Une famille de manchots empereur
L’acidification des océans va-t-elle bouleverser, d’ici à 2030-2050, les écosystèmes marins ? Sans doute, si l’on en croit une étude internationale publiée, jeudi 29 septembre 2005, dans la revue Nature, et menée par une dizaine de laboratoires allemands, américains ou encore français. Selon eux, la croissance du taux de dioxyde de carbone dans l’atmosphère va provoquer, à plus ou moins brève échéance, une acidification des mers telle que certains organismes à squelette externe ne pourront plus y subsister.
Une baleine franche
Au cours du 20e siècle, le pH moyen des océans a chuté de 0,1 unité. Cette tendance va s’accélérer au cours du 21e siècle, et une baisse du pH de 0,3 à 0,4 unité est prévue d’ici à 2100. "En fonction des différents scénarios de développement, explique Patrick Monfray, coauteur de cette publication et chercheur au laboratoire de géophysique et d’océanographie spatiales (CNRS, IRD, CNES et université Toulouse-3), nous avons montré que l’acidité de l’océan allait croître jusqu’à ce que, aux hautes latitudes polaires, certains organismes pourvus de coquilles calcaires se trouvent dans une eau si acide qu’elle serait susceptible de dissoudre leur carapace." Si les émissions de CO2 ne sont pas maîtrisées (scénario dit "business as usual" ), ce seuil sera atteint vers 2030, estime M. Monfray. Si, au contraire, la concentration de gaz carbonique est stabilisée à 650 ppm (parties par million), il sera atteint autour de 2050.
Les petits points brillant dans l’eau sont du plancton
Les organismes dont la coquille est formée de calcite ne devraient pas être les premiers touchés. En revanche, ceux dont le squelette externe est constitué d’aragonite (CaCO3, ou carbonate de calcium) sont particulièrement menacés. C’est notamment le cas des mollusques planctoniques nommés ptéropodes. Or ces organismes revêtent une importance particulière. "Ils sont un maillon important de la chaîne alimentaire de l’océan, explique Patrick Onfray. Potentiellement, il peut y avoir des phénomènes de cascades à grande échelle" touchant une large gamme d’espèces (cétacés, saumons, etc.). Ces faits sont d’autant plus préoccupants que, si la tendance actuelle perdure, le phénomène devrait toucher, vers 2100, non seulement les hautes latitudes, mais également des zones plus méridionales comme le Pacifique nord.
Plancton : Trois capsules centrales de Radiolaires
La publication de ces travaux intervient alors que plusieurs recherches ont récemment mis en évidence d’importantes modifications dans la répartition de la faune planctonique. Dans l’Atlantique nord, par exemple, certains planctons migrent vers le nord sous l’effet du réchauffement des eaux de surface. Entre acidité croissante au nord et augmentation de la température plus au sud, la dynamique de ces espèces sera donc profondément bouleversée à court terme.
Des dauphins
Les récifs coralliens dans lesquels niche une abondante biodiversité pourraient également souffrir de l’acidification des mers, ajoutent les chercheurs. Cependant, ce point demeure discuté. Une étude controversée, publiée en décembre 2004 dans la revue Geophysical Research Letters, concluait que les coraux pourraient au contraire tirer profit du réchauffement. En effet, si la baisse du pH tend à réduire la teneur de l’eau de mer en aragonite (et donc à ralentir les phénomènes de calcification), l’augmentation de la température de l’eau contrebalancerait cette tendance. Même si ces discussions demeurent dans la communauté scientifique, l’acidification des océans est l’objet d’inquiétudes croissantes. Car elle conduit en outre à la réduction de la capacité océanique à absorber le CO2 d’origine anthropique. Plus l’océan est acide, moins il est capable d’éponger les excès produits par l’homme. En somme, explique M. Onfray, c’est "une boucle de rétroaction positive". Or cet effet tampon de l’océan ne peut être négligé car les eaux de surface absorbent plus du tiers des rejets de gaz carbonique engendrés par la combustion des ressources fossiles.
Stéphane FOUCART
Un récif de corail
Si vous souhaitez soutenir l’activité du site web interet-general.info, vos dons sont les bienvenus sur le compte de la Banque cantonale de Genève No Z 3267.34.01 Clearing bancaire (CB) : 788 IBAN CH48 0078 8001 Z326 7340 1
Compte de chèque postal : 12-1-2
Veuillez libeller les chèques au nom de : interet-general.info
|