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Vous êtes ici  Accueil   Archives   Archives Etats-Unis (5ème partie) : Août 2004


AP, 20 août 2004
Crimes de guerre américains : Des médecins militaires ont collaboré aux sévices sur des prisonniers



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Une cellule dortoir à la prison d’Abou Ghraib, le 10 juillet 2004

LONDRES (AP) - Falsification de certificats de décès pour couvrir des assassinats, dissimulation de preuves de mauvais traitement, voire participation active à ceux-ci, non-dénonciation des sévices : certains médecins militaires américains ont gravement violé l’éthique médicale à la prison d’Abou Ghraib, en Afghanistan ou à Guantanamo, selon une étude publiée cette semaine dans la revue médicale "The Lancet".

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Un tortionnaire américain s’exhibe fièrement près du cadavre d’un détenu irakien, à la prison d’Abou Ghraib

L’étude menée par le professeur Steven Miles, de l’Université du Minnesota, est accablante, et ce spécialiste de bioéthique américain demande une réforme de la médecine militaire ainsi qu’une enquête officielle et extérieure à l’armée sur le rôle joué par les médecins et les autres personnels médicaux militaires dans le scandale des tortures.

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Khayrullah Al-Kinzawi montre ses mains torturées par les Américains, le 9 mai 2004

Si les photos de quelques soldats américains faisant subir humiliations et mauvais traitements aux détenus de la prison irakienne d’Abou Ghraib ont provoqué l’indignation dans le monde entier, le rôle du personnel médical militaire n’avait guère été étudié. Or, comme le rappelle le professeur, "le personnel de santé des puissances détentrices est souvent le premier et le dernier rempart des prisonniers contre les atteintes aux droits de l’homme".

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Un détenu mutilé, à la prison d’Abou Ghraib, le 10 juillet 2004

Cela ne semble guère avoir été le cas à Abou Ghraib. Au contraire, "le système médical a collaboré dans la mise au point et la mise en ouvre des interrogatoire physiques et psychologiques, affirme le médecin dans son étude, citant des responsables militaires. L’étude ne montre pas combien de médecins se sont ainsi comportés ni l’étendue de leur complicité, domaines sur lesquels le professeur Miles enquête encore. Mais on sait déjà qu’aucun membre du personnel militaro-médical n’a été à l’origine du moindre rapport sur les abus commis.

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Un Irakien détenu dans un cachot de la prison d’Abou Ghraib

En revanche, le professeur cite des cas d’abus tant en Irak qu’en Afghanistan. "Des médecins ont de manière régulière signé des certificats de décès attribuant la mort à des crises cardiaques, des coups de chaleur ou des causes naturelles, sans noter la cause non naturelle" accuse le professeur.

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Un détenu irakien montre comment il a été opéré par des médecins militaires américains, à la prison d’Abou Ghraib, le 7 mai 2004

Sur la base d’un rapport de l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch, il cite le cas d’un détenu battu que des soldats ont attaché à la porte de sa cellule et bâillonné. Le certificat de décès indique une mort par cause naturelle dans son sommeil. L’affaire ayant fait l’objet d’une couverture médiatique, le Pentagone a changé la cause de la mort, qualifiée d’homicide par coup et blessure et suffocation.

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Haider Sabber montre comment ses tortionnaires avaient l’habitude de l’attacher durant des heures dans des positions douloureuses

Dans un autre exemple, tiré d’un témoignage sous serment d’un détenu d’Abou Ghraib, le personnel médical a ranimé un détenu évanoui après avoir été battu, puis a quitté les lieux, permettant la reprise des coups.

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Scène de torture à la prison d’Abou Ghraib

Un porte-parole du Pentagone a déclaré que les incidents mentionnés par le médecin viennent principalement des propres enquêtes du Pentagone en cours, ajoutant que des poursuites seront engagées contre tout individu quand il existe des preuves d’abus".

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Un détenu irakien à la prison d’Abou Ghraib

Mais il ne s’agit pas seulement d’abus, de participation active : pour le docteur Jay Lifton, de l’hôpital de Cambridge, qui dépend de l’université de Harvard, auteur d’un libre sur les médecins et la torture dans l’Allemagne nazie, cette étude constitue "une très bonne description, très détaillée, des violations de l’éthique médicale". Pour lui, les médecins militaires mis en cause "ont fait un choix. Aucun médecin n’aurait été physiquement malmené ou tué s’il -ou si elle- avait interrompu ces tortures. Cela aurait supposé un certain courage, mais ils avaient le choix".

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Scène de torture à la prison d’Abou Ghraib

La publication de l’article est accompagnée d’un éditorial du Lancet, qui condamne le comportement des médecins militaires, affirmant que, malgré leur double loyauté, ils sont d’abord des médecins et ensuite seulement des soldats. "Les agents des services de santé doivent maintenant rompre le silence" ajoute la revue. "Ceux qui ont été impliqués dans de mauvais traitements ou en ont été témoins doivent faire un compte-rendu complet et précis des événements survenus à Abou Ghraib ou à Guantanamo. Ceux qui sont encore dans une position ou leur double loyauté les empêche de placer les droits de leurs patients au-dessus d’autres intérêts doivent protester bruyamment et refuser de coopérer avec les autorités".

Associated Press

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Un prisonnier en Afghanistan

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