Ramin Jahanbeglou
L’intellectuel iranien Ramin Jahanbeglou, libéré sous caution après quatre mois de détention pour complot contre le régime, dit avoir "agi contre la sécurité nationale" après avoir été "manipulé" par les Américains, dans une interview publiée, jeudi 31 août 2006, par l’agence Isna.
Iran
Détenteur d’un doctorat en philosophie de l’université de la Sorbonne, M. Jahanbeglou est responsable du groupe "Pensée moderne" du Centre des recherches culturelles iraniennes. Il a notamment écrit sur la démocratie et la non-violence. "J’ai admis avoir agi contre la sécurité nationale, par le biais de mes contacts avec des étrangers, mais je ne l’ai pas fait intentionnellement et en connaissance de cause", a dit M. Jahanbeglou. L’intellectuel, qui possède également la nationalité canadienne, a expliqué avoir reçu une bourse d’étude de la fondation américaine National Endowment for Democracy (NED), financée par le Congrès américain et qui distribue ses fonds à des ONG pour la promotion de la démocratie dans le monde. "J’ai étudié sur le rôle des intellectuels et, par l’intermédiaire de cette organisation, je suis entré en contact avec d’autres institutions et j’ai participé à des conférences (...) où j’ai rencontré des membres du département d’Etat américain et des officiers des renseignements américains et israéliens", a-t-il dit. Il a précisé avoir été interpellé le 25 avril. Ce n’est que début juillet 2006 que le ministre iranien des Renseignements, Gholam Hossein Mohseni Ejeie, a annoncé que M. Jahanbeglou avait été "arrêté dans le cadre des efforts des Etats-Unis pour mener une révolution de velours et douce en Iran".
Gholam Hossein Mohseni
M. Jahanbeglou a expliqué que "le premier mois d’emprisonnement était très dur". "Je n’étais pas habitué aux conditions de la prison et je n’avais pas de droit de visite. Ensuite, j’ai été mis dans une cellule d’isolement où je disposais d’une télévision et de journaux, et je pouvais rencontrer ma famille", a-t-il expliqué. Récemment, des journaux conservateurs avaient affirmé que le détenu était passé aux aveux et avait demandé pardon aux responsables du pouvoir. Il a assuré "n’avoir été soumis à aucune pression mentale ou physique" lors des interrogatoires, qualifiant ses enquêteurs d’"amicaux" à son égard. Ces séances l’ont convaincu qu’il "avait effectué une sorte de déviation de la recherche philosophique et intellectuelle vers la recherche politique".
Ramin Jahanbeglou
Le Canada s’est réjoui, mercredi 30 août 2006, de la libération sous caution de l’intellectuel irano-canadien Ramin Jahanbeglou, après quatre mois d’incarcération en Iran, tout en soulignant qu’il devait pouvoir vivre "sans crainte de représailles". "Je salue la décision des autorités iraniennes de libérer le professeur Ramin Jahanbeglou et je vais m’assurer que sa libération ne sera assortie d’aucune condition", a déclaré le chef de la diplomatie canadienne, Peter MacKay, dans un communiqué. "Ce penseur et philosophe de renommée internationale doit enfin retrouver sa famille et vivre sans crainte de représailles", a-t-il ajouté.
Peter MacKay
M. Jahanbeglou, qui possède également la nationalité canadienne, avait été arrêté, en mai, alors qu’il devait prendre l’avion pour se rendre en Europe. Il avait été détenu sous l’accusation de "liens avec des étrangers et complot contre le régime islamique". Sa libération a été annoncée, mercredi 30 août 2006, à Téhéran, par un responsable pénitentiaire, cité par les agences de presse iraniennes. Le Canada avait exprimé à plusieurs reprises sa préoccupation quant à son sort. Ottawa avait également tenté à plusieurs reprises d’obtenir un "accès consulaire au professeur Jahanbeglou afin de lui offrir les services auxquels il avait droit en tant que citoyen canadien", a précisé le ministère des Affaires étrangères. Sa détention avait créé une tension supplémentaire dans les rapports entre Ottawa et Téhéran, déjà affectés par l’affaire de la journaliste irano-canadienne Zahra Kazemi, décédée en juillet 2003 dans une prison iranienne à la suite de coups reçus pendant sa détention.
Agence France Presse
Zahra Kazemi
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