François-Xavier Verschave :
"La presque totalité de ceux qui ont signé ce traité sont ceux qui organisent, depuis des années, le pillage accéléré des forêts du bassin du Congo : les chefs de dictatures prédatrices et le président Chirac, dont le parti est, depuis toujours, l’allié
inconditionnel des entreprises forestières françaises impliquées dans ce pillage.
François-Xavier Verschave
Comme dans le domaine des élections, ces chefs d’État de la Françafrique ont démontré un talent exceptionnel dans le double langage, déguisant en vertu les vices dont ils accablent ces pays. Apparemment, on y dispose des meilleurs traités, constitutions,
lois, réglementations. En réalité, soit ces textes camouflent des failles gigantesques, soit ils sont vidés de leur sens par une corruption sans bornes qui permet d’acheter les acteurs-clés de leur mise en œuvre ou du contrôle de leur application.
Le cas le plus criant est celui de la certification : la France a promis de
n’importer que des bois certifiés... par le système politico-mafieux, dit « panafricain », qui préside à la destruction des forêts de ce bassin. On se moque des citoyens africains
et français."
Jacques Chirac
-"Dans un livre récent, vous avez évoqué « un pillage » de la Forêt équatoriale africaine.
Quels sont les principaux acteurs français de ce phénomène et quelle est la responsabilité
du gouvernement de Jacques Chirac dans cette politique ?"
"Avec Arnaud Labrousse, nous citons dans Le silence de la forêt (L’Harmattan,
2000) et Les pillards de la forêt (Agone, 2002) de nombreux opérateurs ou intermédiaires forestiers français et étrangers, de plus ou moins grande taille. Le plus connu est le groupe Rougier, très
lié au réseau Pasqua.
Les forestiers français sont un fidèle soutien financier de la Françafrique, cette perpétuation du système colonial dont Jacques Chirac est, depuis trente ans, le parrain, s’appuyant successivement ou conjointement sur Charles Pasqua et Jacques Foccart (le «
Monsieur Afrique » de De Gaulle)."
Jacques Foccart
-"La prochaine Commission chargée d’assurer cette politique de coopération, la COMIFAC, sera présidée par le Président du Gabon Omar
Bongo. Cette décision vous parait-elle la meilleure garantie de transparence
?"
"Omar Bongo m’a attaqué, pour « offense à chef d’État » parce que je l’avais qualifié de « parrain régional ». La justice française m’a donné raison, pour la première fois depuis que ce type de procès existe. Confier la surveillance des trésors naturels d’une région à l’Africain qui, avec Mobutu, s’est le plus enrichi à leur détriment, montre la nature et le « sérieux » de cette
« coopération »."
Omar Bongo
-"A quoi serviront alors les sommes qui seront débloquées, par la France et l’Union européenne, dans le cadre de ce nouveau traité ?"
"Elles visent à désamorcer l’impact des campagnes écologistes qui tentent d’alerter l’opinion publique sur la disparition irréversible de l’une des principales richesses de la planète. Elles visent
aussi à huiler le système néocolonial, dont les acteurs et profiteurs, en Afrique et en Europe, sont de plus en plus gourmands."
Chargement d’une cargaison de bois au Gabon
-"Quelles sont les conséquences de cette politique de déforestation pour les populations africaines ?"
"Elles sont volées d’une part inestimable de leur patrimoine. Et les millions d’habitants qui vivent dans ces forêts vont tout perdre,
y compris leur identité culturelle. Mais il est encore temps, pour les opinions publiques africaines et européennes, de ne pas se laisser abuser par ce cinéma."
Un gorille au Congo
-"Le Président du Togo Gnassingbé Eyadema est
mort le 5 février 2005. Est-ce aussi l’un des principaux symboles de la Françafrique
qui a disparu ?"
"Il y a 42 ans, le sergent-chef Gnassingbé Eyadéma, de retour des guerres d’Indochine et d’Algérie, assassinait Sylvanus Olympio, père de l’indépendance togolaise, à l’instigation
de Jacques Foccart. Durant 4 ans de règne officieux, puis 38 ans de règne officiel, cette caricature de garde-chiourme néocolonial a martyrisé et ruiné le Togo.
Le symbole a disparu, mais non la réalité,
puisque la Françafrique a installé son fils pour lui succéder..."
Propos recueillis par Yahoo ! Actualités
Gnassingbé Eyadéma
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