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mardi 28 mars 2017
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Reuters, 27 février 2008

Cameroun : Violentes manifestations antigouvernementales

par Talla RUBEN, Tansa MUSA et Nicole DUPONT


Vue de Douala

DOUALA (Reuters) - Un jeune homme âgé de 23 ans a été abattu, mardi 26 février 2008, par la police, à Bafoussam, troisième ville du Cameroun, gagnée à son tour par de violentes manifestations antigouvernementales, a rapporté la radio nationale. La radio a précisé que l’homme tué faisait partie d’un groupe qui a contraint les commerçants de Bafoussam à fermer boutique pour soutenir une grève des chauffeurs de taxi contre la hausse du prix des carburants. "Il a été tué d’une balle dans la tête, lorsque la bande a attaqué et tenté de mettre le feu à un commissariat de police", a dit la radio. Sa mort porte à au moins six le nombre de personnes tuées en quatre jours de manifestations organisées pour dénoncer la hausse du coût de la vie et un projet de révision constitutionnelle destinée à permettre au président, Paul Biya, au pouvoir depuis un quart de siècle, de s’y maintenir. Selon certaines informations, le bilan pourrait être plus élevé.

Cameroun


Des manifestations de jeunes gens bloquant les routes à l’aide de pneus enflammés et affrontant la police ont aussi été signalées à Bamenda, Bangangte, Dschang, Kuba, Buea et Limbe. L’unique raffinerie de pétrole du Cameroun se trouve à Limbe, à 74 km à l’ouest de Douala. A Yaoundé, les chauffeurs de taxi ont intensifié leur action, déployant des piquets de grève devant les pompes à essence, afin d’empêcher les automobilistes de faire le plein, mais aucune violence n’a été signalée.

Scène d’émeute à Douala, le 25 février 2008

Les violences les plus graves ont été enregistrées à Douala, capitale économique du pays, où, selon un policier, quatre personnes au moins ont été tuées, lundi 25 février, lorsque des jeunes gens se sont mis à piller des magasins, ériger des barricades et affronter la police. Soldats et policiers patrouillaient, mardi 26 février, dans les rues de Douala, et des habitants ont signalé des affrontements entre jeunes gens et policiers dans certains quartiers de la ville, bastion de l’opposition au président Biya. Un salon d’exposition de Renault a été pillé et une dizaine de véhicules neufs ont été incendiés, ont rapporté des témoins. La police a abattu un manifestant au moins, lors d’une manifestation de l’opposition, au cours du week-end. La police et la gendarmerie n’ont fait aucun commentaire sur des informations non confirmées faisant état de trois autres morts à Douala. Des camions incendiés bloquaient toujours, mardi 26 février 2008, l’accès au port de Douala, perturbant l’activité de l’un des principaux ports de la côte occidentale africaine. "Lorsque nous sommes allés travailler, ce matin, nous avons découvert que de nouvelles barricades avaient été érigées avec des épaves de véhicules", a déclaré un douanier qui a requis l’anonymat. Il a ajouté que, en raison de la grève, aucun client n’était venu et l’activité était nulle. Le port de Douala assure un ravitaillement vital pour le Tchad et la République centrafricaine, pays enclavés. Il se charge aussi de l’exportation de cacao du Cameroun, quatrième producteur mondial, mais actuellement, ce n’est pas la saison des exportations.

Des policiers, à Douala, le 25 février 2008

Les incidents de cette semaine sont les pires depuis que Paul Biya a annoncé, il y a huit semaines, qu’il pourrait amender la Constitution afin de se maintenir au pouvoir après l’expiration de son mandat, en 2011.

Talla RUBEN, Tansa MUSA et Nicole DUPONT

Des émeutiers fuient devant la police, à Douala, le 25 février 2008

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  • Talla RUBEN, Tansa MUSA et Nicole DUPONT

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