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vendredi 26 mai 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Irak (3ème partie) : Du 1er avril 2004 au 15 avril 2004
Le Monde, AFP, Reuters, 12 avril 2004

Irak : le gouvernement des Etats-Unis prisonnier de sa logique de fuite en avant

Suivi d’un commentaire


Le commandement central américain a annoncé son intention de capturer "mort ou vif" l’imam chiite Moqtada Al-Sadr, dont les partisans se sont soulevés au début du mois contre les forces de la coalition.


Nouvelles disparitions. Malgré la libération de sept Chinois, pris en otages dimanche 11 avril, les enlèvements d’étrangers semblaient rester, lundi 12 avril 2004, une des tactiques privilégiées par la guérilla irakienne.

Deux Tchèques, employés de la télévision publique tchèque CT, ont été enlevés dimanche 11 avril 2004, au nord de Bagdad, a annoncé la compagnie des taxis, qui devait les conduire en Jordanie.

A Washington, le général Ricardo Sanchez, commandant des forces terrestres de la coalition en Irak, a annoncé que deux soldats et sept employés américains de la société Halliburton étaient portés disparus. Les deux soldats sont portés disparus à la suite d’une attaque contre un convoi à l’ouest de Bagdad, vendredi 9 avril 2004.

Par ailleurs, si un Britannique a été relâché, dimanche 11 avril 2004, trois Japonais et un Américain sont toujours aux mains de leurs ravisseurs tandis que les négociations se poursuivaient pour la libération d’un Canadien. On demeurait sans nouvelle d’un Arabe israélien.

La crise des otages japonais, menacés de mort, était toujours dans l’impasse à son cinquième jour.

Lundi 12 avril 2004, un diplomate japonais a indiqué à Amman qu’il n’y avait "aucun progrès" dans les négociations visant à faire libérer ces otages, alors que l’ultimatum de 15 heures, heure de Paris, fixé par les ravisseurs, a expiré.

Les ravisseurs avaient menacé, dimanche 11 avril 2004, d’exécuter un premier otage à l’expiration de l’ultimatum si Tokyo ne retirait pas ses troupes d’Irak et n’envoyait pas un émissaire à Fallouja, assiégée par les troupes américaines.

Un chef tribal, Mezher Doulaïmi, qui se présente comme un médiateur, a toutefois affirmé, lundi 12 avril 2004, que les ravisseurs avaient accepté de ne pas tuer les otages l’échéance atteinte.

Le premier ministre japonais, Junichiro Koizumi, qui a répété, lundi 12 avril 2004, qu’il ne rappellerait pas les quelque 550 soldats nippons déployés en Irak, a demandé l’aide de son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, en visite à Tokyo, pour obtenir la libération des otages japonais.

Trêve fragile à Fallouja. Dans le "triangle sunnite", à l’ouest de Bagdad, un calme précaire a prévalu, lundi 12 avril 2004, dans Fallouja, où des combats d’une rare intensité depuis le renversement du régime de Saddam Hussein, il y a un an, ont opposé la semaine dernière les marines aux insurgés sunnites.

Le cessez-le-feu, instauré dimanche 11 avril, a été prolongé jusqu’à lundi 12 avril 2004 dans la nuit, toutefois la guérilla irakienne a menacé de rompre la trêve si les tireurs d’élite des marines ne se retiraient pas de la ville.

Les forces de la coalition connaissent par ailleurs un répit sur le front de la rébellion chiite : la milice de l’imam Moqtada Al-Sadr a décidé de suspendre ses attaques de samedi 10 avril à lundi 12 avril 2004, en raison de la grande cérémonie religieuse de l’Arbaïn, célébrée à Kerbala, ville sainte des chiites.

Le centre de commandement américain (Centcom) de même que l’Autorité provisoire de la coalition (CPA) ont toutefois opposé un démenti catégorique aux informations faisant état de pourparlers en cours entre émissaires des Etats-Unis et le chef radical Al-Sadr. "La mission des forces américaines est de tuer ou de faire prisonnier Moqtada Al-Sadr", a déclaré lors d’une conférence de presse le général américain Ricardo Sanchez.

Le général John Abizaid, commandant le Centcom, a toutefois indiqué que le soulèvement chiite pourrait être réglé par le biais d’une "solution propre aux Irakiens".

Les combats et les violences se sont poursuivis dans d’autres régions.

A Bagdad, où deux fortes explosions avaient été entendues, lundi 12 avril 2004 au matin, des chars et des véhicules blindés des forces américaines ont pris position autour de l’université Mustansiriya, où les étudiants armés qui se trouvent sur le campus ont été invités à se rendre.

Dans le nord du pays, un policier a été tué et quatre civils ont été blessés à Kirkouk par la chute de deux obus de mortier près d’un poste de contrôle, toujours selon la police.

Avec AFP et Reuters

Commentaire

La malhonnêteté intellectuelle des dirigeants américains semble décidément sans limites.

D’un côté, le gouvernement des Etats-Unis s’efforce de faire croire à la légitimité du Conseil de gouvernement transitoire irakien, alors que, de toute évidence, ses membres ne sont que des potiches que le gouvernement des Etats-Unis n’hésite pas à "démissionner" comme des domestiques.

Dans le même temps, alors que des dizaines de milliers d’Irakiens ont manifesté leur soutien à Moqtada Al Sadr, le gouvernement des Etats-Unis lui conteste une quelconque légitimité et affecte de croire qu’il ne représenterait qu’un groupuscule insignifiant, tandis que la masse des Irakiens, toujours selon le gouvernement des Etats-Unis, serait enchantée d’accueillir des soldats étrangers ne demandant qu’un prétexte pour se livrer à des massacres.

Le comportement des troupes d’occupation en Irak est tellement ignoble que même les authentiques terroristes en deviennent sympathiques par comparaison. On finit par trouver tout simplement logique que les opprimés recourent au terrorisme face au terrorisme d’Etat d’une nation totalitaire qui ne parle que de tuer quiconque s’oppose à sa politique néocolonialiste.

Jusqu’à preuve du contraire, Moqtada Al Sadr est dans son pays, en Irak. Ce pays est occupé par des troupes étrangères qui assassinent, torturent et emprisonnent la population. De ce fait, la révolte de Moqtada Al Sadr est absolument légitime, de même qu’est légitime la révolte du peuple irakien dans son ensemble.

En tuant Moqtada Al Sadr, non seulement les occupants ne mettront pas un terme à la résistance du peuple irakien -pas plus que l’assassinat d’Ahmed Yassine n’a mis un terme à la résistance palestinienne-, mais ils en feront un martyr, et donc un exemple à suivre pour tous les musulmans. Il se trouvera aussitôt cent ou mille successeurs à Moqtada Al Sadr.

On peut même s’attendre à ce que l’assassinat de Moqtada Al Sadr se traduise par une explosion de haine religieuse, car il apparaît de plus en plus clairement que le gouvernement des Etats-Unis fait la guerre à l’islam. En effet, tout musulman est a priori considéré comme "un terroriste", à moins de s’être laissé corrompre en faisant allégeance au gouvernement des Etats-Unis.

Par ailleurs, en proclamant publiquement son intention d’assassiner un patriote irakien, dont le seul "tort" est de résister à l’oppresssion étrangère, le gouvernement des Etats-Unis justifie, implicitement, l’assassinat des otages capturés par les résistants. En effet, on ne voit pas pourquoi les gouvernements israélien et américain jouiraient d’un monopole dans l’assassinat politique.

Le gouvernement des Etats-Unis proclame qu’il restituera la souveraineté aux Irakiens le 30 juin 2004, alors que ses agissements démontrent que cette souveraineté sera une pure fiction. Une hypocrisie supplémentaire. On ne voit pas de quelle souveraineté est censé jouir un gouvernement mis sous la botte des troupes d’occupation.

En réalité, ce qu’attend le gouvernement des Etats-Unis d’un gouvernement irakien soi-disant souverain, c’est que le gouvernement irakien se substitue au gouvernement américain pour opprimer, torturer et massacrer le peuple. De même qu’actuellement le gouvernement des Etats-Unis attend de la police et de l’armée irakiennes qu’elles tirent sur la foule sur son ordre.

Il ne fait aucun doute que la résistance du peuple irakien ne cessera de se renforcer, malgré les massacres des troupes d’occupation, qui se vantent de tuer dix Irakiens au moins pour chaque soldat étranger tué par les résistants.

Les Palestiniens résistent à l’oppression israélienne depuis cinquante ans. Ils ont vu se succéder, à la Maison Blanche, tous les présidents américains, depuis Harry Truman.

Les gouvernements de la coalition ne peuvent pas espérer poursuivre leur politique néocolonialiste en Irak pendant cinquante ans. Leurs propres électeurs les empêcheront de le faire. Ainsi, malgré la détermination qu’ils affichent, pour eux, la partie est perdue d’avance. Tôt ou tard, ils seront chassés d’Irak.

Par contre, à mesure que l’occupation militaire de l’Irak se prolongera et que les exactions des troupes d’occupation se multiplieront, des quantités de sympathisants, qu’ils soient ou non musulmans, voudront manifester leur solidarité en commettant des attentats contre les ressortissants des pays membres de la coalition. On peut s’attendre à ce que des milliers de groupuscules terroristes surgissent et agissent de manière absolument autonome. Là encore, quand un groupuscule aura été arrêté, dix autres lui succéderont.

Le gouvernement des Etats-Unis ne combat pas le terrorisme. Il le pratique et le suscite. De même, le gouvernement des Etats-Unis ne défend pas la démocratie. Il en est le pire ennemi.

Frank BRUNNER

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