Le siège du parlement européen, à Strasbourg
Gagner son pain sans tomber dans la pauvreté
Un salaire minimum légal aide-t-il à lutter contre l’exclusion sociale et la pauvreté ? Voilà la question à laquelle une audition, organisée, le 12 septembre 2007, au Parlement européen, a tenté de répondre. Tous les pays européens n’ont pas de salaire minimum officiel et lorsqu’ils en ont, leur montant est très divers : de 92 euros par mois en Bulgarie, à 1570 euros au Luxembourg. A l’heure où l’Europe veut lutter contre l’exclusion, doit-elle envisager un salaire minimum commun ? Le débat reste entier.
Des travailleurs à l’usine Renault de Blainville-Sur-Orne
Le salaire minimum légal n’est pas généralisé à toute l’Europe : 7 pays européens n’en ont pas instauré (Chypre, Allemagne, Danemark, Finlande, Suède, Italie et Autriche). Pourtant, une grande majorité d’Etats membres appliquent un salaire-plancher. Et ce, pour tous les secteurs d’emploi. Calculé en fonction du niveau de vie d’une population, l’élargissement de l’Union européenne a accru les disparités en la matière : un Bulgare, Roumain, Letton ou Lithuanien ne pourra gagner moins que 200 euros par mois pour son travail fourni. Tandis qu’un Belge, Français, Néerlandais, Britannique, Irlandais ou Luxembourgeois devra toucher plus de 1200 euros par mois.
Un ouvrier polonais en Grande-Bretagne
L’objectif d’un salaire obligatoire, c’est d’abord de fournir aux travailleurs un revenu minimum pour leur permettre de vivre dans des conditions décentes. En compensation de son travail, un salarié peut donc avoir l’assurance qu’il ne tombera pas dans la pauvreté ou l’exclusion sociale. Ca, c’est la théorie. Mais qu’en est-il de la réalité ? Selon le Comité Economique et Social Européen, « l’emploi, en soi, n’est pas une garantie contre la pauvreté ». Il présentait une étude commandée par la présidence portugaise, dont l’une des priorités fortes est la lutte contre l’exclusion. Si la situation diffère, bien entendu, d’un pays à l’autre, l’étude du Comité Economique et Social Européen souligne néanmoins que le taux de « risque de pauvreté » parmi les personnes qui travaillent reste relativement élevé. La moyenne européenne compte 8 % de travailleurs vivant à la limite d’un seuil correct de vie. Seuls 3 % des employés tchèques sont menacés de pauvreté, contre 14 % de polonais et portugais. Le salaire minimum ne serait-il pas un rempart efficace contre l’exclusion ?
Des travailleurs dans une serre, en Roumanie
Lors de l’audition au Parlement, les arguments en faveur d’un salaire minimum ont été contrebalancés par ses effets négatifs. Les arguments en faveur du salaire minimum soulignent qu’il sort des travailleurs de la pauvreté, qu’il aide les familles aux revenus les plus bas, qu’il réduit le fossé entre riches et pauvres et entre hommes et femmes (puisque ce sont ces dernières qui perçoivent les plus bas salaires). Les arguments opposés au salaire minimum soulignent les dommages causés aux petites entreprises qui doivent rogner sur leurs marges. Encourageant les entrepreneurs à sous-employer, il implique donc du chômage. Pour certains opposants au salaire minimum, il conduit aussi à l’inflation et accroît le prix final d’un produit pour le consommateur.
Un commerce en Slovaquie
Aucun de ces arguments n’est bien entendu irréfutable. Ce qui l’est, néanmoins, c’est qu’un salaire minimum a un impact direct sur les politiques européennes mises en place dans le domaine social. Dès lors, l’Europe doit-elle mettre en œuvre une politique spécifique en matière de salaire minimum ? C’est désormais aux membres de la commission Emploi et affaires sociales d’en décider : ils voteront bientôt sur le rapport d’Elizabeth Lynne (ALDE) sur « la protection sociale et l’inclusion sociale ».
Parlement Européen
Des ouvriers en Suède
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