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17 décembre 2007

Histoire : La condition des esclaves au Suriname

par Richard PRICE


Vue de Paramaribo vers 1710

Vers 1710, J. D. Herlein, un visiteur hollandais à Paramaribo, en Guyane hollandaise, a rapporté qu’un esclave fugitif avait été repris par les autorités. Sa sentence, dont la Cour voulait qu’elle serve d’exemple aux autres, était d’être dépecé vivant et les parties de son cadavre jetées à la rivière. J. D. Herlein a assisté à l’exécution. « Il a été couché sur le sol, sa tête appuyée sur une longue poutre. Le premier coup qu’il a reçu, sur l’abdomen, lui a fait éclater la vessie,sans qu’il émette le moindre son. Il a tenté de parer de la main le second coup, donné avec une hache, mais il s’est fait entailler la main et le haut du ventre, à nouveau sans émettre un son. Les esclaves assistant à l’exécution, hommes et femmes, se sont mis à rire entre eux, se disant : « Ca, c’est un homme ! » Finalement, le troisième coup, dans le torse, l’a tué. Sa tête a été coupée et le corps, découpé en quatre morceaux, a ensuite jetés à la rivière.

Suriname


J. D. Herlein a clairement expliqué que la cruauté de cette sentence n’était pas anormale : « Si un esclave s’évade dans la forêt et qu’il est repris quelques semaines plus tard, la première fois ses tendons d’Achille sont tranchés et retirés. La seconde fois, l’esclave est amputé de la jambe droite. J’ai été moi-même témoin de plusieurs esclaves punis ainsi ».

L’exécution d’un esclave en 1793

Comme dans d’autres capitales des colonies à plantations du Nouveau Monde, maintenir l’ordre parmi la masse des travailleurs esclaves était une préoccupation fondamentale. Dans une société esclavagiste idéale, l’hégémonie des planteurs laissait peu d’espace aux réponses ou aux manœuvres des esclaves et les exécutions publiques dramatiques -un véritable théâtre d’horreurs- jouaient un rôle central dans ce but. Mais les victimes, dans les colonies, contrairement aux condamnés dans les métropoles, refusaient généralement de jouer le rôle qui leur avait été assigné et brocardaient le système jusqu’à leur dernier soupir, affichant leur individualité et leur résistance.

Une esclave condamnée à subir deux cents coups de fouet, puis à être enchaînée à un poids d’au moins cent livres, parce qu’elle n’avait pas réussi à accomplir le travail qui lui avait été assigné

Dans cet exercice d’un pouvoir totalitaire, la peine capitale constitue un cas limite, mais elle permet de sonder la capacité ultime de l’opprimé de répondre, résister et créer. Un examen de la manière dont les esclaves condamnés sont allés à la mort est révélateur des limites du pouvoir des planteurs et de l’esprit qui permettait aux esclaves de créer, dans les limites dont ils disposaient, un monde à eux qui n’a pas seulement influencé chaque aspect de la vie de leurs descendants, mais également celle des descendants de leurs oppresseurs.

Un esclave condamné à être pendu par les côtes. Il a survécu pendant trois jours avant de mourir

A l’époque de la visite de J. D. Herlein, Paramaribo était une petite ville agitée servant de centre administratif et commercial aux plantations de canne à sucre en rapide expansion dans le Nord de l’Amérique du Sud. Nommée d’après le village indigène qui avait occupé le site, dix kilomètres en amont de l’embouchure du fleuve Suriname dans l’océan Atlantique, Paramaribo était dominée par un fort en bois. Le premier fort et la ville elle-même ont été fondés peu après 1650, quand Frances Lord Willoughby of Parham envoya une expédition depuis Barbados pour établir une colonie britannique qui a perduré jusqu’au traité de Breda, en 1667, par lequel les Britanniques ont échangé avec les Hollandais le Suriname contre New York.

Richard PRICE (traduit par Frank BRUNNER)

Vue de Paramaribo en 1750

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source