"J’ai constaté la place croissante, dans les discours politiques et les médias, de la rhétorique de la défense de l’identité nationale et de la menace de la présence allogène", a affirmé le rapporteur spécial de l’ONU, à quatre jours des votations fédérales sur les lois sur l’asile et les étrangers. "Cette rhétorique est révélatrice de l’existence, dans la société suisse, d’un courant politique favorable à un enfermement identitaire face à l’immigration et donc animé par des tendances xénophobes", a ajouté le rapporteur dans son exposé aux quarante-sept pays membres du Conseil (dont la Suisse).

Doudou Diène a regretté ensuite "la faiblesse de la stratégie politique et juridique actuelle" contre le racisme et la discrimination raciale. "Cette faiblesse est notamment manifeste dans le traitement principalement sécuritaire des questions de l’immigration et de l’asile, dans la criminalisation de l’étranger, de l’immigré et du demandeur d’asile", a estimé Doudou Diène. Il a critiqué aussi "le nombre élevé d’actes de violence policière à connotation raciste et xénophobe contre ces groupes, ainsi que l’impunité dont jouissent, selon les victimes, leurs auteurs".
Une Camerounaise agressée par des policiers genevois, le 16 novembre 2005
Doudou Diène a souligné "la remise en question de l’identité nationale par la diversité culturelle, ethnique et religieuse croissante de la société, notamment d’origine non européenne". Elle est "la source d’une tension identitaire", selon Doudou Diène. Et d’appeler à "la prise de conscience, à la reconnaissance et au traitement politique, juridique et culturel" de cette tension, "facteurs déterminants de la construction du vivre ensemble multiculturel qui peut être favorisé par les riches traditions démocratiques" de la Suisse.
Une Camerounaise agressée par des policiers genevois, le 16 novembre 2005
Le rapport complet de la visite en Suisse du rapporteur de l’ONU sera présenté lors de la quatrième session du Conseil des droits de l’homme, en mars 2007.
Agence télégraphique suisse
Doudou Diène
Commentaire
Les partis politiques de droite suisses ont mis en oeuvre leur politique antisociale en désignant systématiquement les victimes comme des boucs émissaires. Ainsi, les agriculteurs, les chômeurs, les invalides et les requérants d’asile ont été dépeints comme "des profiteurs" chaque fois que les politiciens de droite s’apprêtaient à tailler dans les subventions ou les prestations sociales. Cette tactique visait à dissuader toute réaction de solidarité à l’égard des catégories sociales successivement attaquées. Les politiciens de droite, en guise d’alibi, prétendaient "lutter contre les abus" de quelques-uns, alors qu’en réalité ils s’en prenaient à tous de manière indiscriminée.
Une Camerounaise agressée par des policiers genevois, le 16 novembre 2005
Quant aux politiciens de gauche, au lieu de défendre des principes, ils ont préféré, à chaque fois, par opportunisme électoraliste, "négocier des compromis" avec les partis de droite. Au bout du compte, les partis de droite ont pu mettre en oeuvre leur politique antisociale avec la complicité tacite des politiciens de gauche, lesquels se contentaient de répéter, à chaque nouveau "compromis" : "Sans nous, ce serait pire".
En réalité, tout ce beau monde se réduit à un ramassis de coureurs de pots-de-vin et d’imposteurs dont la bassesse est sans limite.
Frank BRUNNER
Des requérants d’asile kosovars manifestent dans le canton de Vaud
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