Des Kurdes manifestent, à Diyarbakir, le 30 mars 2006
DIYARBAKIR (Turquie) (AFP) - Le bilan des violences entre manifestants kurdes et forces de sécurité dans le sud-est de la Turquie a atteint, dimanche 2 avril 2006, neuf morts, et le principal parti politique kurde a appelé à l’arrêt des émeutes, les plus violentes de la décennie dans cette région.
Turquie
Un homme âgé de 22 ans a été tué par balle dimanche à Kiziltepe, une ville de cette région à majorité kurde, a déclaré un responsable politique kurde local, Ferhan Turk. Trois autres personnes ont été blessées, a-t-il indiqué. Il n’a pas été possible d’obtenir immédiatement une réaction des autorités.
Des policiers anti-émeute, à Diyarbakir, le 30 mars 2006
Les émeutes, qui en étaient, dimanche 2 avril, à leur sixième journée consécutive, ont éclaté, mardi 28 février, à Diyarbakir, chef-lieu de la région, après l’enterrement de rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) tués dans des accrochages avec l’armée. A Kiziltepe, près de la frontière syrienne, où la neuvième victime a été enregistrée, des violences qui avaient fait un mort avaient déjà eu lieu, samedi 1er avril 2006. Une foule en colère avait incendié une banque, saccagé des bâtiments officiels et des commerces. Les villes de Batman, Silopi, Yuksekova, ont été touchées par les émeutes. Sur les neuf personnes tuées dans le sud-est, trois étaient des enfants. Des dizaines de personnes ont été blessées, surtout dans les rangs des forces de sécurité. Il s’agit des affrontements les plus graves survenus depuis une dizaine d’années dans cette région où les violences connaissent une escalade depuis juin 2004, date à laquelle le PKK, une organisation séparatiste illégale, a mis un terme au cessez-le-feu qu’il avait unilatéralement décrété et qu’il observait depuis cinq ans. Depuis 1984, les affrontements entre forces gouvernementales et rebelles kurdes ont fait quelque 37000 morts, ravagé l’économie du sud-est et entraîné le déplacement de millions de personnes.
Des forces spéciales à Kiziltepe, le 1er avril 2006
Des violences ont également eu lieu, dimanche 2 avril 2006, en plein centre d’Istanbul, la grande métropole de l’ouest de la Turquie, lorsque quelque 200 Kurdes ont manifesté contre les violences dans le sud-est. Les manifestants, dont certains étaient masqués, ont mis le feu à un camion et ont attaqué avec des pierres, des bouteilles et des cocktails Molotov la police anti-émeute, qui a répliqué avec ses matraques et des gaz lacrymogènes. Plusieurs manifestants ont été battus par des passants, d’autres ont été interpellés par la police.
Des manifestants kurdes, à Mardin, le 1er avril 2006
Devant la dégradation de la situation, le Parti pour une société démocratique (DTP), principale formation politique kurde de Turquie, a exhorté les Kurdes à cesser les violences et a appelé le gouvernement d’Ankara à adopter des réformes substantielles permettant l’instauration d’une paix durable avec la minorité kurde. "J’appelle tout notre peuple à se tenir à l’écart de la violence et à ne pas agir avec une mentalité agressive", car "la violence n’amène que d’autres violences", a déclaré Ahmet Turk, co-président du DTP, dans un entretien avec la télévision CNN-Turk. Selon lui, des réformes devraient inclure l’amélioration des droits politiques et culturels des Kurdes, un développement économique et social et une amnistie générale pour les membres du PKK. "Comment peut-on résoudre le problème uniquement par la matraque, par la répression et l’imposition du silence ? Nous voulons que cette mentalité change", a déclaré le coprésident du DTP. "Les Kurdes estiment qu’ils sont toujours considérés comme des citoyens de seconde zone", a-t-il ajouté.
Des manifestants kurdes, à Istanbul, le 1er avril 2006
Ankara refuse de négocier avec le PKK, considéré comme une organisation terroriste par les Etats-Unis et l’Union européenne. Dans un souci de rapprochement avec l’Union européenne, dont la Turquie veut devenir membre, le gouvernement a fait quelques concessions à la minorité kurde, estimée à plus de 12 millions de personnes sur une population de 72 millions. Ankara a autorisé la diffusion limitée de programmes en langue kurde par les télévisions et les radios. Mais la Constitution interdit toujours l’utilisation d’une autre langue que le turc dans les établissements publics.
Agence France Presse
Arrestation d’un manifestant, à Istanbul, le 2 avril 2006
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