Tony Blair a le bon sens pour lui quand il affirme qu’il faudrait rééquilibrer le budget en faveur de la recherche et de la formation. L’Europe est en crise, certes, mais c’est d’abord une certaine vision très française et passéiste de l’Union qui capote. Et cette crise peut être salutaire si l’Union trouve la force et la volonté d’une nouvelle donne.
Le siège du Conseil de l’Europe, à Bruxelles
Les Britanniques ont toujours eu une conception moins jacobine de l’Europe. Il est faux pourtant de prétendre, comme le colporte avec complaisance le petit monde français, que Tony Blair n’a de vision que dirigée vers les Etats-Unis. Tout comme il est réducteur de le décrire comme un libéral ultra. Les thuriféraires du fameux modèle social français feraient bien de regarder sans œillère les résultats de l’économie britannique. Un chômage réduit de moitié, grâce à une flexibilisation des conditions d’embauche, un effort remarquable pour faciliter la création d’entreprises et des investissements massifs dans la formation, tout en revalorisant les services publics et en augmentant le salaire minimum. La comparaison est accablante pour le « modèle » français. Après avoir réussi dans son île, Tony Blair voudra ponctuer son dernier mandat en laissant sa marque sur le continent.
Anthony Blair
Mais si Tony Blair pose le bon diagnostic et trace les bonnes pistes, il est loin d’avoir encore les moyens d’imposer ses vues à une Union européenne désarticulée. Certes, il peut s’appuyer sur quelques alliés, comme la Suède, et demain peut-être l’Allemagne, mais il doit compter sur l’opposition obstinée de la France. Jacques Chirac, crédible nulle part, conserve sa capacité de nuisance. Incapable de rebondir, le dinosaure humilié s’emploiera à saboter autant que faire se peut les démarches de son fier « ami » anglais. L’Europe risque donc d’être en crise pour un bout de temps. La guerre entre Paris et Londres sera épique. Chirac devrait pourtant se souvenir de la bataille de Waterloo. Ce sont les renforts prussiens qui ont fait gagner Wellington.
Jean-Marc BEGUIN
Jacques Chirac
Commentaire
A quelques virgules près, l’article qu’on vient de lire a été publié dans tous les médias contrôlés par la finance internationale et le grand patronat. D’un journal à l’autre, la principale différence réside dans la signature de l’auteur. Le point commun de tous ces auteurs est d’être "les putains du néolibéralisme". Ce sont des plumitifs payés pour prêcher la fuite en avant dans la compétitivité internationale ; payés pour prêcher toujours davantage de démantèlement social ; et attentifs à censurer rout ce qui pourrait contredire leur blabla néolibéral. Chaque journal a le sien, de même que chaque journal a son "expert économiste" spécialisé dans "la sortie du tunnel" et "la croissance créatrice d’emplois".
Des journaux
A en croire ces désinformateurs, Anthony Blair serait l’ami du peuple et le protecteur des pauvres. En réalité, Anthony Blair a tout fait pour affaiblir les syndicats britanniques, démanteler les droits des travailleurs et accroître les inégalités sociales. Il a également tout fait pour favoriser l’enrichissement démesuré des plus riches au préjudice de la masse de la population. Quant à la baisse du chômage en Grande-Bretagne, elle est artificieuse. Elle est due à la manipulation de la définition du chômeur, à l’élimination d’un maximum de chômeurs des statistiques, et aux pressions exercées pour contraindre les chômeurs d’accepter n’importe quel emploi pour n’importe quel salaire, sans qu’on se soucie de savoir s’ils parviendront à vivre et à faire vivre leur famille. Anthony Blair incarne la duplicité de cette gauche caviar prétendument "réformiste" mais, en réalité, acquise au néolibéralisme. Il incarne ces politiciens élus grâce à des électeurs de gauche qu’ils s’empressent de trahir aussitôt parvenus au pouvoir. C’est précisément parce qu’ils sont vendus que les médias de droite se montrent tellement complaisants à l’égard de ces politiciens.
Frank BRUNNER
Un sans abri en Grande-Bretagne
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