Accueil

Rubriques

Archives

Art

BD

Corruption

Histoire

Informations internationales

Interviews

Le lobby juif

Sciences

Taxe sociale

Plan du site
Résumé
Recherche
Archives
Espace rédactionnel
rédaction@intérêt-général.info


Google


Vous êtes ici  Accueil   Informations internationales   Europe   France


Le Monde, 27 septembre 2007
France : A Cléon, Renault incite ses salariés à renoncer à leurs arrêts de travail

, par Stéphane LAUER

(JPEG)
Un ouvrier à l’usine Renault de Cléon

L’usine Renault de Cléon (Seine-Maritime) pousse-t-elle ses salariés à renoncer à leur arrêt de travail en cas d’accident du travail ? Dans une lettre datée du 19 septembre, l’inspection du travail a transmis à la direction du site les conclusions d’une enquête menée entre mai et septembre 2007. Celle-ci évoque un "système organisé de pressions visant à ce que les salariés, victimes d’accident du travail et auxquels un arrêt a été prescrit, renoncent à prendre tout ou partie de cet arrêt."

(JPEG)
France

Tout a commencé par une série de plaintes de salariés victimes de pressions de leur hiérarchie pour vite revenir travailler. "Quelques jours après leur accident, on voyait revenir les gars avec une béquille ou un plâtre", raconte Regis Louail, élu CGT de Cléon. Interloqué, le syndicat décide alors de se pencher sur les statistiques d’accidentologie de l’usine, qui sont en chute libre : le nombre de passage à l’infirmerie est passé de 300 à 164 entre 2004 et 2006, tandis que les arrêts sont passés de 14 à 7. La CGT décide de saisir l’inspection du travail. Pendant cinq mois, celle-ci a auditionné 41 salariés victimes d’un accident en rapport avec leur activité. Sur ce total, 26 ont bénéficié d’un arrêt prescrit, dans la majorité des cas, par des hôpitaux et non par des médecins traitants. "On ne peut suspecter de cas de "bobologie" ou de prescription de complaisance", indique-t-on à l’inspection. Le jour même de leur accident ou dans la semaine, 22 d’entre eux se sont vu proposer un poste aménagé, 17 ont alors accepté de renoncer à leur arrêt après "discussion" avec leur hiérarchie.

(JPEG)
L’emboutissage dans une usine Renault

"L’hôpital m’avait prescrit un arrêt de 8 jours, raconte l’un de ces salariés. En revenant à l’usine pour prendre mes affaires, mon chef d’atelier voulait me rencontrer. Il m’a dit que, comme (...) je pouvais marcher, il pouvait me proposer un poste aménagé. Il m’a demandé de déchirer mon arrêt car le prendre ne serait pas bon pour ma carrière. Il m’a précisé que les accidents du travail coûtent cher à l’entreprise, environ 600 euros par jour." Un autre salarié victime d’une fracture avait bénéficié d’un arrêt de trois semaines prescrit par l’hôpital. "Le soir même, le chef d’atelier m’appelle à mon domicile pour me dire de ne pas le prendre, en me précisant que cela coûtait cher à l’entreprise, explique-t-il. Il m’a donné rendez-vous trois jours après pour me proposer un poste aménagé dans un bureau pour faire des fiches d’opérations standards. Je lui ai précisé que cela ne m’intéressait pas. J’ai vu le médecin du travail directement après, pour une reprise anticipée sur un poste aménagé. Ce dernier a alors appelé le chef d’atelier, car il ne voulait pas que je reprenne si tôt. Finalement, il m’a délivré un certificat d’aptitude avec réserves. Comme je ne pouvais pas conduire, j’ai demandé au chef d’atelier comment je pouvais faire. Il m’a dit que le taxi était trop cher et a proposé de rembourser le gas-oil de mon fils qui m’emmenait et me récupérait."

(JPEG)
La tôlerie d’une usine Renault

Pendant près de cinq mois, l’inspecteur du travail chargé de l’enquête accumule les témoignages. Le constat est accablant : "Il ressort des auditions qu’il existe un système de pressions contraire aux droits fondamentaux des salariés, reposant principalement sur la hiérarchie de proximité, mais qui semble résulter en grande partie des objectifs fixés par la direction de l’établissement", estime l’inspecteur dans sa lettre. Celle-ci fait même référence à un formulaire dit de "refus de déclaration d’accident du travail par l’intéressé", plus connu dans l’entreprise sous le sigle "RATI". La direction de Renault affirme qu’il "n’existe pas de système organisé". Comment expliquer, alors, l’accumulation des témoignages ? "Nous voulons nous laisser du temps pour étudier chaque cas pour savoir s’il y a pu avoir des dérives ici ou là", répond-t-on chez le constructeur. Dans un document présenté, le 25 mai 2007, en comité de direction, dont Le Monde s’est procuré une copie, des consignes avaient été préconisées, afin d’"éviter que des accidents bénins ne donnent lieu à des arrêts", et de "réagir en cas d’arrêt manifestement abusif". L’une des préconisations prévoit notamment que si un salarié accepte de prendre un poste adapté à son incapacité de travail, les trois premiers jours ouvrés de l’arrêt "ne seront pas dénombrés dans les jours d’arrêt au plan des statistiques d’accidentabilité", ceci en toute illégalité, comme le confirme un inspecteur du travail.

(JPEG)
Un ouvrier dans une usine Renault

Au coeur de cette logique, la réalisation d’économies substantielles. Il s’agit de minorer les statistiques d’arrêt, afin de contenir les cotisations au régime de la branche accident du travail et maladie professionnelle de la Sécurité sociale. Entre assumer un arrêt et payer un salarié dans un poste "adapté", même peu productif, le coût pour l’entreprise n’est pas le même : le rapport va de 1 à 1,4. Les sommes en jeu sont considérables : en 2006, l’usine de Cléon a payé 2,56 millions d’euros au titre de ses cotisations pour les accidents du travail. Pour le salarié, les effets sont doubles. Sur le plan médical, renoncer à un arrêt de travail peut avoir de lourdes conséquences en cas de séquelles. S’il n’y a pas de traces de cet arrêt, l’assurance maladie peut refuser une nouvelle prise en charge. Moins mesurables sont les conséquences psychologiques : "Quand on ne peut pas dire "non" du fait de pressions, on est à l’évidence en présence de situations qui peuvent engendrer de la souffrance au travail", explique un expert des relations du travail. Mais cela n’est pas quantifiable.

(JPEG)
Le montage dans une usine Renault

Suicide d’un technicien de maintenance de âgé de 48 ans

La direction de Renault a annoncé, mercredi 26 septembre, lors d’un comité d’entreprise du site d’Aubevoye, le suicide d’un salarié. Il s’agit d’un technicien de maintenance âgé de 48 ans, père de trois enfants, qui s’est donné la mort, le 24 septembre, alors qu’il avait été arrêté pour maladie le 6 septembre. La direction n’a pas précisé les circonstances du suicide. Le sujet a été abordé lors d’un conseil d’administration du groupe qui s’est tenu mercredi 26 septembre 2007. Trois salariés du Technocentre de Guyancourt se sont donné la mort, entre octobre 2006 et février 2007.

Stéphane LAUER

(JPEG)
Des ouvriers à l’usine Renault de Blainville-Sur-Orne


VOIR EN LIGNE :

AUTEUR :
-Stéphane LAUER

afficher une version imprimable de cet article envoyez cet article à un ami

DANS LA MEME RUBRIQUE :
-France : Critiques autour d’un projet de loi sur la sécurité
-France : Flic dans le 93
-France : Qu’a fait la police à Tarnac ?
-France : Un jeune voleur tué par des vigiles dans un supermarché Carrefour de Lyon
-France : Le Conseil constitutionnel annule la taxe carbone
-France : Le Parquet abandonne les poursuites contre Julien Dray
-France : L’usine à mensonges Sarkozy
-France : La gestion des SDF est coûteuse et inefficace
-France : Hausse des actes antisémites
-France : Eric Besson, le champion de « l’identité nationale »
-France : Discrimination
-France : Le juge antiterroriste s’accroche au témoin sous X
-France : Vingt chercheurs demandent "la suppression du ministère de l’Identité nationale"
-France : Le surdoué du n’importe quoi
-France : Dixième mise en examen dans l’affaire de Tarnac
-France : Le faux témoin manipulé par la sous-direction antiterroriste
-France : Les derniers secrets de Jean-Louis Bruguière
-France : Immunité renforcée pour l’aide aux sans-papiers
-France : L’Etat est condamné en appel pour les conditions de détention en prison
-France : Un gouvernement de menteurs qui sombre dans le ridicule
-France : Plaintes de détenus
-France : Le 1 % logement, bétonnière à scandales
-France : Accusé à tort de terrorisme, il est passé à côté de quinze ans de sa vie
-France : Expulser un immigré clandestin coûte deux fois plus cher que de le maintenir dans le pays
-France : La Cimade dénonce « l’industrialisation » des centres de rétention
-France : Human Rights Watch dénonce le traitement des enfants étrangers retenus dans la zone d’attente de l’aéroport
-France : Les futures frégates coûteront 32 % plus cher que prévu
-France : Les protections d’un génocidaire rwandais
-France : Trois Afghans renvoyés dans leur pays en guerre
-France : Des millions d’euros détournés des caisses d’associations
-France : Martine Aubry interpelle Nicolas Sarkozy sur le "charter" vers Kaboul
-France : Le Secrétaire d’État invente la solution de logement durable qui ne dure qu’un mois
-France : Un arrêt de la justice européenne remet en cause l’absence d’avocat pour les personnes en garde à vue dans certaines affaires
-France : Pourquoi il faut abroger la loi Gayssot
-France : Une semaine après la fin de la "jungle", les migrants sont déjà de retour à Calais
-France : Une tempête dans un verre d’eau
-France : Les dangereuses pratiques des aiguilleurs du ciel
-France : La "jungle" a été démantelée à Calais
-France : Les conditions de vie des immigrés clandestins
-France : Une modification de loi empêche de dissoudre une secte pour escroquerie
-France : Le Rafale sera le dernier avion de combat de Dassault
-France : Une enquête met en doute la version policière d’un décès en garde à vue
-France : L’UMP et Michel Rocard dénoncent un faux débat sur la taxe carbone
-France : Paul Girot de Langlade s’en prend à Brice Hortefeux
-France : Des règles restrictives pour les bonus dans les banques
-France : Trois nouvelles caches de l’ETA découvertes
-France : Intermarché fait étalage de sa mise en scène
-France : Louis Albrand critique les mesures décidées par Michèle Alliot-Marie pour prévenir les suicides en prison
-France : Les anciens combattants étrangers spoliés par l’Etat
-France : Michèle Alliot-Marie exige un rapport sur les suicides en prison



Accueil

éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source