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samedi 25 février 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Irak (3ème partie) : Du 1er avril 2004 au 15 avril 2004
Reuters, 9 avril 2004

Irak : Crimes de guerre américains à Fallujah


BAGDAD (Reuters) - Pour le premier anniversaire de la chute de Saddam Hussein, le chaos régnait, vendredi 9 avril 2004, en Irak, où des insurgés sunnites et chiites affrontaient les forces américaines et retenaient en otages des ressortissants étrangers, dont trois Japonais menacés de mort.


Les violents combats qui ont secoué les villes de Falloudja et de Ramadi ont atteint les faubourgs ouest de Bagdad. Des rebelles y ont attaqué un convoi de carburant américain, faisant au moins neuf morts, et ont dit avoir capturé quatre Italiens et deux Américains.

Un journaliste de Reuters présent sur les lieux de l’attaque a vu deux étrangers détenus dans une mosquée de village dans le secteur d’Abou-Ghraib. L’un était blessé à l’épaule et tous deux sanglotaient. A l’endroit même de l’attaque, un étranger mort gisait sur la route et un Irakien frappait sa tête ensanglantée.

A Rome, le ministère italien des Affaires étrangères a annoncé qu’aucun des soldats et civils irakiens présents en Irak ne manquait à l’appel. Mais il a dit vérifier si des Italiens ne se trouvaient pas en Irak à son insu.

De jeunes combattants armés de grenades RPG et de fusils étaient postés sur des ponts ou dans des parkings désaffectés près de la route qui conduit vers la ville assiégée de Falloudja, au coeur du "triangle sunnite".

L’administrateur américain Paul Bremer a annoncé que les forces américaines avaient unilatéralement suspendu à midi les opérations à Falloudja pour faciliter l’envoi de secours et tenter d’engager des pourparlers avec les insurgés.

Les combats de cette semaine, qui ont englobé le Sud à dominante chiite aussi bien que les bastions sunnites du centre, ont mis en évidence tout ce qui séparait les Etats-Unis d’une "sécurisation" de l’Irak, où le régime de Saddam a été renversé le 9 avril 2003.

Après douze mois de violences qui retardent les tâches de reconstruction et le redémarrage des exportations de pétrole censées les financer, les Irakiens traumatisés par 35 années de dictature baasiste contemplent un avenir toujours incertain.

Jack Straw : "Le couvercle a sauté"

Depuis dimanche 4 avril 2004, au moins 51 soldats américains et alliés et des centaines d’Irakiens ont été tués lors d’accrochages. Les rues de Bagdad étaient quasiment désertées, vendredi 9 avril 2004, nombre d’habitants redoutant de nouvelles flambées de violence.

Au moins deux soldats américains et un civil, chauffeur de camion, ont été tués, vendredi 9 avril 2004. Trois autres marines avaient trouvé la mort la veille à l’ouest de Bagdad.

Le Foreign office a par ailleurs annoncé qu’un Britannique employé comme agent de sécurité par une société américaine avait été tué en Irak.

Selon le Pentagone, depuis la chute de Saddam Hussein, au moins 455 soldats américains ont trouvé la mort au combat.

"L’Amérique est le grand diable, la Grande-Bretagne et Blair sont les petits démons", a déclaré un prédicateur à la mosquée Oum al Koura de Bagdad devant une assemblée en colère. Exprimant une hostilité croissante au monde extérieur, un membre de l’assistance a lancé : "Quand nous recevrons l’ordre du djihad (guerre sainte), aucun étranger ne sera en sécurité en Irak."

A Londres, le secrétaire au Foreign Office Jack Straw a reconnu vendredi que la situation qui prévaut en Irak était "la plus grave" à laquelle aient dû faire face les forces de la coalition depuis le renversement de Saddam.

"Le couvercle de la marmite a sauté", a dit Jack Straw à la BBC. "Il ne fait aucun doute que la situation actuelle est très grave, c’est la plus grave que nous ayons affrontée."

Des troupes américaines ont repris la ville de Kout, dans l’est du pays, d’où des soldats ukrainiens s’étaient retirés il y a deux jours après des affrontements avec l’"Armée de Mehdi", la milice du jeune imam chiite Moktada Sadr qui a déclenché un soulèvement à travers le Sud cette semaine.

Crimes de guerre à Falloudjah

Bremer a annoncé le cessez-le-feu à Falloudja après cinq jours de combats de rue meurtriers. Le directeur du principal hôtel de la ville a fait état de 450 morts et d’un millier de blessés côté irakien. Les Marines avaient lancé ce week-end l’"Opération détermination de fer" après le lynchage sur place de quatre employés américains le 31 mars.

La férocité de l’assaut des Marines contre Falloudja a mécontenté des Irakiens coopérant avec l’administration de Bremer. "Nous assistons à la liquidation de toute la ville", a ainsi déclaré un membre du Conseil intérimaire de gouvernement irakien, Ghazi Adjil Iawar, à la chaîne Al Djazira.

Otages et troupes

Paul Bremer n’a pas précisé combien de temps durerait le cessez-le-feu, mais un responsable irakien a parlé de 24 heures.

Des incidents ont éclaté, après les prières du vendredi 9 avril 2004, dans la ville mixte (chiite-sunnite) de Bakouba, au nord de Bagdad, où des insurgés ont attaqué des bâtiments et affronté des soldats américains, ont rapporté des témoins.

Des coups de feu ont également fait suite à une manifestation à Mossoul, dans le Nord, selon des témoins.

Dans la nuit, quinze Irakiens ont été tués lors de combats entre soldats polonais et bulgares avec des partisans de l’imam Moqtada al Sadr à Kerbala, où des dizaines de milliers de pèlerins affluent pour la fête religieuse de l’Arbain. La milice chiite contrôle toujours la ville de Nadjaf, où Moqtada al Sadr passe pour se retrancher.

A Bagdad, de nouvelles barrières bloquaient les rues entourant la place où la statue de Saddam fut déboulonnée l’an dernier par des Marines et des Irakiens. Des haut-parleurs engageaient les habitants à se tenir à l’écart, dans le souci apparent de prévenir des manifestations contre l’occupation américaine à l’occasion de l’anniversaire.

Des portraits de Sadr ont orné un moment une sculpture érigée sur le socle où se dressait auparavant la statue du "raïs". Un soldat américain muni d’une échelle a retiré les images du jeune imam chiite.

Non loin de là, un obus de mortier a explosé en fin d’après-midi près de l’hôtel Sheraton, sans faire de victimes.

Dans certains pays alliés de Washington, l’aggravation des combats et des prises d’otages alimente un débat sur le maintien ou non de leurs troupes en Irak.

Le Premier ministre Junichiro Koizumi a déclaré que le Japon ne comptait pas retirer son contingent bien qu’une organisation irakienne inconnue, les Brigades de moudjahidine (Saraya al Moudjahidine), ait menacé de "brûler vifs" trois Japonais si Tokyo ne retirait pas ses 550 soldats d’Irak d’ici trois jours.

Parmi les victimes d’autres enlèvements figurent deux Palestiniens portant des cartes d’identité israéliennes. Le président Yasser Arafat a demandé leur libération. Un Britannique a été enlevé à Nassiriah, dans le sud de l’Irak, et un employé humanitaire canadien kidnappé en un lieu indéterminé.

Alistair LYON

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