Le 16 juillet 1945, à Jornada del Muerto, région désertique du Nouveau-Mexique, près de la ville d’Alamogordo, première explosion atomique expérimentale d’une bombe au plutonium. C’est le test Trinity. Bulle de gaz de 200 m de diamètre formée 0,016 seconde après l’explosion
A la veille d’une rencontre, mardi 11 septembre, entre des représentants du secteur Internet et des responsables de l’Union européenne, lors d’un forum européen sur l’innovation et la recherche en matière de sécurité, le commissaire européen Franco Frattini a préconisé, lundi 10 septembre 2007, le blocage des informations qui circulent sur Internet, concernant notamment la fabrication de bombes.
Le test Trinity 12 secondes après l’explosion. puissance de 19 à 21 000 t de TNT
Internet est accusé de tenir aujourd’hui une place essentielle dans le dispositif des groupes clandestins armés, en leur permettant de partager des informations, de faire le lien entre activistes ou de diffuser de la propagande. "Donner des instructions pour fabriquer une bombe n’a rien à voir avec la liberté d’expression et la liberté d’informer les gens, a expliqué M. Frattini. Le bon équilibre, à mon avis, est de donner priorité aux droits absolus et au premier de tous, le droit à la vie." Le commissaire européen à la justice et à la sécurité ne prône pas l’interdiction des forums, des analyses, des informations historiques ou des opinions, mais estime que les instructions opérationnelles devraient être bloquées sur le Web. Or, fermer un site immédiatement n’est actuellement possible que dans quelques pays membres, dont l’Italie, a précisé M. Frattini. Le sujet fait cependant débat en Allemagne après l’arrestation la semaine dernière de trois hommes soupçonnés de préparer un attentat de grande ampleur. "J’ai la ferme intention d’entreprendre une étude avec le secteur privé (...) sur les moyens technologiques d’empêcher des gens d’utiliser et de chercher des mots dangereux comme "bombe", "tuer", "génocide" ou "terrorisme", a expliqué Franco Frattini à l’agence Reuters. La Commission européenne devrait présenter cette proposition aux Etats membres, en novembre 2007, dans le cadre d’une série de mesures visant à lutter contre le terrorisme.
Avec Reuters
Scène du génocide arménien, en 1915
Commentaire
L’argument du "droit à la vie" ou du "droit à la sécurité" est systématiquement utilisé pour "justifier" les atteintes toujours plus nombreuses aux libertés individuelles et à la sphère privée des individus. On pourrait aussi bien les invoquer pour "justifier" une dictature. On affecte d’accorder une importance exceptionnelle à tel droit, lequel devient un prétexte pour bafouer tous les autres.
Franco Frattini semble ignorer que les informations qu’il veut censurer sur internet peuvent aussi bien être trouvées dans des livres ou diffusées dans des manuels. Par exemple, on peut apprendre à fabriquer des bombes en lisant des livres de chimie, ou des récits de résistants relatant leurs opérations de sabotage au cours de telle ou telle guerre.
Franco Frattini
Comment un logiciel informatique pourrait-il distinguer l’internaute qui tape "génocide" pour s’informer, de celui qui tape "génocide" pour en préconiser un ? Supposons qu’un article de presse mentionne les bombes à fragmentation et qu’on fasse une recherche d’images pour illustrer l’article, comment un logiciel distinguera-t-il cette recherche légitime d’une volonté de fabriquer des bombes dans un but terroriste ?
D’une manière générale, il ne devrait pas être possible de fermer un site internet sans qu’un jugement ait été rendu et que le propriétaire du site ait eu l’occasion de se défendre équitablement. On ne voit pas pourquoi le propriétaire d’un site internet aurait moins de droits qu’un éditeur de livres ou de journaux.
Frank BRUNNER
Scène du génocide arménien, en 1915
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