retour article original

samedi 25 mars 2017
Vous êtes ici Accueil Informations internationales Afrique Comores
AFP, 27 mars 2008

Comores : Mohamed Bacar s’est réfugié à Mayotte

par Emmanuel GOUJON


Une foule de Comoriens se précipite dans la rue, à la suite d’une rumeur selon laquelle Mohamed Bacar aurait été capturé, à Mutsamudu, le 26 mars 2008

MUTSAMUDU (AFP) - L’ex-président renversé de l’île comorienne d’Anjouan, Mohamed Bacar, traqué depuis deux jours aux Comores, a fui, mercredi 26 mars 2008, dans l’île française de Mayotte, où il a demandé le droit d’asile, selon une source proche du dossier et une source officielle à Mayotte.

Comores


"Le colonel Mohamed Bacar est arrivé, à 15h00 locales, à Mayotte, mercredi 26 mars, à bord d’un bateau rapide. Il était accompagné d’une dizaine de personnes, dont certaines armées", a indiqué cette source sous couvert d’anonymat. "M. Bacar est actuellement en zone de rétention, ainsi que les personnes qui l’accompagnaient. Ils ont tous fait une demande d’asile politique en France suite aux évènements intervenus à Anjouan", a précisé cette source. Une source officielle française interrogée par l’AFP par téléphone à Mayotte a confirmé, mercredi 26 mars au soir, sous couvert d’anonymat, que "M. Bacar est arrivé à Mayotte et a fait une demande d’asile". De son côté, le ministre de la Défense comorien et directeur de cabinet du président de l’Union des Comores, Mohamed Bacar Dossar, s’est refusé, mercredi 26 mars 2008 au soir, à commenter ces informations. Plus tôt, M. Dossar avait émis des craintes quant à la possibilité que M. Bacar se soit enfui d’Anjouan vers Mayotte. "Il y a une semaine, des mandats d’arrêts internationaux ont été lancés contre lui et ses principaux collaborateurs pour rébellion et tortures", avait-il déclaré à l’AFP. "Nous en avons informé la France, au cas où ils tenteraient de se réfugier à Mayotte, mais nous n’avons reçu aucune garantie", avait-il notamment précisé. Anjouan, la plus pauvre des trois îles de l’archipel des Comores (Grande-Comore, Mohéli, Anjouan) est le point de départ de nombreux candidats à l’émigration clandestine à Mayotte, qui y partent, dans de petites embarcations, à la recherche de meilleures conditions de vie.

Des soldats comoriens à Mutsamudu, le 26 mars 2008

M. Bacar avait pris le pouvoir, lors d’un coup d’Etat, en 2001, puis avait été élu président d’Anjouan, en mars 2002. Le gouvernement et l’Union africaine reprochent à M. Bacar d’avoir maintenu l’organisation du scrutin, alors que l’Union en avait demandé le report après des affrontements, en mai 2007, entre l’armée comorienne et des gendarmes fidèles à M. Bacar. Depuis, celui-ci a refusé d’organiser un nouveau scrutin. L’ex-homme fort d’Anjouan était activement recherché depuis le début, mardi 25 mars 2008 à l’aube, de l’opération "Démocratie aux Comores" lancée par l’armée comorienne et les troupes mandatées par l’Union africaine (UA) pour renverser les autorités jugées illégales d’Anjouan. La France a soutenu l’opération en transportant des troupes africaines jusqu’aux Comores.

Mohamed Bacar

Mercredi 26 mars, l’Union des Comores a décidé de nommer l’un des vice-présidents de l’Union, Ikililou Dhoinine, pour administrer Anjouan, dans l’attente d’un gouvernement de transition. M. Dhoinine est arrivé à Mutsamudu, accompagné d’une délégation de quatre ministres comoriens et du secrétaire général du gouvernement.

Des soldats comoriens à Mutsamudu, le 26 mars 2008

Plus tôt mercredi 26 mars 2008, le ministre comorien de la Défense avait déclaré à l’AFP, à Mutsamudu, qu’Anjouan n’était "pas encore totalement sous contrôle", au deuxième jour de l’opération militaire. "La priorité absolue, c’est de rétablir l’autorité de l’Etat dans l’île d’Anjouan et refaire fonctionner le port, l’administration, pour que la vie redevienne normale", a-t-il indiqué. "Nous avons une centaine de nos gendarmes qui sont déployés à Anjouan pour rechercher les partisans de Bacar et les arrêter, ainsi que ses proches collaborateurs", a-t-il dit, ajoutant : "Nous avons l’intention de réintégrer dans l’armée et dans la force de sécurité intérieure d’Anjouan, les éléments de la Force de gendarmerie anjouanaise (FGA), ceux qui sont récupérables". "La FGA était (...) une armée privée équipée d’armes de guerre, et vous ne pouvez pas avoir deux armées dans un même pays", a-t-il conclu.

Emmanuel GOUJON

Des soldats comoriens à Mutsamudu, le 26 mars 2008

AUTEURS 

  • Emmanuel GOUJON

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source