Des immigrants clandestins au port de Valletta, à Malte, le 15 août 2009
La présidence suédoise de l’Union européenne va tenter de proposer, dès septembre 2009, des avancées dans le dossier empoisonné de l’immigration.
Des immigrants clandestins au port de Valletta, à Malte, le 15 août 2009
La Suède, présidente de l’Union européenne et fière de sa tradition d’accueil, a quatre mois pour réussir là où beaucoup d’autres ont failli : mettre sur les rails une politique européenne crédible face à un afflux de réfugiés qui, via la Méditerranée, ne cesse d’enfler. Le drame humain, marqué par la récente noyade de plusieurs dizaines de clandestins érythréens au large de l’île italienne de Lampedusa, se heurte de plein fouet à la réalité politique : la crise économique, la montée du chômage et le virage à droite des opinions européennes ne poussent ni à l’ouverture ni à la sérénité du débat sur l’immigration. Stockholm et le commissaire français à la Justice, Jacques Barrot, ont pourtant décidé de proposer, dès septembre 2009, une avancée sur deux chapitres clefs de ce dossier empoisonné. D’abord, la réinstallation dans le reste de l’Europe -et au bon vouloir de chaque capitale- d’une partie des irréguliers échoués au sud de l’Italie, en Grèce, en Espagne, à Chypre et à Malte. Jusqu’ici seule la France a entrouvert sa porte.
Jacques Barrot
Pour la présidence suédoise, il faut aussi mettre sur pied une politique d’asile « plus efficace ». Le droit européen n’impose que des normes minimales de protection. Stockholm veut s’atteler à une harmonisation de lois nationales. Ce serait le pendant logique de l’espace de libre circulation ouvert par l’Europe de Schengen. En 2008, quelque 70000 clandestins ont traversé la Méditerranée dans l’espoir de forcer la porte de l’Union européenne. Pour l’heure, l’impasse sordide des camps au Sud et le refus du Nord de se laisser imposer un « partage du fardeau » donnent une piètre image de l’Europe après ses sermons sur Guantanamo. Le Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU a demandé, lundi 24 août 2009, la fermeture immédiate d’un centre de l’île grecque de Lesbos, où s’entassent hommes, femmes et enfants. Les mêmes conditions prévalent à Pagani, une installation sans eau courante qui n’offre qu’un sanitaire par centaine de détenus. En Italie, à Chypre ou à Malte, d’autres centres d’accueil essuient la dénonciation régulière des ONG. « On ne peut pas continuer à traiter les gens comme ça ! », insiste un haut responsable européen.
Des immigrants clandestins au port de Motril, en Espagne, le 19 août 2009
En première ligne face aux boat people venus d’Afrique et du Moyen-Orient, les pays méditerranéens de l’Union européenne ont beau jeu de dénoncer l’absence de solidarité du reste de l’Europe. « Nous entendons de belles paroles, mais l’Europe ne nous a toujours pas dit que faire quand une vague d’immigrants s’abat sur nos côtes », répète Franco Frattini, chef de la diplomatie italienne et prédécesseur de Jacques Barrot à Bruxelles. Frustré, Rome prend le risque de la réprobation internationale et renvoie les irréguliers de l’autre côté de la Méditerranée, sans autre forme de procès. L’Italie est la première destination d’une bonne moitié des clandestins.
Franco Frattini
Les textes européens en vigueur entretiennent eux-mêmes l’afflux des irréguliers et la regrettable division des Européens. Pour demander le statut de réfugié, il faut atteindre physiquement l’Union européenne. Faute d’un visa, le plus souvent refusé, reste l’entrée « en douce ». Voilà pour l’afflux sur la façade maritime de l’Union européenne. Une fois sur place, le droit d’asile n’est reconnu que par le pays qui a accordé sa protection. Résultat : même régularisés, les immigrants restent parqués au Sud. Pour eux comme pour le droit, l’Europe reste un inextricable labyrinthe.
Jean-Jacques MEVEL
Un immigrant clandestin au port de Motril, en Espagne, le 19 août 2009
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