Un manifestant abattu par la police, à Port-au-Prince, le 19 février 2005
Enlevé, dimanche 10 juillet, dans un quartier du centre de Port-au-Prince, le journaliste et poète haïtien, Jacques Roche, a été assassiné par ses ravisseurs. Son cadavre, menotté et portant des traces de tortures, a été retrouvé, jeudi 14 juillet 2005, non loin du Bel-Air, l’un des fiefs des gangs armés qui réclament le retour de l’ancien président, Jean-Bertrand Aristide.
Haïti
"Les ravisseurs réclamaient 250000 dollars. La famille et les amis de Jacques Roche ont pu en réunir 10000, qu’ils ont versés, mais ça ne leur a pas suffi" , raconte Claude Moïse, un responsable du quotidien Le Matin, dont Jacques Roche dirigeait la partie culturelle. Selon plusieurs de ses confrères, il pourrait avoir été visé pour des raisons politiques, car il avait animé une série d’émissions de télévision pour le compte du Groupe des 184, un rassemblement d’organisations de la société civile qui avait joué un rôle moteur dans la mobilisation contre Jean-Bertrand Aristide avant son départ en exil en Afrique du Sud, et collaborait avec le Papda, un groupe altermondialiste.
Un cadavre dans une rue de Port-au-Prince, le 25 février 2005
Il y a moins d’un mois, Nancy Roc, journaliste vedette de Radio Métropole, avait dû se réfugier à Miami, après avoir été menacée d’enlèvement. Cinq jours avant son départ, Richard Widmaier, le directeur de cette station de radio, avait échappé de justesse à une tentative de kidnapping. Le jeudi 14 juillet 2005, Elysée Berlince, un technicien de Télé Haïti, a été enlevé par des inconnus armés avant d’être libéré grâce à l’intervention d’une patrouille de la police.
Nancy Roc
Souvent accompagnés de sévices, les enlèvements se sont multipliés, depuis janvier. Plus de 200 ont été dénombrés au cours des deux derniers mois. Plusieurs victimes, comme l’employé de la Croix-Rouge Joël Cauvin, le cardiologue Jean-Michel Guérin ou l’ingénieur Eddy Labrousse, âgé de 71 ans, ont été assassinées. Les femmes enlevées sont fréquemment violées. Lorency Cavalier, une jeune femme libérée après le versement d’une rançon par sa famille, est morte des suites des mauvais traitements qui lui ont été infligés. Début juillet 2005, une employée de banque s’est suicidée peu après sa libération après avoir été sauvagement violée par ses ravisseurs. Des photographies d’Emmanuel Coriolan, alias "Dom Laj", un chef de gang tué, en juin 2005, par la police, confirment que certains preneurs d’otages se sont fait incruster des petites billes métalliques sous l’épiderme du pénis, provoquant de graves hémorragies à leurs victimes.
Une Haïtienne blessée quand les troupes de l’ONU ont attaqué un bidonville de Port-au-Prince, le 6 juillet 2005
Face à la dégradation des conditions de sécurité, les autorités britanniques ont annoncé la fermeture de leur ambassade à Port-au-Prince. Les familles qui en ont les moyens fuient en direction de la République dominicaine voisine ou de la Floride.
Des soldats brésiliens de l’ONU à Port-au-Prince, le 14 juillet 2005
Pour le président de la chambre de commerce, Reginald Boulos, il ne fait pas de doute que Jean-Bertrand Aristide est le responsable de la vague de violences qui ensanglantent Haïti depuis le déclenchement, en octobre 2004, de l’opération Bagdad, qui a fait depuis plus de 700 morts. "Il s’agit d’un tsunami criminel planifié et financé de l’extérieur", soutient M. Boulos.
Jean-Michel CAROIT
Des soldats brésiliens de l’ONU à Port-au-Prince, le 14 juillet 2005
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