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Le Figaro, 26 mars 2008

Comores : Les troupes africaines chassent le chef rebelle d’Anjouan

par Thierry OBERLE


Un partisan de Mohamed Bacar capturé à Mutsamudu, le 25 mars 2008

Mohammed Bacar a perdu la partie. Le colonel qui contrôlait l’île d’Anjouan depuis 2001 a été chassé de son palais présidentiel par l’armée comorienne, appuyée par des détachements de l’Union africaine. Surnommé « le Hérisson », l’ex-militaire a été balayé sans opposer de résistance d’en­vergure aux troupes « unionistes ». Introuvable après l’assaut, il aurait cherché à rejoindre, par mer, à bord d’une pirogue à mo­teur, les rivages français de l’île voisine de Mayotte.

Comores


Soutenu par 1350 militaires tanzaniens et soudanais de l’Union africaine, le gouvernement des Comores avait promis de renverser l’homme fort d’Anjouan qui s’appuyait sur une milice de plusieurs centaines d’hommes. En 2007, Mohammed Bacar, qui contrôlait l’île depuis 2001, avait maintenu des élections dont le gouvernement fédéral avait ordonné l’ajournement. Seul candidat à ne pas boycotter les urnes, il avait été réélu dans des conditions douteuses. Mohammed Bacar est resté sourd aux ultimatums. Il refusait d’organiser un nouveau scrutin. « S ’il le faut, nous combattrons, nous disposons d’assez d’armes et d’assez d’hommes », assurait cet officier formé à l’école navale de Brest. « J’ai aimé Brest, j’y suis resté deux ans, et je crois que j’ai gardé des Bretons un esprit dur et ­déterminé », affirmait-il récemment.

Mohamed Bacar

Le président comorien, Ah­med Sambi, accusait Mohammed Bacar et ses lieutenants de viols, de tortures, d’emprisonnements arbitraires et de déplacement de populations. Il lui reprochait ses vues séparatistes. L’issue de la crise était prévisible. Frappée d’instabilité chronique depuis l’indépendance de 1975, Anjouan est habituée aux batailles beaucoup plus tonitruantes que sanglantes. À bout de patience, le pré­sident Sambi avait fait larguer, lundi 24 mars 2008, par deux hélicoptères, des tracts sur l’île, pour prévenir la population de l’offensive imminente. Les feuilles volantes appelaient la population à rester chez elle et à ne pas prendre les armes en cas de conflit. Livrés en pièces détachées par l’Ukraine, les ap­pareils étaient loués pour une durée limitée, grâce au soutien financier du dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi. Il ne sera sans doute pas nécessaire de renouveler leur bail.

Ahmed Abdallah Mohamed Sambi

Soutenue par la France, l’opération baptisée « Démocratie aux Comores » a débuté, mardi 25 mars 2008, à l’aube, par un débarquement des militaires des Comores et de l’Union africaine. Les assaillants ont rapidement repris le contrôle des bourgades, ainsi que du port et de l’aéroport. Ils sont entrés sans combat dans Mutsamudu où ils ont été accueillis sous les vivats de nombreux habitants. L’am­biance était à la liesse dans les rues, malgré les coups de feu entendus ici et là. Les badauds scandaient « Bacar est un chien » ou « Nous avons gagné ! ». Des affrontements à l’arme lourde se sont déroulés en périphérie, sur la route reliant la capitale à la localité de Ouani, où se situe un palais présidentiel dé­serté. Les forces comoriennes et tanzaniennes ont pris le contrôle d’un camp de gendarmerie mo­bile, surnommé le Pentagone. Elles y ont découvert des fusils d’assaut et des lance-roquettes abandonnés par les gendarmes anjouanais qui se sont réfugiés dans les collines avoisinantes. Des accrochages ont également éclaté à Barakani, le village abritant la résidence privée de Mohammed Bacar. Les opérations de ratissage ont conduit à l’arrestation de membres de l’entourage du dirigeant déchu. « Le colonel Mohammed Ba­car a été localisé dans le village de Sadanpoini, d’où il se dirige vers un endroit lui permettant de fuir à bord d’un kouassa (petit canoë) en direction de l’île de Mayotte », a déclaré, mardi 25 mars 2008, Abdourahim Saïd Bacar, porte-parole de l’Union africaine. « Il semble, selon plusieurs sources, qu’il s’est travesti en femme », a-t-il ajouté.

Un partisan de Mohamed Bacar capturé à Mutsamudu, le 25 mars 2008

L’Union des Comores a promis d’organiser dans les meil­leurs délais des élections libres à Anjouan. Elles permettront peut-être de sortir enfin de l’imbroglio politique né de la crise sécessionniste de 1997. Voici un peu plus de dix ans, les habitants de Mutsamudu avaient dressé des barricades en réclamant d’être séparés du reste des Comores ou, mieux, d’être rattachés à la France. Les insurgés, qui brandissaient des drapeaux tricolores, s’étaient heurtés au refus du pouvoir central comorien et à l’embarras de Paris. Alimenté par la misère, le malaise ne s’est jamais éteint, malgré l’approbation par référendum, en 2001, d’une nouvelle Constitution accordant une large autonomie à Anjouan, au sein de la nouvelle confédération des Comores.

Thierry OBERLE

Des soldats comoriens sur l’île d’ Anjouan, le 25 mars 2008

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source