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dimanche 20 août 2017
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AFP, 7 mars 2008

Informations internationales : Un grand merci à Louise Arbour

par Denis ROUSSEAU


Scène de la guerre civile au Kosovo, en 1999

GENÈVE (AFP) - La Canadienne Louise Arbour, âgée de 61 ans, qui a annoncé, vendredi 7 mars 2008, qu’elle ne solliciterait pas de nouveau mandat de Haut commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, a bataillé pendant quatre ans face aux pressions et critiques parfois virulentes des Etats qu’elle mettait sur la sellette.

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Rien ne prédestinait Louise Arbour à un tel parcours lorsque, avocate francophone fraîchement admise au barreau du Québec, elle avait accepté, en 1971, un poste d’assistante juridique à la Cour suprême du Canada, à Ottawa, histoire d’aller perfectionner son anglais. C’est là qu’elle devait rencontrer son mari, Larry Taman, avec qui elle a eu trois enfants. Dès lors, son ascension a été fulgurante. Professeur agrégée, puis vice-doyenne de la faculté de droit Osgoode Hall de l’Université York de Toronto, elle est nommée, en 1987, juge de première instance à la Cour suprême de l’Ontario et, en 1990, membre de la Cour d’appel de cette province, la plus peuplée du Canada. Vive et enjouée, le visage encadré de cheveux châtains légèrement bouclés, Mme Arbour joint à un parcours professionnel sans faute un charme et une jovialité qui tranchent agréablement avec les manières souvent compassées des fonctionnaires et des diplomates des Nations Unies. Cette petite femme énergique, née à Montréal le 10 février 1947, est devenue mondialement célébre, en mai 1999, en inculpant l’ex-président yougoslave Slobodan Milosevic de crimes contre l’humanité au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPI) où elle avait été nommée procureur, en octobre 1996. Peu de temps après ce coup d’éclat, cette juriste brillante était revenue au pays, en septembre 1999, pour sièger à la Cour suprême du Canada. Durant toute sa carrière, elle a été portée par une "incroyable détermination" alliée à un sens aigu de l’intégrité, selon le professeur Harry Arthurs, d’Osgoode Hall pour qui elle est "une intellectuelle brillante, pleine d’humour et sans prétention".

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Son mandat vient à échéance le 30 juin 2008. Mme Arbour avait remplacé en juillet 2004 le Brésilien Sergio Vieira De Mello, tué dans un attentat au camion piégé contre le quartier-général de l’ONU à Bagdad le 19 août 2003, qui avait coûté la vie à vingt-et-une autres personnes. A trois mois de son départ de Genève, elle assure "ne pas avoir de projet" pour la suite. "Je rentre à la maison. Une partie de moi-même aimerait bien se mettre au jardinage... Mais je sais bien que ce n’est qu’un rêve, que ce n’est pas pour moi", a-t-elle confié à des journalistes. "J’ai été vraiment blessée par des attaques personnelles, surtout lorsqu’elles mettaient en cause mon intégrité ou celle de mon personnel sur le terrain", a-t-elle confié à des journalistes, en insistant cependant sur le fait que son départ n’était pas motivé par ces pressions. "Bien au contraire, il faut que je me raisonne pour ne pas céder à la tentation de rester pour y faire face", a-t-elle ajouté. Au Canada, les sollicitations ne devraient en effet pas manquer pour Mme Arbour qui s’y est taillée une solide réputation de juriste brillante et intègre.

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Louise Arbour

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