Bruno Chareyron :
"L’exploitation de l’uranium conduit à ramener en surface des matériaux radioactifs (minerai d’uranium) qui à l’origine se trouvaient en profondeur et donc hors d’atteinte de l’homme (50 m pour les carrières de SOMAÏR et 250 mètres pour les galeries souterraines de COMINAK). Ces activités industrielles augmentent donc la radioactivité de la biosphère (air, eau, chaîne alimentaire).
Bruno Chareyron
Au cours de l’étude préliminaire que nous avons effectuée, en décembre 2003, puis des analyses d’échantillons réalisées en 2004 et début 2005, nous avons pu constater que les filiales du groupe COGEMA-AREVA ne pratiquaient pas une bonne radioprotection :dispersion dans le domaine public de ferrailles contaminées (nous avons mesuré une contamination en radium de 250000 Bq/kg sur le tartre déposé à l’intérieur d’un tuyau), contamination des eaux distribuées aux salariés et à la population (contamination en uranium conduisant à une dose annuelle supérieure aux normes sanitaires internationales). Il est necessaire de compléter le bilan radiologique par des mesures concernant l’exposition au gaz radioactif le radon, émis par les roches uranifères et injecté dans l’atmosphère par les cheminées de ventilation des galeries de mine. L’exposition aux poussières radioactives pose problème également dans la mesure où les résidus radioactifs issus des 2 usines d’extraction de l’uranium sont stockés à l’air libre à quelques kilomètres des villes d’Akokan et Arlit. Compte tenu de leur concentration en radionucléides (plus de 500000 Bq/kg), de leur faible granulomètrie et de la très forte radiotoxicité par inhalation du thorium 230 qu’ils contiennent (facteur de dose comparable à celui du plutonium), ces résidus ne devraient pas être stockés à l’air libre."
Une mine d’uranium près d’Arlit, au Niger
-"Quelles sont les actions à entreprendre au Niger pour répondre à ces risques ?"
"Il faut faire pression sur le groupe AREVA pour qu’il tienne compte réellement des critères internationaux de radioprotection : révision des procédures de contrôle et de sortie des ferrailles, rachat des ferrailles contaminées chez les particuliers, limitation à la source des risques de contamination des eaux (la nappe fossile du Tarat baigne les gisements uranifères), révision des conditions de stockage des résidus radioactifs, limitation des quantités de radon injectées à l’atmosphère, etc.. Sur le plan sanitaire il faut améliorer le suivi médical des travailleurs et des populations et la reconnaissance des maladies professionnelles. Il faut que les gens se battent pour que quelques décennies d’exploitation de l’uranium ne conduisent pas à un impact irréversible sur les eaux souterraines et la biosphère.
Vue d’Arlit, au Niger
Des progrès ne sont réellement possibles que si les contre-pouvoir se développent. Il faut renforcer les contre-pouvoir locaux, aider l’ONG AGHIR IN’MAN qui se bat depuis 2001 pour plus de transparence et une meilleure protection sanitaire. Aider les services de l’état Nigérien à s’équiper en matériel de contrôle radiologique."
Vue des verses stériles de Somaïr, au Niger
-"Comment qualifiez-vous la position de Cogema-Areva sur les risques que vous décrivez ?"
"Le décalage entre les valeurs que prône publiquement le groupe (certification, respect de l’environnement, transparence, développement durable) et la réalité du terrain est profondément choquant.
Comment peut on écrire dans un dossier de presse de février 2005 que les eaux ne sont "pas contaminées" et avoir par ailleurs des courriers du laboratoire de contrôle officiel qui précisent que les eaux ne respectent pas les normes en terme de radioactivité. Comment peut on prôner le développement durable et épuiser une nappe d’eau fossile en augmentant son degré de contamination actuel et à long terme ? Comment peut on prétendre pratiquer les meilleurs standards de radioprotection et mettre plus d’un mois à enlever des déchetrs radioactifs sur le bord d’une route suite à un accident de transport d’uranate ?
Un camion-benne près d’une mine à ciel ouvert exploitée par la Cogema
Il est temps que les gens se réveillent. En ce sens, l’expérience de la CRIIRAD sur la mise en évidence de l’impact des mines d’uranium en France pourra peut-être aider les populations locales à être plus exigentes. Mais nous sommes aussi directement responsables car cet uranium nous fourni l’essentiel de notre électricité."
Propos recueillis par Yahoo ! Actualités
Des enfants au Niger
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