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samedi 27 mai 2017
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La seconde guerre mondiale en photos 27

La campagne de Russie en 1942 et le siège de Stalingrad


Les Panzer avancent à travers une plaine sans limte

A la fin de 1941, lorsque l’hiver est arrivé en Russie, bloquant l’offensive allemande, Adolf Hitler s’est opposé à ce que ses troupes battent en retraite vers des positions plus faciles à défendre. Il redoutait qu’une retraite se transforme en déroute. Il a exigé que les troupes demeurent où elles étaient et organisent une défense « en hérisson », en attendant que l’offensive puisse reprendre au printemps.

Les Allemands ont tenu les principales villes, les noeuds ferroviaires et les nœuds routiers, laissant les forces soviétiques s’infiltrer entre ces hérissons, et se contentant de mener des combats défensifs. Quand un hérisson était complètement encerclé par les Soviétiques, la Luftwaffe assurait le ravitaillement par air.

Sur les arrières des lignes allemandes, les partisans capturés étaient exécutés, ainsi que quiconque leur venait en aide.

Des partisans juifs pendus à Minsk, en 1941

Une mère qui porte son enfant est exécutée par les Allemands à Ivangorod, en Ukraine, en 1942

Néanmoins, cet hiver 1941-1942 a été très coûteux pour les Allemands. Les combats défensifs entraînaient des pertes, auxquelles s’ajoutaient les soldats morts de froid et les déserteurs. Le front de l’Est était devenu un cauchemar pour les soldats qui y combattaient.

Pour les avions de ravitaillement, la météo était le plus souvent exécrable, ce qui multipliait les accidents. De plus, le ravitaillement des hérissons exigeait que les avions de transport multiplient les navettes, ce qui multipliait également les risques de pannes. Dans certains cas, plus de 300 avions de transport ont dû être utilisés, en une seule journée, pour ravitailler un seul corps d’armée. Pour assurer tous ces vols de transport, la Luftwaffe a dû transférer des pilotes de bombardiers, affaiblissant d’autant son aviation de bombardement et sa capacité de riposter aux attaques soviétiques.

Une victime du bombardement aérien d’une colonne blindée soviétique


Des divisions en papier

Au printemps de 1942, le front de Russie était devenu si profondément dentelé par les infiltrations soviétiques autour des hérissons allemands, qu’il en arrivait presque à ressembler à la côte norvégienne, avec ses fjords pénétrant loin dans les terres.

Les soldats allemands étaient épuisés, physiquement et nerveusement. Par suite des pertes, de nombreuses divisions étaient réduites à un tiers des effectifs initiaux. Comme il ne restait plus, en Allemagne, suffisamment d’hommes mobilisables, compte tenu des besoins de l’industrie, la plupart des unités allemandes, sur le front, n’ont jamais pu reconstituer complètement leurs effectifs. Certaines « divisions » ne comptaient plus que 2 ou 3 bataillons.

Il a donc été décidé de réorganiser les divisions allemandes en diminuant le nombre de bataillons par division. L’effectif de combat d’une compagnie d’infanterie est tombé de 180 à 80 hommes. Encore ces 80 hommes étaient-ils un maximum. Une division allemande représentait, désormais, environ la moitié des effectifs d’une division américaine ou britannique. Les divisions d’infanterie motorisée ont reçu quelques tanks supplémentaires, mais à peine la moitié des 20 divisions blindées existantes ont vu leurs effectifs de tanks reconstitués. En résumé, les Allemands ne disposaient de plus aucune marge pour faire face aux pertes d’une nouvelle campagne difficile.

Un Panzer 3

Un canon antichar allemand tire contre des blindés soviétiques

Le plan d’attaque allemand

Le plan d’une nouvelle grande offensive s’est cristallisé au printemps 1942. Les experts économistes allemands ont affirmé à Adolf Hitler que l’Allemagne ne pourrait pas continuer la guerre si elle ne s’emparait pas du pétrole caucasien, ainsi que de blé et de minerais. Néanmoins, en raison des problèmes d’effectifs et de ravitaillement, il a été décidé de limiter l’offensive de 1942 aux ailes Nord et Sud du front, tandis que la partie centrale demeurerait sur la défensive.

L’aile Nord allemande était censée s’emparer de Leningrad au cours de l’été 1942. Elle allait échouer.

Des éclaireurs allemands motocyclistes

L’effort principal du plan allemand devait porter sur l’aile Sud -située au Nord de la mer Noire-, en direction des champs pétrolifères de Grozny, dans le Caucase, et de Bakou, sur la mer Caspienne. Une seconde force devait s’avancer parallèlement à la première, entre celle-ci et le fleuve Don, avec pour objectif Stalingrad, dans une boucle de la Volga. Il s’agissait, à la fois, de protéger le flanc de l’avance principale en direction du Caucase, en formant un écran parallèle à son avance, et de s’emparer de Stalingrad pour empêcher une contre-attaque soviétique susceptible de couper les arrières de l’armée du Caucase. Cette force de couverture comptait une grande proportion de soldats provenant de pays alliés à l’Allemagne, tels que des Hongrois, des Italiens et des Roumains. Les soldats allemands de la 6ème armée devaient s’assurer de la prise de Stalingrad, tandis que leurs alliés assureraient la couverture de la rive du Don et des autres secteurs.

Des soldats italiens devant un blindé détruit

La 6ème armée allemande

Le 12 mai 1942, devançant les Allemands, l’armée soviétique a lancé une attaque en direction de Kharkov, contre la 6ème armée allemande, commandée par le général Paulus. A ce stade de la guerre, les Soviétiques surestimaient leurs forces. Ayant réussi à pénétrer les défenses allemandes de la région de Kharkov, les Soviétiques se sont déployés vers le Nord-Ouest et le Sud-Est.

Les Allemands ont très bien encaissé l’attaque, et il a fallu envoyer, en renfort, une grande partie des réserves soviétiques. A ce moment-là, une contre-attaque allemande s’est déclenchée depuis divers hérissons, prenant les Soviétiques entre de multiples tenailles. Ils ont perdu deux armées entières et les éléments de deux autres armées ont été mis en pièces. A la fin mai 1942, 241000 soldats soviétiques supplémentaires partaient en captivité. En juin, il ne restait plus de réserves soviétiques disponibles pour faire face aux Allemands, quand ils ont déclenché leur propre offensive, en direction de Stalingrad et du Caucase.

Une colonne de prisonniers soviétiques

Le 10 juin 1942, la 6ème armée allemande franchissait le fleuve Donetz et lançait une puissante attaque blindée. Plus au Nord, les Allemands ont percé jusqu’au fleuve Don, qu’ils se sont mis à longer en direction de Stalingrad. Il s’agissait de transformer le Don en ligne de défense, afin de couvrir l’avance de l’armée du Caucase.

Lorsque la 6ème armée a atteint le Don, les Soviétiques se sont défendus avec acharnement. Il a fallu presque un mois de combats pour que les Allemands puissent établir une tête de pont sur l’autre rive.

Des chasseurs italiens Macchi C200 sur un aérodrome russe, au cours de l’été 1942

Des chasseurs italiens Macchi C200 escortent un Ju 87 Stuka allemand

Le 22 juillet 1942, les Allemands franchissaient le Don et se rabattaient vers la Volga et Stalingrad. La 6ème armée allemande a poursuivi son avance, à marches forcées, en direction de Stalingrad, combattant sur son chemin les Soviétiques en retraite. Plus l’avance se prolongeait et plus les effectifs allemands s’amenuisaient, car l’armée devait laisser partout des divisions pour protéger ses flancs et ses lignes de ravitaillement. De plus, les combats successifs contre les Soviétiques multipliaient les pertes, affaiblissant toujours davantage les Allemands pour affronter la résistance suivante.

Une colonne allemande

Le siège de Stalingrad

Le 23 août 1942, les Allemands ont lancé une vaste offensive en tenailles, contre Stalingrad, mais les Soviétiques les ont empêché de refermer les mâchoires de la tenaille. Les forces allemandes formaient un demi-cercle autour du périmètre de Stalingrad, tandis que, dans la ville, les Soviétiques se battaient le dos au fleuve. Plus les Allemands se rapprochaient de la ville et plus leur faculté de manœuvrer se réduisait. Par contre, le rétrécissement du front aidait les défenseurs soviétiques à déplacer plus rapidement leurs réserves vers un point menacé de l’arc de cercle formé par les Allemands autour de la ville.

A la mi-septembre 1942, les Allemands ont pénétré dans la banlieue et la zone industrielle de Stalingrad. L’offensive allemande s’est fractionnée en une série d’attaques localisées. Dès lors, les Allemands ont lancé une succession d’attaques, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, pour gagner et reperdre telle maison, telle usine ou une simple cave. Les échecs succédant aux échecs, on expédiait toujours davantage de renforts, prélevés sur les effectifs des divisions laissées en couverture, ou sur les effectifs de l’armée du Caucase. Les secteurs divisionnaires de couverture avaient jusqu’à 65 kilomètres de long, et il n’y avait aucune position fortifiée proprement dite. Les gares de ravitaillement étaient souvent à 150 kilomètres en arrière du front et la steppe n’offrait guère de bois pour construire des défenses.

Malgré les immenses pertes soviétiques, les réserves en hommes de l’URSS étaient très supérieures à celles de l’Allemagne. Vers la fin de l’été 1942, un flot de matériel neuf arriva des usines construites dans l’Oural ou fut livré par les convois de navires alliés. Parallèlement, le système de conscription soviétique permettait de recruter de nombreuses divisions asiatiques.

Un aperçu des ruines de Stalingrad

Des soldats allemands à Stalingrad

Des soldats soviétiques à Stalingrad

Des soldats soviétiques à Stalingrad

Des soldats soviétiques à Stalingrad

Des soldats soviétiques à Stalingrad

Des armées soviétiques se massaient au Nord et au Sud de Stalingrad, de sorte que la position des assiégeants allemands, autour de la ville, devenait toujours plus précaire. Le nombre d’avions de transport disponibles ne cessait de diminuer. Les tanks allemands étaient toujours moins nombreux. Le moral des attaquants était sapé par des pertes grandissantes, une sensation d’échec croissante, et l’arrivée de l’hiver.

La contre-offensive soviétique s’est déclenchée les 19 et 20 novembre 1942, formant de multiples tenailles, de part et d’autre de Stalingrad, enfonçant les divisions de couverture allemandes, majoritairement composées de soldats roumains, et s’efforçant de couper les arrières de la 6ème armée allemande, de sorte que l’assiégeant se retrouve lui-même encerclé et assiégé. Le 23 novembre 1942, l’encerclement de la 6ème armée allemande était achevé. Les Allemands devaient désormais attaquer, non plus pour prendre Stalingrad, mais pour rompre l’encerclement dont ils étaient l’objet. Là encore, ils ont échoué.

Les Soviétiques avaient lancé un second mouvement d’encerclement, extérieur au premier, faisant tomber un rideau de fer sur toutes les routes par lesquelles la 6ème armée allemande aurait pu recevoir des secours. Ainsi, ils ont intercepté et repoussé l’armée du général allemand Manstein, qui a tenté une percée en direction de Stalingrad, afin d’ouvrir une voie de retraite à la 6ème armée prise au piège.

Les troupes de Manstein ont été arrêtées à 50 kilomètres de la 6ème armée. Les Allemands ne disposaient pas de réserves pour effectuer une nouvelle tentative. C’est ainsi que la 6ème armée allemande, affamée et à court de munitions, a dû capituler, à Stalingrad, le 31 janvier 1943.

Des soldats soviétiques à Stalingrad, le 31 janvier 1943

Les Allemands capturés à Stalingrad partent pour les camps de prisonniers dont beaucoup ne reviendront jamais

L’armée du Caucase

Pendant que se déroulaient les aventures de la 6ème armée allemande, le 23 juillet 1942, l’armée du Caucase enfonçait une partie des défenses soviétiques de Rostov, presque à l’embouchure du Don, près de la mer Noire. Bientôt, la ville entière était aux mains des Allemands. Malgré ces succès, l’avance des Allemands était toutefois moins rapide qu’en 1941, et le nombre de soldats soviétiques capturés était bien moins élevé qu’en 1941. Tous ceux qui parvenaient à échapper à la capture s’enfuyaient en direction de Stalingrad, où l’état-major soviétique s’efforçait de regrouper les troupes en retraite. Le 9 août 1942, l’armée allemande avait atteint les contreforts du Caucase et s’emparait des ports soviétiques sur la rive Est de la mer Noire.

Subitement, l’avance allemande vers les champs pétrolifères s’est ralentie. Le ravitaillement ne parvenait pas à suivre. Il y a eu une pénurie d’essence. Les tanks étaient parfois immobilisés pendant plusieurs jours. Et il y avait les montagnes. Les blindés allemands étaient contraints de suivre les routes menant aux cols. L’effet de surprise étant passé, la résistance soviétique s’est durcie.

Plusieurs centaines de bombardiers soviétiques se sont posés sur les aérodromes à proximité de Grozny. Or, l’armée du Caucase s’était vue retirer la plupart de ses pièces de DCA, qui avaient été transférées à Stalingrad. Les Allemands étaient contraints de traverser de grandes étendues de forêt auxquelles les bombardiers soviétiques mettaient le feu. Les Allemands n’ont jamais réussi à s’emparer de Grozny. A l’arrivée de l’hiver, ils étaient toujours cloués au pied du Caucase. Quant à la mer Caspienne, seuls quelques détachements allemands ont atteint ses rivages.

Un chasseur-bombardier soviétique Sturmovik

Retraite

Le 16 décembre 1942, après l’encerclement de la 6ème armée à Stalingrad et l’échec de la tentative de sauvetage menée par le général Manstein, les Soviétiques ont déclenché une nouvelle offensive, franchissant rivières et fleuves gelés, en direction de la mer Noire, et menaçant de couper les arrières de toute l’armée allemande du Caucase, dont le flanc était désormais découvert sur plus de 1000 kilomètres. Il fallait, de toute urgence, que l’armée du Caucase batte en retraite au plus vite, jusqu’à sa position de départ, sous peine d’être isolée, privée de ravitaillement et contrainte de capituler comme l’armée de Stalingrad. Cet ordre de retraite a été donné en janvier 1943, juste à temps pour éviter l’isolement de l’armée du Caucase.

Des partisans pendus en janvier 1943

Suite dans Le front de l’Est en 1943

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source