Le lac Tchad, vu par satellite, en 1963, 1973, 1987 et 1997
BOL, Tchad (Reuters) - Alors que le soleil se couche sur le lac Tchad, les pêcheurs reviennent en pagayant dans leurs pirogues vers la rive avec leur prise du jour. Pour la plupart, elle se limite à une vasque ou deux emplie de petits poissons. Une prise convenable, disent-ils, mais rien de comparable à ce qu’ils se souviennent d’avoir rapporté naguère. Pour les habitants, il ne fait pas de doute que la forte diminution de la superficie du lac est responsable de cette situation. Selon les experts, la baisse des eaux du lac Tchad est due au déficit de précipitations, lui-même conséquence des changements climatiques dus à l’activité de l’homme.
Tchad
Naguère troisième plus grand réservoir d’eau d’Afrique, le lac Tchad, par son évolution, illustre les mises en garde lancées, vendredi 2 février 2007, par les experts de l’ONU qui ont rendu public le rapport du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Si on remonte au début des années 1960, le lac, qui outre le Tchad était alors riverain du Nigeria, du Niger et du Cameroun, couvrait 25000 km2. Mais ses eaux ont reculé si vite qu’il est réduit aujourd’hui à un dixième de cette superficie-là, et ce rétrécissement se combine à un accroissement rapide de la population locale, laquelle exerce une forte pression sur les ressources naturelles du lac.

Le chef local de la région de Bol, Youssouf Mbodou Mbami, raconte que lorsqu’il était enfant, le lac était nettement plus vaste. "Avant, c’était réellement une étendue d’eau ! Les enfants d’aujourd’hui ne peuvent pas imaginer comment il était". "Petit à petit, le lac a dépéri. Nos grands-parents nous disaient que le problème était dû à un phénomène cyclique, que tous les trente ou quarante ans les eaux reculaient avant de revenir. Mais le plus loin que l’on se souvienne, ce sont les années 1960, et l’eau n’a fait que reculer depuis lors. Nous attendons toujours de voir si elle va revenir", ajoute ce chef local.
Le lac Tchad, vu par satellite
Conséquence de la baisse des eaux, plusieurs centaines d’îles sont apparues. Bon nombre d’entre elles comptent des communautés de pêcheurs isolées, comme le village de Kouirom, qui est apparu voici trente-huit ans là où s’étendaient auparavant les eaux. Aujourd’hui, c’est un centre animé de pêcheurs qui attire des centaines de travailleurs immigrés venant du Nigeria, du Ghana et du Burkina Faso. L’afflux de pêcheurs exerce une pression sur les stocks de poissons. "Cette année, l’eau ne vient pas comme on l’attendait", explique un Nigérian venu dans la région du lac voici quinze ans. "Avant, nous pouvions prendre vingt, trente vasques de poissons par jour ; aujourd’hui, en remplir cinq est très difficile".
Le lac Tchad, vu par satellite, en 2001
Les agriculteurs et les bergers du pourtour du lac ressentent aussi les effets de la baisse du niveau des eaux. "Lorsque nous étions jeunes, fruits et légumes croissaient ici ; mais maintenant ces plantes ne poussent même plus", explique à Reuters Abakar Mahamat Kaila, directeur technique d’un ONG locale, SODELAC. "Il n’y a plus assez de pluies pour cultiver comme nous le faisions avant", ajoute-t-il. Selon lui, la biodiversité de la région souffre elle aussi. "Des variétés d’arbres et autres végétaux ont disparu. Même les animaux : nous avions ici des panthères par exemple, et beaucoup d’hippopotames. C’est fini".
Vue du lac Tchad
Le paradoxe veut en outre que bien que vivant au bord d’un lac, les habitants n’ont pas d’eau potable véritablement propre. Les eaux du lac Tchad sont, dit-on, merveilleusement pures. Mais, selon un ecclésiastique, Barka Tomo, des épidémies de choléra sont signalées désormais presque chaque année. "Les gens vont aux toilettes dans le lac, ils lavent leurs vêtements là-bas(...). Il est difficile de dire aux gens d’ici qu’ils doivent faire bouillir l’eau. Ils croient qu’en la faisant bouillir, ils la tuent. C’est contre des croyances pareilles que nous luttons", dit Tomo.
Vue du lac Tchad
Le gouvernement tchadien fait des efforts pour redonner vie à la région. Grâce à un barrage, les autorités ont pu drainer un bras du lac Tchad et permettre aux paysans d’irriguer leurs cultures. Mais pour Anada Tiega, directeur technique de la Commission du bassin du lac Tchad (CBLC), si rien n’est fait pour empêcher le lac de rétrécir comme peau de chagrin, l’avenir des vingt millions d’habitants qui en vivent sera des plus sombres. Selon lui, les conflits entre pêcheurs et gardeurs de troupeaux, auxquels on assite déjà, ne feront que s’aggraver. Il se veut néanmoins optimiste. "Si nous avons ne serait-ce que deux bonnes années de pluies, nous aurons une belle quantité d’eau. Nous aurons dès lors de nouveau beaucoup de poissons."
Reuters
Des pêcheurs au bord du lac Tchad
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