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Reuters, 5 janvier 2008

Guinée : Appel à la grève générale

par Saliou SAMB, Gwénaelle BARZIC et Guy KERIVEL


Vue de Conakry

CONAKRY (Reuters) - Le limogeage du ministre de l’Information guinéen par le président, Lansana Conté, a provoqué des manifestations, et la puissante Confédération nationale des travailleurs guinéens (CNTG) a lancé un appel à une grève générale illimitée à compter du 10 janvier 2008.

Guinée


Rognant déjà sur les prérogatives de son Premier ministre, Lansana Conté avait signé, le 5 décembre 2007, un décret réattribuant le contrôle du gouvernement au secrétaire général de la présidence, Sam Mamadi Soumah, un fidèle du président. Un décret présidentiel, publié jeudi 3 janvier 2008 au soir, a fait état du remplacement du porte-parole du gouvernement et ministre de l’Information, Justin Morel Junior. Ce dernier avait lu, la veille, à la télévision nationale, une déclaration du Premier ministre, Lansana Kouyaté, dans laquelle il qualifiait de "faux" le discours de voeux du président Conté. Dans ce discours, diffusé par l’agence de presse officielle guinéenne, Lansana Conté critiquait le bilan de Lansana Kouyaté concernant la lutte contre la corruption et l’inflation depuis son entrée en fonctions. Le Premier ministre a affirmé, dans sa déclaration, que le discours présidentiel était l’oeuvre de "certains éléments opposés au changement". Il a précisé avoir évoqué cette affaire avec le président Conté, qui lui a réaffirmé sa totale confiance. Le directeur de l’agence de presse officielle a cependant déclaré à Reuters avoir reçu directement le discours de voeux du service de presse de la présidence. Selon une source policière, Lansana Kouyaté a été convoqué en urgence au palais présidentiel après la diffusion de sa déclaration. "M. Issa Conde, précédemment directeur de l’Agence de presse guinéenne, est nommé ministre de la Communication et des Nouvelles Technologies", indique le décret présidentiel publié jeudi 3 janvier 2008 au soir.

Justin Morel Junior

Après une réunion d’urgence, vendredi 4 janvier 2008, le gouvernement de Lansana Kouyaté a proposé que le Premier ministre négocie avec les syndicats et le président, qui dirige le pays d’une main de fer depuis le coup d’Etat militaire qui l’a porté au pouvoir en 1984. "Le gouvernement recommande que le Premier ministre rencontre (les représentants de) la société civile, les institutions de la République et le chef de l’Etat afin que les meilleures décisions soient prises pour apaiser les troubles causés par le limogeage du ministre de la Communication", a déclaré le porte-parole du gouvernement, Saidou Diallo, à la télévision. Le limogeage de Justin Morel Junior peut être considéré comme une nouvelle remise en cause de l’autorité de Lansana Kouyaté, qui a le droit de nommer et de révoquer les membres de son gouvernement aux termes de l’accord conclu en 2007. "Si Kouyaté n’a pas donné son accord au limogeage de Junior, il se retrouve dos au mur", estime l’analyste politique Madani Dia. "Cela marquerait un précédent dans ses relations avec Conté et sa seule option serait de démissionner", ajoute-t-il.

Lansana Kouyaté

Manifestants et syndicats accusent le chef de l’Etat de violer les accords de partage du pouvoir qui ont mis fin à de sanglantes manifestations, en 2007, dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, premier exportateur mondial de bauxite. "Nous envoyons maintenant un avis de grève pour le 10 janvier (...) Nous allons déclencher une grève générale illimitée pour amener le gouvernement à respecter les accords", a déclaré Rabiatou Serah Dialo, secrétaire général de la CNTG, lors d’une conférence de presse. "On dirait qu’il y a des gens qui veulent encore que du sang guinéen soit versé", a-t-il ajouté. Les syndicats jugent que le limogeage du ministre de l’Information par le président est un véritable affront fait à l’autorité du Premier ministre, Lansana Kouyate, nommé après des émeutes antigouvernementales qui ont plus de 130 morts en janvier 2007. Des manifestants ont brûlé des pneus et dressé des barricades dans les rues de la capitale, Conakry, pour dénoncer le limogeage du ministre. "Nous n’allons pas accepter ce décret", a déclaré un manifestant. "Le président n’a pas le droit de limoger un ministre sans consulter le Premier ministre." Selon des témoins, de la fumée noire s’élevait au-dessus d’un quartier de Conakry et certains commerces ont fermé. Des jeunes arpentaient les rues en brandissant des pierres et des bâtons. Des soldats ont pris position aux principaux carrefours. A Kankan, un fief de l’opposition, à 600 km à l’est de Conakry, des manifestants ont forcé des magasins à fermer. A Nzerekore, dans le sud-est du pays, les rues étaient désertes et les banques et les bureaux sont restés fermés.

Saliou SAMB, Gwénaelle BARZIC et Guy KERIVEL

Lansana Conté

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