Chavez
"Le Sénégal avoue sa surprise devant l’initiative européenne, alors que (...) nous nous sommes engagés dans une autre voie, celle de la concertation", a dit le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio, lors d’une conférence euro-africaine sur les migrations, à Dakar. "Il est révolu le temps où l’Europe décide toute seule et l’Afrique s’aligne derrière. Ce temps-là n’existe plus. Nous ne l’acceptons pas", a-t-il ajouté. "Nous sommes absolument opposés à l’approche répressive (...) et au traitement de ces sans-papiers comme des criminels." "C’est dommage que l’Afrique n’ait pas réagi très rapidement à cette situation", a souligné Dominique Guerematchi, représentant de la République centrafricaine.
Ingrid MELANDER et Grégory BLACHIER
Cheikh Tidiane Gadio
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