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Le Temps, 9 avril 2008

Informations internationales : Des émeutes de la faim sans précédent

par Ram ETWAREEA


Des Haïtiens manifestent contre l’augmentation du prix des denrées alimentaires, à Les Cayes, le 7 avril 2008

La flambée des prix du blé, du maïs ou du soja se répercute sur le prix des denrées alimentaires. Elle provoque de graves crises sociales, parfois même des émeutes, dans une trentaine de pays d’Asie et d’Afrique notamment. Causes et risques.

Scène d’émeute à Les Cayes, en Haïti, le 7 avril 2008


Les premières émeutes de la faim ont eu lieu au début de 2007, au Mexique, où le maïs et le blé, ingrédients nécessaires pour les tortillas, avaient augmenté de plus de 40 % par rapport à l’année précédente. D’Argentine au Zimbabwe, en passant par le Mexique, le Burkina Faso, le Sénégal, l’Egypte, le Bangladesh, la Thaïlande et les Philippines, les émeutes de la faim se multiplient, faisant leur lot de victimes. La situation s’est particulièrement dégradée depuis une quinzaine de jours. La farine, le riz, le maïs, le lait et d’autres denrées de base ne sont plus accessibles à de larges couches de populations dans de nombreux pays. Leurs prix ont explosé. Dans certains cas, ils ont plus que doublé en quelques mois. La gravité de la situation a été résumée, mardi 8 avril 2008, par le commissaire européen au Développement, Louis Michel. Selon lui, l’Afrique court le risque d’un « vrai tsunami économique et humanitaire ».

Des Haïtiens manifestent contre l’augmentation du prix des denrées alimentaires, à Port-au-Prince, le 8 avril 2008

En Haïti, l’un des pays parmi les plus démunis au monde, des milliers de jeunes sont rassemblés devant le palais présidentiel depuis une semaine. Des barricades ont été érigées et les affrontements avec la police ont fait cinq morts et des dizaines de blessés. Dans les villes africaines, les manifestations éclatent à tout moment. Au Cameroun, les autorités évoquent quarante morts depuis le début du mois. A Ouagadougou, capitale de Burkina Faso, une grève nationale a paralysé toutes les activités, mardi 8 avril 2008. Au Yémen, une marche d’enfants a eu lieu en guise de protestation. C’est la même histoire en Asie. Au Bangladesh, les foules se battent pour accéder aux magasins mis en place par l’Etat pour vendre le riz à un prix subventionné. Un groupe paramilitaire est chargé de surveiller et réprimander la manipulation des prix ou la constitution illégale de stocks de riz. Le chef militaire du pays aurait demandé aux villageois de substituer la pomme de terre au riz. A Manille, capitale des Philippines, l’armée a été déployée pour superviser la distribution de vivres dans les quartiers déshérités. En Inde, le gouvernement mène une guerre féroce contre le marché noir. Même le richissime Singapour n’a pas été épargné et des dizaines de personnes sont allées jusqu’à braver l’interdiction de manifester. En Thaïlande, premier exportateur mondial de riz, les autorités ont dû démentir fermement les rumeurs d’une pénurie pour éviter la panique. L’armée garde les rizières.

Des soldats de l’ONU face aux manifestants, à Port-au-Prince, en Haïti, le 8 avril 2008

La Banque mondiale résume bien la situation : une trentaine de gouvernements, en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud, risquent de connaître de graves instabilités politiques et sociales. Elle fait remarquer que, dans les pays en développement, l’alimentation représente jusqu’à 70 % des salaires, contre 15 % dans les pays développés. « Il va y avoir des troubles et les pays les plus pauvres en pâtiront beaucoup plus que les nations les plus riches comme la Malaisie et Singapour », a déclaré, mardi 8 avril 2008, Ooi Kee Beng, de l’Institut d’études sud-est asiatique à Singapour, cité par l’AFP.

Scène d’émeute à Port-au-Prince, en Haïti, le 8 avril 2008

Face à la colère de la rue, de nombreux Etats tentent tant bien que mal de venir à la rescousse de consommateurs. Certains subventionnent les prix au détriment d’autres dépenses publiques. D’autres éliminent les droits de douane à l’importation. Certains pays avaient même reporté leurs achats, espérant un recul des prix. Or, c’est exactement le contraire qui s’est produit. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase, en ce début d’avril 2008, est la flambée du riz. Son prix s’est envolé de 50 % en l’espace de deux semaines, suite à diverses actions visant à limiter les exportations, au Vietnam, en Thaïlande et en Inde. La semaine dernière, le cours a touché le sommet historique de 1000 dollars la tonne. Pour la moitié de l’humanité pour qui le riz est l’aliment de base, le calvaire est loin d’être fini.

Ram ETWAREEA

Scène d’émeute à Port-au-Prince, en Haïti, le 8 avril 2008

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