“Faire revoter les Irlandais” serait, selon Nicolas Sarkozy, “l’une des solutions” pour sortir de la crise institutionnelle européenne. Je tiens à préciser que la crise évoquée est d’abord causée par un déficit démocratique, ensuite par une absence de débat public et enfin par l’aveuglement d’une classe dirigeante enfermée dans la tour d’ivoire de l’idéologie libérale. Tous les pays européens, sauf l’Irlande, ont évité, cette fois, de recourir au référendum. Mais Dublin y était contraint par sa constitution. La victoire du “non” irlandais fait écho au “non” des peuples français et hollandais car le traité de Lisbonne faisait reculer l’Europe sociale et accroître les inégalités en Europe et en France. Ce n’est pas l’Europe qui est rejetée mais son manque d’ambition sociale. De manière à clarifier le débat, j’ai tenu à être l’un des signataires de l’Appel national “Maintenant construisons une autre Europe !” car un autre chemin que celui du déni de la démocratie est possible.
André LAIGNEL
André Laignel
La pétition nationale que vous pouvez retrouver sur le-citoyen.info
Appel : Maintenant construisons une autre Europe !
Le « non » irlandais au traité de Lisbonne constitue, après les « non » français et hollandais, le troisième revers sérieux subi par l’Europe libérale telle qu’accentuée par ces deux traités identiques sur le fond. Il faut en prendre acte. Cela suppose de respecter le choix des Irlandais, mais aussi cette exigence démocratique minimale : dès lors qu’un pays rejette un traité européen il n’a plus d’existence légale et doit être déclaré éteint. C’est ce que prévoit d’ailleurs expressément feu le traité de Lisbonne. Il ne peut donc pas être mis en oeuvre. La volonté affirmée de poursuivre les ratifications n’a donc aucune légitimité. Elle constitue par contre un acte hostile insensé dirigé contre le peuple irlandais. De même nous tenons à préciser hautement que si une manoeuvre aboutissait à ajouter au traité de Lisbonne un quelconque amendement « irlandais », alors s’appliquerait : « à texte nouveau, nouvelle ratification » partout, inclus en France. Dans ce cas nous n’accepterions pas d’être à nouveau privés de référendum.
Des Irlandais fêtent le refus du traité de Lisbonne, à Dublin, le 13 juin 2008
Prendre acte de ces rejets, c’est aussi considérer qu’en Europe un courant populaire de fond en est à l’origine. Il faut donc travailler sans plus attendre, sous peine de paralysie et d’implosion, aux grandes orientations d’une alternative nécessaire pour que l’Europe soit enfin celle des peuples et du progrès, à l’intérieur comme à l’extérieur. Rassemblés indépendamment de nos appréciations sur ces traités rejetés, nous considérons que désormais la preuve incontestable est apportée : à vouloir faire l’Europe loin des peuples, hors les peuples et contre eux, c’est l’échec assuré et c’est l’idée même d’Europe qui est atteinte par manque d’adhésion populaire.
Nous voulons formuler les grandes lignes alternatives à l’Europe actuelle qui doit déboucher sur un autre traité réalisé en associant les peuples et leurs représentants dans un processus inédit de construction démocratique. Nous entendons commencer sans attendre. Nous considérons que l’Europe sera sociale ou ne sera pas. Nous estimons que seule l’harmonisation sociale par le haut a du sens et qu’elle est seule de nature à susciter l’adhésion populaire. Aucune clause, d’aucune sorte, ne doit s’y opposer. L’Europe doit être un espace de progrès et d’égalité, elle doit être protectrice contre la mondialisation libérale qui met violemment les peuples en concurrence.
Une Française expulsée de son domicile
Nous considérons que l’Europe sera dégagée du dogme libéral ou ne sera pas. Nous estimons que la Banque centrale européenne et les politiques économiques doivent être mises au service du peuple à l’inverse des réalités d’aujourd’hui. Nous considérons que tout ne peut ni ne doit être marchandise et que les services publics doivent jouer un rôle majeur et accru afin de faire primer l’intérêt général et permettre un développement durable. De la sorte il sera possible de faire le choix effectif d’une croissance durable et écologiquement respectueuse de la nature.
Nous considérons que l’Europe sera un espace de paix et de solidarité ou elle ne sera pas. Pas plus que l’alignement sur les États-Unis ne garantit notre sécurité et le recul des armements, il ne peut aucunement constituer l’identité européenne dans un monde qui a besoin de paix, d’équilibre et de justice. De même, l’Europe sous emprise libérale conduit à la spoliation du Sud et à ces tragiques « émeutes de la faim ». Il faut entretenir des relations équitables, préférentielles et solidaires avec le Sud qui souffre à n’en plus pouvoir gémir.
Des émigrants clandestins interceptés aux îles Canaries
Nous considérons que l’Europe sera démocratique ou bien ne sera pas. Il n’est pas acceptable, dans le monde moderne, que vingt-sept personnes seulement, entourées d’une pléthore de technocrates, dictent le sort de 450 millions d’Européens. Ces traités rejetés, rédigés dans d’obscurs cénacles, démontrent que cette conception conduit à une impasse. Il convient de donner un rôle accru au Parlement européen et aux parlements nationaux dans la conduite des affaires de l’Europe. Et il convient d’accepter enfin que les citoyens européens deviennent pleinement acteurs des décisions qui les concernent.
Pour faire valoir ces grandes orientations alternatives, non limitatives, nous en appelons à toutes et tous qui croient en l’Europe et qui veulent en faire un espace porteur d’une nouvelle civilisation humaine en son sein comme dans le monde qui en a tant besoin. L’Europe, en aucun cas, ne peut être un simple « copier-coller » des USA. Nous en appelons aujourd’hui, et solennellement, à la mise en commun de toutes les idées et énergies pour qu’enfin l’Europe soit bien celle des peuples et cet espace aéré, respirable et libre agissant pour un monde nouveau. Ensemble, avec toutes celles et tous ceux qui soutiennent cette démarche démocratique, nous prendrons des initiatives appropriées en France et en Europe.
Le siège de la Cour européenne des droits de l’homme, à Strasbourg