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mercredi 24 mai 2017
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AFP, 6 mars 2008

Informations internationales : L’ONU s’inquiète du développement des biocarburants et ses conséquences sur les prix alimentaires

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BRUXELLES (AFP) - L’Agence de l’ONU chargée de la lutte contre la faim dans le monde a mis en garde l’Union européenne, jeudi 6 mars 2008, contre le danger des biocarburants, qui nourrissent la flambée des prix alimentaires, alors que les vingt-sept en ont fait un axe important de leur politique énergétique.


Dans le cadre de leur stratégie visant à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre d’au moins 20 % d’ici 2020 par rapport à 1990, les pays de l’Union européenne veulent que les biocarburants représentent au moins 10 % de la consommation totale d’essence et de gazole dans les transports européens. Lundi 3 mars 2008, lors d’une réunion, à Bruxelles, plusieurs ministres européens de l’Environnement ont exprimé leur inquiétude au sujet des biocarburants et de leurs conséquences environnementales et alimentaires, insistant sur la nécessité pour l’Union européenne de prendre des précautions. "La flambée des cours des denrées alimentaires est un problème majeur", avait ainsi insisté le Français Jean-Louis Borloo.

Jean-Louis Borloo

"Le changement d’orientation (de nombreux exploitants) en faveur de la production des biocarburants a détourné des terres de la chaîne alimentaire", a souligné la directrice le Programme alimentaire mondial (PAM), Josette Sheeran, lors d’une audition devant des députés européens, à Bruxelles. A cause de ce phénomène, "les prix alimentaires atteignent un tel niveau que celui de l’huile de palme en Afrique est désormais au niveau des prix du carburant", a-t-elle souligné. Elle a reconnu que l’envolée des prix des matières premières agricoles et des denrées alimentaires, ces derniers mois, était aussi en partie due à la spéculation sur les marchés, mais à ses yeux "des facteurs structurels sont un élément des prix que nous avons aujourd’hui". Elle faisait référence au choix fait par de nombreux pays industrialisés de développer les biocarburants, fabriqués à partir de matières premières agricoles, pour répondre à la hausse ininterrompue des prix des hydrocarbures. "C’est peut-être une très bonne affaire pour les agriculteurs, mais à court terme les plus pauvres sur la planète seront durement frappés", puisque les cultures destinées aux biocarburants tendent à remplacer celles destinées à l’alimentation humaine, a fait valoir la responsable du PAM.

Un entrepôt du PAM à Khartoum, au Soudan

En outre, la responsable du PAM a réaffirmé, jeudi 6 mars 2008, à Bruxelles, que la mission de son Agence était rendue beaucoup plus difficile par la flambée des prix des produits de base. "Les prix élevés de l’alimentation ont durement entamé la capacité du PAM à répondre à la faim" dans le monde, avec des coûts pour lui en hausse de 40 % depuis juin 2007, a-t-elle dit. Selon Josette Sheeran, ce phénomène alimente un nouveau type de carence alimentaire dans les pays pauvres, dont les habitants n’ont parfois plus les moyens d’acheter des denrées, même si celles-ci sont disponibles en quantité suffisante, ce qui cause "des troubles sociaux", en Afrique notamment. Le PAM a déjà prévenu que, faute de fonds supplémentaires cette année, il sera contraint soit de nourrir moins de gens soit de réduire les portions distribuées.

Josette Sheeran

La Commission européenne, qui verse aussi des dizaines de millions d’euros chaque année dans l’aide alimentaire aux pays pauvres, s’était déjà inquiétée, en début de semaine, de la flambée des prix agricoles, se disant prête à puiser dans ses réserves d’urgence pour ajuster son aide alimentaire mondiale aux besoins.

Agence France Presse

Des nomades Kuchi en Afghanistan

Commentaire

La logique interne du développement des biocarburants est clairement celle d’un problème fondamental, lequel, par des relations de cause à effet, provoque des cascades de problèmes secondaires et une situation de chaos grandissant. La cause fondamentale du phénomène est due au fait que la politique des biocarburants s’oppose à la logique interne de l’intérêt général. Elle est inadaptée à l’évolution de la réalité.

On rappellera que les relations de cause à effet déclenchées par un problème fondamental, à force de multiplier les problèmes secondaires, anéantissent l’environnement dont dépend le problème fondamental, lequel finit par s’anéantir avec cet environnement. C’est-à-dire que le problème fondamental obéit à une logique d’autodestruction. Un exemple frappant est celui de la tumeur cancéreuse, qui se met d’abord à proliférer, mais détruit l’organisme dont elle dépend et meurt avec lui.

Concrètement, cela signifie qu’il faut renoncer à la politique des biocarburants et revenir à une agriculture destinée à l’alimentation, avec des méthodes de production respectueuses de l’environnement.

Frank BRUNNER

Des agriculteurs dans le Sud du Niger

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