"Pendant tout le 20e siècle, nous sommes restés distants. Nous devions nous rapprocher sur le plan politique, scientifique et économique", a estimé le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, en clôturant le premier sommet arabo-sud-américain. Luiz Inacio Lula da Silva a rappelé les liens anciens méconnus entre ces régions : 150 ans d’immigration arabe, surtout syro-libanaise, en Amérique latine avec 12 millions de descendants au Brésil. "Nous sommes contre l’unilatéralisme", a souligné Luiz Inacio Lula da Silva, dont le pays aspire à un siège permanent au Conseil de sécurité à l’instar de l’Egypte. Selon lui, Arabes et Sud-Américains coïncident dans la volonté d’"élargir le conseil de sécurité de l’ONU et le démocratiser pour avoir non plus la géographie politique de 1945 mais celle de 2005".
Luis Inacio Lula da Silva
Les deux blocs ont indiqué vouloir s’allier politiquement et en ont fait une démonstration immédiate dans la Déclaration finale qui apporte un soutien unanime à la cause palestinienne, critique Israël et l’unilatéralisme américain vis-à-vis de la Syrie tout en insistant sur le rôle des Nations Unies. Dans ce qui apparaît comme une concession aux Américains, la Déclaration a reconnu le nouveau gouvernement irakien et condamné les opérations terroristes dans le pays en précisant "contre les civils, les infrastructures et le processus politique", sans citer les militaires irakiens ou américains.
Le lieu d’un attentat, à Bagdad, en Irak, le 10 mai 2005
Les dirigeants latino-américains et arabes venus à Brasilia ont insisté pour nier que le nouvel axe soit dirigé contre les Etats-Unis ou Israël. Le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a estimé que l’"on cherchait à exploiter le côté politique de la rencontre". Selon lui "un nouveau mouvement a été lancé à partir de l’Amérique du Sud" et "il n’y a rien de mal à cela, il n’y a pas de confrontation". "La conférence a été un succès parfait qui ne peut susciter aucune réaction de telle ou telle capitale. Ce sommet n’avait pas pour objectif de former un axe contre qui que ce soit", a estimé l’Algérien Abdelaziz Bouteflika, co-président du sommet. Seul le président vénézuélien, Hugo Chavez, a marqué sa différence affirmant à la fin de la rencontre que le sommet était "une réponse à la prétention hégémonique américaine".
Abdelaziz Bouteflika en compagnie de Hugo Chavez
Cependant, l’ambassadrice israélienne à Brasilia Tzipoda Rimon a déploré la présence dans la Déclaration d’un paragraphe qui "reconnaît le droit des peuples à résister à l’occupation étrangère", alors que le texte condamne ailleurs le terrorisme. "On ne doit pas distinguer une forme ou une autre de terrorisme (..) c’est très dangereux. Nous avons déjà vu par le passé ce genre de discours qui encourageaient le terrorisme", a-t-elle dit à l’AFP.
Tzipora Rimon
Le nouveau pôle Sud-Sud espère aussi que le sommet de Brasilia -qui sera suivi d’un autre en 2008 au Maroc- permettra d’accroître la coopération économique bilatérale. Un premier pas a été franchi dans cette direction avec l’appui "unanime" apporté par Arabes et Sud-Américains à l’Uruguayen Carlos Perez del Castillo comme candidat à la tête de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Vue de Rio de Janeiro
Les Sud-Américains avaient accepté l’invitation du Brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, dans l’optique d’accroître leurs échanges avec le Moyen Orient et les investissements. Le commerce interrégional a fortement progressé ces deux dernières années mais surtout au profit du Brésil (8 milliards de dollars sur 12 pour la région). Pour conforter cette tendance, le sommet a préconisé l’instauration de canaux maritimes et aériens directs (un vol Dubaï-Sao Paulo est prévu). Et des contacts ont été noués entre industriels à Brasilia tandis qu’un accord-cadre était conclu entre Mercosur et Conseil de coopération du Golfe pour une libéralisation des échanges.
Agence France Presse
Vue de Sao Paulo
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