retour article original

jeudi 30 octobre 2014
Vous êtes ici Accueil Sciences Cosmos
Le Figaro, 27 janvier 2008

Sciences : Des liens de parenté étonnants entre comètes et météorites

Suivi d’un commentaire

par Marc MENNESSIER


Une comète

L’analyse des grains de comète rapportés par la sonde Stardust prouve l’origine solaire de ces bolides célestes.

Une comète


Les comètes, ces astres chevelus qui fascinent les hommes depuis la nuit des temps, ne sont finalement pas si exotiques qu’on l’imaginait. Dans un article paru, le 26 janvier 2008, dans la revue américaine Science, une équipe internationale de chercheurs révèle que leur composition est en effet très proche de celles des météorites provenant de la ceinture d’astéroïdes située entre Mars et Jupiter. Autrement dit, loin d’être des « aliens » issus des profondeurs de l’espace interstellaire, ces bolides se sont formés à l’intérieur de notre système planétaire, vraisemblablement près du Soleil.

La ceinture d’astéroïdes du système solaire

La chercheuse californienne Hope Ishii, du Lawrence Livermore National Laboratory, et ses collègues sont arrivés à cette conclusion en analysant les poussières de la comète Wild 2 ramenées sur Terre, il y a deux ans, par la mission américaine Stardust. Ces grains de quelques microns, provenant de la queue de Wild 2 avaient été prélevés, en janvier 2004, au moyen d’un panneau de gel de silice installé sur la sonde. Cette comète passant le plus clair de son temps aux confins du système solaire, dans des régions très froides, les chercheurs s’attendaient à y trouver des matériaux présolaires (datant d’avant la naissance de notre étoile) qui n’auraient pas été altérés par la chaleur du Soleil autour duquel Wild 2 n’a fait, en tout et pour tout, que cinq passages. Il s’agit de silicates amorphes et d’enstatite, des minéraux abondants dans les particules de poussières interplanétaires collectées depuis une quarantaine d’années dans la stratosphère terrestre ou sur la glace des pôles. Or, à leur grande surprise, les auteurs de la publication n’en ont retrouvé nulle trace dans les échantillons de Stardust. En revanche, ils ont recensé quantité de minéraux (mélilite, anorthite, obsornite, notamment) formés à l’intérieur du système solaire et présents dans presque toutes les météorites chondritiques issues de la ceinture d’astéroïdes. « Les distinctions entre comètes et météorites ne sont pas nettement tranchées. Il y a un continuum entre elles », souligne Hope Ishii.

Une météorite

Mais si des liens étroits de parenté existent entre ces deux catégories d’objets célestes, il serait imprudent de les confondre. Comme l’explique François Robert, chercheur du CNRS au Muséum national d’histoire naturelle et coordonnateur français des recherches sur Stardust, « les comètes, à la différence des météorites, n’ont jamais renfermé d’eau, car elles ne contiennent pas d’argiles ». Lesquelles sont un marqueur du précieux liquide. Prochaine étape : l’analyse isotopique de l’échantillon de Wild 2 permettra d’affiner les différences de composition entre la Terre, les comètes et les météorites carbonées, lesquelles pourraient avoir ensemencé la Terre en eau et en composés organiques à l’origine de la vie.

Marc MENNESSIER

Une météorite

Commentaire

Laurent Pagani, directeur adjoint du Laboratoire d’Etude du Rayonnement et de la Matière en Astrophysique (LERMA) à l’Observatoire de Paris, nous signale une erreur dans l’article qu’on vient de lire : "les comètes, à la différence des météorites, n’ont jamais renfermé d’eau, car elles ne contiennent pas d’argiles". "Sachant qu’une comète c’est à peu près 80 % d’eau, c’est une affirmation un peu osée...", écrit Laurent Pagani. "Il n’est pas impossible que M. Mennessier voulait dire quelque chose à propos des grains de poussières dans les comètes d’après François Robert et que c’est (très) mal exprimé."

Frank BRUNNER

AUTEURS 

  • Marc MENNESSIER

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source