Un prisonnier à Camp Delta, le 6 juillet 2005
Pour la première fois depuis l’ouverture du camp de Guantánamo en 2002, trois prisonniers, deux Saoudiens et un Yéménite, ont réussi à se suicider dans leur cellule, en se pendant à l’aide de draps et de vêtements, en fin de semaine dernière. Né à Lyon, en France, en 1979, d’une famille originaire de Tunisie, Nizar Sassi connaissait deux d’entre eux. Il les a côtoyés dans ce camp américain installé dans une enclave sur l’île de Cuba.
« Des tentatives de suicides, j’en ai vu beaucoup. Mais les Américains arrivaient presque aussitôt. Comment voulez-vous vous cacher lorsque vous êtes enfermé dans une cage de 2 mètres sur 1,80 mètre ? », s’étonne ce grand garçon, qui a été emprisonné deux ans et demi par les Américains (d’abord en Afghanistan, puis à Guantánamo) et, à son retour dans l’Hexagone, en 2004, dix-huit mois par les Français. Inculpé pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », Nizar Sassi sera jugé, à Paris, en juillet 2006. Lui, en revanche, n’a pas cherché à se supprimer. « J’avais trop envie de vivre, ou du moins de survivre. Mais si j’étais resté plus de trente mois à Guantánamo, aurais-je tenu le coup ? », s’interroge cet ancien agent de médiation dans le métro de Lyon.
Nizar Sassi
Dans « Prisonnier 325, camp Delta (*) », qu’il vient d’écrire, Nizar Sassi raconte en détail les supplices et les humiliations endurés. « Les passages à tabac étaient tellement fréquents ! Il suffisait de ne pas donner la bonne réponse à ceux qui nous interrogeaient jour et nuit », raconte-t-il. Les prisonniers se font pisser dessus, des femmes soldats leur maculent le visage avec leur sang, au moment de leurs règles. « Ces femmes pétaient et rotaient devant nous. Moi, je suis Français. Il en faut plus pour m’émouvoir. Mais imaginez un jeune Saoudien ! », se souvient le Lyonnais.
Vue de Camp Delta
Et lui, pourquoi a-t-il pourri quatre années derrière les barreaux ? « L’amour des armes », répond cet ancien agent de sécurité, ni politisé ni très religieux. Un homme à Lyon lui raconte qu’en Afghanistan, on peut manier la kalachnikov comme d’autres jouent aux cartes dans son quartier. Il pense vivre une aventure l’espace d’un été. « Je ne connaissais même pas le nom d’Al-Qaida », jure Nizar Sassi. Seulement voilà, le 11 septembre 2001, il se retrouve au mauvais endroit avec les mauvaises personnes. « Les Américains payaient très chers pour capturer des terroristes. Certains Afghans et Pakistanais s’enrichissaient en arrêtant n’importe qui, un pauvre berger, un chauffeur de taxi ou moi », raconte encore Nizar Sassi qui a trouvé un emploi dans une société agroalimentaire, grâce au maire de Vénissieux, sa commune.
Propos recueillis par Ian HAMEL
(*) « Prisonnier 325, camp Delta. De Vénissieux à Guantánamo », Nizar Sassi. Editions Denoël. 214 pages.
Vue de Camp Delta
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