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Le Matin, 2 avril 2008

Corruption : Deuxième enquête ouverte à la Radio Suisse Romande

Suivi d’un commentaire


Vue du siège de la Radio Suisse Romande, à Lausanne

Les enquêtes se multiplient à la Radio Suisse Romande. La SSR a choisi un juge à la retraite pour faire la lumière à l’interne. La justice a élargi ses investigations à Jorge Resende, l’informaticien licencié.

Suisse


Le juge d’instruction cantonal vaudois adjoint Jean Treccani a ouvert une deuxième enquête en marge de l’affaire des fichiers pédophiles. Cette instruction ne concerne pas stricto sensu le téléchargement de fichiers pédophiles par un cadre intermédiaire de la Radio Suisse Romande, toujours menée par le juge Philippe Vautier. Ouverte contre inconnu, cette deuxième enquête ne vise officiellement pas Jorge Resende, l’informaticien licencié, mais des faits qui le concernent. Selon son avocat, Me Jean-Michel Dolivo, Jorge Resende est soupçonné d’avoir copié les fichiers litigieux pour détenir des moyens de preuves. Or, la détention de tels fichiers est illicite. La justice reprocherait aussi à Jorge Resende la détention de deux courriers électroniques envoyés à ses supérieurs au sujet des fichiers pédophiles. L’un de ces courriers, un message entre tiers, parlerait d’un lot de 336 photos et vidéos découvert dans les documents du cadre intermédiaire accusé du téléchargement. "Au lieu de se demander ce qu’il est advenu de ces images, le juge cherche à incriminer mon client. C’est inacceptable", s’insurge Me Dolivo. L’avocat a demandé à avoir accès à la procédure pénale pour s’assurer que la justice possède l’entier des photos litigieuses.

Jorge Resende

La SSR a pour sa part mandaté Jacques Reymond pour constater et évaluer les faits dans l’affaire des fichiers litigieux téléchargés à la Radio Suisse Romande. Le juge à la retraite va s’atteler "sans délai" à sa tâche, ont annoncé Jean-François Roth, président du conseil d’administration de la RTSR, et Armin Walpen, directeur général de SSR SRG Idée Suisse. Juge au Tribunal cantonal vaudois de 1977 à 1998, Jacques Reymond, âgé de 73 ans, devra faire la lumière sur les circonstances, la succession d’événements et les comportements des personnes impliquées dans la découverte des photographies litigieuses en 2005 ainsi que sur leurs répercussions jusqu’à aujourd’hui. L’ancien juge cantonal radical analysera l’organisation, les conditions et les consignes en vigueur à la Radio Suisse Romande de 2005 à 2008. Il devra relever les points sur lesquels les interprétations divergent et dire si l’informaticien licencié et le cadre intermédiaire qui a téléchargé les photos ont été traités de manière équitable. "Nous voulions une personnalité qui bénéficie d’une grande expérience de juge et qui ait oeuvré dans des cas similaires", a dit à l’ATS Max Gurtner, responsable de la communication à la SSR. Cet enquêteur indépendant pourra interviewer les personnes impliquées dans l’affaire, notamment le directeur de la Radio Suisse Romande, Gérard Tschopp, critiqué pour sa gestion de la crise. "M. Reymond décidera avec qui il souhaite parler", souligne M. Gurtner. Mais il n’aura pas accès aux fichiers pédophiles qui sont détenus par la justice.

Armin Walpen

La SSR espère que la désignation de cet enquêteur indépendant va calmer le jeu. Cette nomination a été annoncée alors qu’entre 120 et 150 employés manifestaient leur soutien à l’informaticien licencié devant les locaux de la Radio Suisse Romande, à Lausanne. Lundi 7 avril, lors d’une assemblée à laquelle participaient 165 des 600 collaborateurs de la Radio Suisse Romande, le personnel a fixé un ultimatum à sa direction : il lui a laissé jusqu’à vendredi 4 avril, à 17h00, pour réintégrer l’employé licencié. En cas de refus, une assemblée du personnel sera convoquée, lundi 7 avril 2008, pour décider d’un éventuel débrayage.

Le Matin et les agences

Vue du siège de la Radio Suisse Romande, à Lausanne

Commentaire

On rappellera que Jorge Resende, un informaticien employé par la Radio Suisse Romande, a constaté qu’un autre employé avait téléchargé sur son ordinateur des centaines, voire un millier de photos pornographiques, dont au moins treize ont un caractère pédophile. Une fois informé, au lieu de saisir la justice, Gérard Tschopp, le directeur de la Radio Suisse Romande, a tenté d’imposer l’omerta à Jorge Resende. Comme celui-ci refusait de garder le silence, il a été licencié.

Gérard Tschopp

Parallèlement, Gérard Tschopp a fait appel à trois prétendus "experts" qu’il a manipulés en ne leur montrant que quelques photos, dont aucune n’était pédophile. Après quoi, tout en refusant de divulguer le nom des "experts" auxquels il se référait, Gérard Tschopp a proclamé que, selon eux, aucune des photos téléchargées par l’employé n’était pédophile, ce qui revenait à faire passer Jorge Resende pour un mythomane avide de scandale et était censé "justifier" son licenciement.

Gérard Salem est l’un des prétendus "experts" manipulés par Gérard Tschopp

L’enquête pénale ouverte par le juge d’instruction cantonal vaudois adjoint Jean Treccani vise à criminaliser Jorge Resende, sous prétexte qu’il aurait copié les photos téléchargées par son collègue et gardé une copie de e-mails dans le but de conserver un moyen de preuve. Or, à supposer même qu’il l’ait fait, Jorge Resende aurait eu un mobile honorable, puisqu’il s’agissait d’empêcher la destruction de preuves par le collègue ou la direction de la Radio Suisse Romande. C’est-à-dire que la magistrature vaudoise se comporte comme si elle cherchait, elle aussi, à imposer l’omerta, en dissuadant d’autres personnes de divulguer des affaires similaires. Le licenciement et les ennuis judiciaires de Jorge Resende n’ont en effet rien d’encourageant pour quiconque voudrait imiter son exemple.

Frank BRUNNER

Vue du siège de la Radio Suisse Romande, à Lausanne

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source