Aminetu Haidar, une Sahraouie frappée par des policiers marocains, à El Ayoun, le 17 juin 2005
RABAT (Reuters) - Les répressions exercées au Maroc, durant les décennies 1960 à 1990, ont entraîné la mort de 592 personnes, fait savoir l’Instance équité et réconciliation (IER) chargée par l’Etat d’examiner les exactions commises durant la période dite des "années de plomb".
Maroc
Le rapport de l’Instance équité et réconciliation, qui a été créée sur l’initiative du roi Mohamed 6, précise que 322 des victimes recensées ont été abattues par les forces gouvernementales au cours de manifestations, dont une en 1981, à Casablanca, lors d’émeutes contre la hausse des prix des denrées alimentaires. Reuters a obtenu, vendredi 16 novembre 2005, un résumé du rapport de 700 pages de l’Instance équité et réconciliation qui a été remis au roi. Celui-ci a ordonné qu’il soit rendu public rapidement pour souligner sa volonté de renforcer la démocratie et le respect des droits de l’homme. L’Instance équité et réconciliation, qui a reçu 16861 dossiers à étudier, a confirmé au moins 9779 cas d’atteintes aux droits de l’homme allant des violences en détention aux exécutions extra-judiciaires, en passant par les "disparitions forcées", les "exils forcés" ou les sévices sexuels. "L’Instance équité et réconciliation a par ailleurs pu déterminer que 174 personnes sont décédées en cours de détention arbitraire ou de disparition, entre 1956 et 1999, (...) mais n’a pas pu déterminer les lieux d’inhumation", ajoute-t-elle.
Hassan 2
Les auteurs de l’enquête notent que les décès en détention ont diminué à mesure que le royaume évoluait vers plus une grande tolérance envers les dissidents, vers la fin des années 1990, avant la mort du roi Hassan 2, en 1999. Selon le rapport, cent neuf prisonniers sont morts en prison dans les années 1970, chiffre qui tombe à neuf durant la décennie suivante et à deux au cours des années 1990. L’Instance équité et réconciliation laisse entendre qu’elle n’a pas fait la lumière sur tous les cas de violation présumés, notamment en ce qui concerne le sort de dizaines de dissidents portés disparus, dans le cadre de l’enquête qu’elle a entamée en janvier 2004 et achevée en novembre 2005. "Enfin, l’Instance équité et réconciliation a acquis la conviction que soixante-six autres cas de victimes qu’elle a analysés rassemblent les éléments constitutifs de la disparition forcée et considère que l’Etat a l’obligation de poursuivre les investigations entamées par ses soins afin d’élucider leur sort", ajoute-t-elle. L’Instance équité et réconciliation exhorte les autorités à poursuivre les réformes, en favorisant en particulier l’indépendance de l’appareil judiciaire et en mettant fin à l’impunité pour les responsables de la sécurité.
Une Sahraouie frappée par des policiers marocains, à El Ayoun
Mohamed 6, que d’anciens ennemis du régime autoritaire de son père appellent le "roi démocrate", a chargé l’Instance équité et réconciliation de localiser des centres de détention ainsi que les dépouilles de victimes, de porter assistance aux survivants et de mettre en oeuvre des formules d’indemnisation. Selon le rapport, l’Instance équité et réconciliation a recommandé que des indemnités soient versées à 9280 victimes, dont 1895 personnes qui recevront des allocations supplémentaires pour pertes d’emplois ou d’autres activités professionnelles.
Mohamed 6
L’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH), principal organisme indépendant du pays en ce domaine, a estimé que le résumé des investigations de l’Instance équité et réconciliation n’allait pas assez loin, notamment dans l’identification des responsables d’abus susceptibles de faire l’objet de poursuites. D’après l’Association marocaine des droits de l’homme, environ 3000 personnes ont été tuées durant la période considérée. L’Association marocaine des droits de l’homme juge les chiffres de l’Instance équité et réconciliation éloignés de la réalité. Son porte-parole, Abdella Abdeslam, a dit s’être attendu à des résultats incomplets parce que le pays n’a, selon lui, pas encore mis fin aux abus. D’après l’Association marocaine des droits de l’homme, 1500 personnes furent tuées au cours de manifestations, le 21 mars 1965, et de 500 à 1000 lors d’autres troubles, en 1981.
Reuters
Un Sahraoui frappé par des policiers marocains, à El Ayoun
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