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mercredi 28 juin 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Irak (3ème partie) : Du 1er avril 2004 au 15 avril 2004
AFP, 15 avril 2004

Irak : Les crimes de guerre se multiplient à Fallujah. Les troupes d’occupation américaines commettent des assassinats en toute impunité


FALLOUJAH (Irak) (AFP) - A Falloujah, après plus d’une semaine de combats meurtriers, de jeunes Marines unis par la peur n’hésitent pas à tuer des Irakiens pour "venger leurs camarades" tombés dans le bastion sunnite de la résistance à l’occupation américaine.


A l’aube, le caporal Robert Long a suivi des yeux une gazelle traversant le no-man’s land séparant les combattants à Falloujah. L’animal a franchi la zone industrielle autour de laquelle les soldats américains et des Irakiens résistant à l’occupation se sont violemment affrontés au cours de la semaine.

"C’était une vraie gazelle", affirme Long, un Marine de 26 ans, terré dans un entrepôt à l’abandon dont les murs sont recouverts de papier déchiré évoquant des personnages de Walt Disney.

Long ne pense plus qu’à son ami, le caporal Blake Wofford, tué par un tireur irakien le 7 avril 2004. Il espère désormais que chaque homme qu’il tuera sera celui qui a abattu son camarade.

Quelques heures plus tard, à l’endroit même où le Marine a cru apercevoir la gazelle, l’un des hommes de Long voit un Arabe marcher les mains dans les poches à proximité des positions américaines. Long demande à ses hommes de s’écarter. Il veut tuer cet Arabe lui-même.

Sans savoir si l’homme est armé ou menaçant, il vise sa future victime de son fusil automatique M-16 à travers les planches de bois et les sacs de sable derrière lesquels sont retranchés les soldats américains. Il tire. L’homme tombe, mortellement touché.

"Blake, c’est pour toi", dit-il. "J’espère que c’est le salopard qui t’a eu".

Il n’hésite pas à défendre son acte. Après les intenses combats et les appels lancés aux femmes et aux enfants irakiens pour qu’ils quittent la ville rebelle, Long pense que tous les hommes en âge de tenir une arme marchant dans les rues de la ville sans drapeau blanc sont obligatoirement des membres de la guérilla anti-américaine.

"Ca a été dur pour nous", dit Long devant le corps sans vie de sa victime, vêtue d’un T-shirt noir et de pantalons gris, et qui gît dans la poussière.

Long refuse de donner une chance à l’ennemi de l’atteindre. Son compagnon, le caporal Ryan Deady, 20 ans, approuve.

"Nous pensions que cela allait être les bons contre les méchants", explique le jeune soldat américain. "Nous pensions que les personnes innocentes seraient clairement visibles, mais tout le monde lance des (roquettes) RPG".

"Avant, j’étais désolé pour eux", dit-il à propos des personnes tuées dans les affrontements de la semaine passée. "Cela devient ridicule", dit-il. Sans mes gars, je serais déjà dans un cercueil".

Leur expérience de la guerre en Irak les a profondément affectés. Deady et Long disposent d’une unité de 13 hommes pour se défendre.

"Nous n’avons pas eu le choix car nous étions condamnés à être ensemble mais nous avons fraternisé", explique Deady dans un rire embarrassé.

Il se souvient de bons moments passés avec Wofford.

Lorsque Deady s’est réveillé en prison à Tijuana (Mexique) après une beuverie, Wofford a payé sa caution, rappelle-t-il : "Il ne m’a jamais laissé tomber".

Avec les autres survivants de cette petite unité américaine, ils essaient de se remonter le moral. Deady et son ami Anthony Dori plaisantent en affirmant que Wofford est au paradis en train de se disputer avec Dieu. Ils parlent de rendre visite à la famille du disparu au Texas lorsqu’ils quitteront l’Irak.

Ils se souviennent d’un repas coûteux dans un restaurant mexicain l’été dernier alors qu’ils célébraient leur premier départ d’Irak après que leur président, George W. Bush, eut annoncé que la guerre était terminée. Ils n’imaginaient pas alors revenir combattre en Irak un an plus tard.

"Nous devons nous tenir les coudes", dit Deady, "si l’un d’entre nous se sent mal, nous lui racontons des blagues (...) Ces gars sont mes meilleurs amis. J’ai encore des amis à la maison mais ici nous avons traversé les mêmes choses".

Agence France Presse

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