TUNIS - Condamnés en première instance à de lourdes peines, dont deux à la peine capitale et huit à la prison à perpétuité, des salafistes jihadistes tunisiens ont clamé leur innocence, mardi 12 février 2008, devant la cour d’appel de Tunis, réfutant les accusations "sans fondement" retenues contre eux. Ils étaient jugés notamment pour "complot contre la sûreté intérieure de l’Etat, tentative de renverser le régime, appartenance à une organisation terroriste, assassinats et incitation de la population à s’entretuer".
Lors de cette quatrième audience du procès en appel, à laquelle assistaient deux diplomates, un Américain et un Européen, ainsi que des observateurs d’organisations internationales, la cour poursuivait l’interrogatoire des trente inculpés impliqués dans les affrontements armés qui ont ébranlé la Tunisie, fin décembre 2006 et début janvier 2007. Le bilan officiel de ces accrochages s’était établi à quatorze morts, dont un officier de l’armée, un agent de police et douze salafistes. Selon les autorités, le noyau dur du groupe, cinq Tunisiens et un Mauritanien, s’était infiltré, muni d’armes et d’explosifs, par la frontière algérienne, après avoir séjourné dans les maquis de l’ex-groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), devenu la branche d’Al-Qaïda au Maghreb islamique. Son émir, Lassaâd Sassi, un ancien d’Afghanistan et de Bosnie qui avait ensuite gagné l’Algérie, avait péri dans les affrontements.
Interrogés par le juge Manoubi Hamidane, la plupart des accusés ont déclaré qu’ils s’étaient retrouvés contre leur gré, voire à leur insu, dans la montagne parmi les éléments armés. Selon eux, ils fuyaient la police qui les harcelait, parce qu’ils portaient la barbe et fréquentaient les mosquées. "J’ai été jugé à cause de ma barbe. Je suis innocent. Je suis non pas à 100 %, mais à 1000 %, victime d’une injustice", a lancé Saber Ragoubi, âgé de 24 ans, condamné à mort en première instance. Selon lui, ses problèmes ont commencé quand il avait quitté son travail dans les hôtels, influencé par des "fatwas" (ordres religieux) de cheikhs intervenant sur les chaînes satellitaires arabes, qui interdisent de travailler dans de tels établissements, notamment parce qu’on y sert de l’alcool. Tout comme d’autres accusés, il a fait état de "tortures insupportables" subies dans les locaux de la sûreté de l’Etat. Il a également nié avoir contribué au financement de l’organisation "soldats d’Assad Ibn Fourat", du nom d’un chef de guerre arabe, telle que baptisée par Lassaâd Sassi. "Comment voulez-vous que je donne de l’argent, alors que je n’ai pas de quoi manger ?", a-t-il rétorqué au président de la cour. Mis en confiance par le juge qui les pressait de "dire la vérité dans leur intérêt", les accusés ont tantôt sollicité "la clémence" de la cour, tantôt réclamé leur acquittement. Le verdict devait être prononcé après les plaidoiries des quelque quarante avocats de la défense entamées dans l’après-midi.
Associated Press