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24 heures.ch, 19 août 2007
Haïti : L’adoption ressemble souvent à du trafic d’enfants

, par Caroline STEVAN

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Une fillette

Quelque 2000 bambins quittent l’île chaque année pour être adoptés en France, au Canada ou encore en Suisse. Le 18 août 2007 encore, l’Organisation internationale pour les migrations, à Genève, annonçait qu’une semaine après le sauvetage de quarante-sept enfants d’une crèche clandestine, en Haïti, une centaine d’autres enfants sont toujours retenus dans l’établissement. Sur ceux qui ont pu être retirés de la crèche, dix sont toujours hospitalisés. Ils souffrent de malnutrition et de maladies de peau contagieuses.

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Haïti

Certains hôtels sont connus pour accueillir des diplomates, d’autres hébergent les humanitaires ou les malfrats ! Le Kinam, sur les hauteurs de Port-au-Prince, s’est fait une spécialité des parents adoptifs. Invariablement, à l’heure du dîner et du déjeuner, les tables se parent de toutes nouvelles familles. Sous l’œil attendri de son mari, Karine étouffe Jonah de baisers sonores, comme s’il fallait rattraper le temps perdu. « On ne l’a que depuis hier », explique la jeune Française. A côté, Sylvie, célibataire, tente vainement de décrisper le petit Kesny : « C’est normal qu’il soit impressionné. Je suis allée le chercher il y a une heure. Ça ira mieux demain. » Tous se félicitent de leur démarche : tirer un gamin de la misère. Joséphine dirige une crèche près de l’Hôtel Kinam. Elle lève un instant les yeux de sa télé, une minuscule gamine posée à côté d’elle : « Vous voulez quoi ? Fille, garçon, 6 mois, 1 an ? Vous demandez, et on cherche ce qui correspond. »

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Vue de l’hôtel Kinam, à Petion-Ville

Dans les bureaux de l’Unicef, accrochés à une autre colline de la capitale, on ne tient pas le même discours. « Auparavant, il s’agissait de trouver des parents à un enfant. Aujourd’hui, il faut trouver un petit pour des parents. Ne manque que le catalogue ! » déplore Njanja Fassu, responsable du Département de la protection de l’enfance. Aux yeux de l’agence onusienne, la frontière entre trafic et adoption est pour le moins poreuse. Certains « orphelinats » vont jusqu’à racoler dans les villages. D’autres se contentent de laisser croire aux mères biologiques qu’elles reverront leur petit. « Tout le monde est complice de ce système, dénonce encore Njanja Fassu : les crèches, les avocats, l’administration et les gouvernements des adoptants, qui constituent un lobby puissant. Quand on sait que 2000 à 2500 enfants sortent d’Haïti tous les ans -la moitié pour la France- et qu’une adoption rapporte entre 5000 et 10 ?000 dollars, on voit bien que beaucoup ont intérêt à ce que ça continue. »

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Njanja Fassu

« La plupart des bébés ne sont pas abandonnés, mais amenés par leurs mamans. Elles reviennent souvent prendre des nouvelles. Beaucoup espèrent recevoir de l’argent de cet enfant placé à l’étranger », argue Cécile Gabathuler, Suissesse qui tient une crèche dans la capitale haïtienne depuis dix ans. Dans la cour de la garderie tenue par Cécile Gabathuler, quelque 150 minots s’accrochent aux jambes des visiteurs en psalmodiant : « Maman, prends-moi avec toi ! » La supplique s’adresse aux femmes comme aux hommes.

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Des enfants

Si Haïti ne reconnaît que l’adoption simple, les pays européens imposent une procédure plénière. L’enfant bénéficie des mêmes droits qu’un fils ou une fille biologique, mais coupe tout lien officiel avec son pays et ses parents d’origine. « On fait signer une décharge aux familles, mais la plupart des gens sont analphabètes. Je doute qu’ils soient conscients de ce qu’ils paraphent », déplore Léon Saint-Louis, ancien avocat spécialisé dans les adoptions. Outre la violation des textes internationaux, nombre d’affiliations sont en contradiction avec la loi locale, estampillée de 1974 et qui stipule que les adoptants doivent être âgés de 35 ans, mariés depuis dix ans et ne pas avoir d’enfants biologiques. Entre cinq et douze Haïtiens gagnent pourtant la Suisse chaque année.

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Des enfants

« Nous n’avons pas vraiment les moyens de lutter, plaide Edwine Casseus, directeur du service social à l’Institut du bien-être social et de recherche qui valide les adoptions en Haïti. Nous intervenons en bout de chaîne, une fois que tout a été réglé par les crèches et les avocats. » Port-au-Prince regorge de ces pouponnières aux noms évocateurs : Horizon de l’Espoir, Coin des Cieux, Cœur de Lumière... Et si quelques-unes ont pour vocation de recueillir et élever les petits nécessiteux, beaucoup ne font que du commerce. Celles-ci n’abritent jamais les gosses malingres, mal nourris ou malades. Ni ceux qui ont plus de 6 ans. Elles ont souvent des sites internet dégoulinant de bonnes intentions et de poignants couplets sur la terrible misère des gamins des Caraïbes. On y trouve encore des photos et une grille tarifaire. Certaines proposent même de « livrer » les bébés à l’aéroport le plus proche de votre domicile.

Caroline STEVAN

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Un enfant surveillé par un casque bleu uruguayen, près de Fort-Liberté


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AUTEUR :
-Caroline STEVAN

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