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Le Monde, 13 janvier 2008

Corruption : L’ONU s’inquiète du niveau des fraudes dans ses missions de maintien de la paix

par Philippe BOLOPION


Vue du siège de l’ONU, à New York

Plus de deux ans après la fin de l’enquête sur son programme "Pétrole contre nourriture", en Irak, l’ONU n’en a pas fini avec les "affaires". Le Bureau des services de contrôle interne (BSCI) de l’organisation enquête toujours sur 290 dossiers suspects qui, dans les deux tiers des cas, sont liés aux missions de maintien de la paix déployées à travers le monde. "Nous ne nous attendions pas à découvrir un tel niveau de fraude, de corruption et de mauvaise gestion", a déclaré, jeudi 10 janvier 2008, Inga-Britt Ahlenius, secrétaire générale adjointe de l’ONU, en charge du Bureau des services de contrôle interne.

Inga-Britt Ahlenius


Dans plus de la moitié des cas, selon l’ONU, de grandes firmes multinationales sont mises en cause. Un groupe de travail spécialisé du Bureau des services de contrôle interne, dirigé par Robert Appleton, un ancien procureur fédéral américain, a examiné des contrats douteux, d’un montant de 1,4 milliard de dollars, conclus entre 2001 et 2007. Il a pu établir qu’une trentaine de ces contrats, d’un montant de 610 millions de dollars, étaient entachés de fraude et de corruption. Près de 25 millions de dollars ont également été détournés. L’ONU est-elle corrompue ? Selon le Bureau des services de contrôle interne, les contrats frauduleux restent minoritaires. "La vaste majorité des employés de l’ONU sont très dévoués à leur organisation", a déclaré Inga-Britt Ahlenius, rejetant la faute sur quelques "brebis galeuses". "Je ne dirais pas que la fraude et la corruption sont omniprésentes dans toutes les missions de l’ONU mais, si l’on examine aussi les violations des règles, les gaspillages et la mauvaise gestion, il y a des problèmes très sérieux", explique Robert Appleton.

Un blindé de l’ONU à Kinshasa, en République démocratique du Congo, le 22 mars 2007

Les opérations de maintien de la paix de l’ONU emploient plus de 100000 personnes, déployées dans 20 missions, pour un coût estimé de près de 7 milliards de dollars. "Quand on gère une population de cette taille dans un environnement aussi incertain, quelques individus cherchent malheureusement à en profiter", explique Jean-Marie Guéhenno, chef des opérations de maintien de la paix. "C’est inacceptable", poursuit-il, affirmant que l’ONU a fait de "grands progrès" pour punir les fautifs, mais admettant qu’elle doit "faire plus". En termes d’image, le dommage pour l’ONU est difficile à quantifier. L’organisation enquête déjà sur 80 affaires d’exploitation sexuelle impliquant des casques bleus.

Paul Volcker

Le rapport de Paul Volcker (ancien patron de la Réserve fédérale américaine) sur l’affaire "Pétrole contre nourriture", qui avait révélé la corruption d’une poignée de fonctionnaires et des détournements massifs, a aussi laissé des traces. A la suite du rapport, l’un des responsables du service des achats de l’ONU, Alexander Yakovlev, avait plaidé coupable, en 2005, après avoir reçu près d’un million de dollars de pots-de-vin. L’ONU avait suspendu huit fonctionnaires et créé l’équipe spéciale de Robert Appleton, un ancien de la commission Volcker, qui a notamment permis, en juin 2007, de faire inculper Sanjaya Bahel, un fonctionnaire accusé d’avoir favorisé une entreprise d’Etat indienne dans l’attribution de 100 millions de dollars de marchés. Selon une enquête du Washington Post du 18 décembre 2007, ces derniers mois, dix responsables du service des achats de l’ONU ont été accusés de fraude ou de corruption. Un rapport confidentiel affirme, selon le journal, que la branche de ce service en République démocratique du Congo fait l’objet d’une "corruption largement répandue et intrinsèque". A la demande de l’Assemblée générale de l’ONU, le Bureau des services de contrôle interne examine par ailleurs un contrat de 250 millions de dollars accordé sans appel d’offres à l’entreprise américaine Lockheed Martin pour la construction de cinq bases au Darfour.

Philippe BOLOPION

Sanjaya Bahel

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