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Libération, 1er mai 2008

Informations internationales : Le cynisme hypocrite de Nicolas Sarcozy

par Jean QUATREMER


Scène de torture filmée avec un téléphone portable, en Egypte

Scène de torture filmée avec un téléphone portable, en Egypte

Scène de torture filmée avec un téléphone portable, en Egypte

Le Chef de l’État français souhaite que le premier « coprésident » de la future Union pour la Méditerranée (UPM), outre lui-même, bien sûr, soit le grand démocrate Mohammed Hosni Moubarak, le président égyptien, constamment « réélu » depuis 1981. Et que le futur « secrétariat général » permanent soit localisé en Tunisie, un modèle incontesté pour les droits de l’homme dans le monde (voir le site de Human Rights Watch).

Nicolas Sarkozy en compagnie de Hosni Moubarak


En découvrant les projets français, l’Allemagne et d’autres partenaires de Paris ont eu un haut-le-cœur. « Bon, il n’y a pas beaucoup de démocratie, en dehors d’Israël, au sud de la Méditerranée », grommelle un fonctionnaire européen. « Mais pour le secrétariat, on pourrait au moins choisir le Maroc qui est quand même un peu plus présentable ». Il est vrai que les droits de l’homme ne sont pas la priorité de l’Union pour la Méditerranée, à la différence du processus de Barcelone, lancé en 1995, ce qui explique en partie (outre le conflit israélo-palestinien), ses difficultés. Mais là, Paris va très loin dans le cynisme absolu. La visite qu’a effectuée Nicolas Sarkozy dans ce « beau pays » est un modèle du genre. Son discours prononcé, devant Ben Ali, le Président tunisien, lui aussi constamment « réélu » depuis 1987 avec des scores proches de 100 %, est une ode à la Tunisie, terre de libertés. Nauséeux. J’ai retenu cette phrase : « personne ne peut se poser en censeur. Je viens d’un continent dont l’histoire, y compris l’histoire récente, recèle des tragédies abominables et je ne vois pas au nom de quoi je me permettrais (...) de m’ériger en donneur de leçons ».

Nicolas Sarkozy en compagnie de Zine El Abdine Ben Ali

A plusieurs reprises durant la campagne pour l’élection présidentielle, Sarkozy avait pourtant promis d’en finir avec cette diplomatie du cynisme : "je ne crois pas à la "realpolitik" qui fait renoncer à ses valeurs sans gagner des contrats. Je n’accepte pas ce qui se passe en Tchétchénie, au Darfour. Je n’accepte pas le sort que l’on fait aux dissidents dans de nombreux pays. Je n’accepte pas la répression contre les journalistes que l’on veut bâillonner. Le silence est complice. Je ne veux être le complice d’aucune dictature à travers le monde", avait-il ainsi proclamé, lors du congrès de l’UMP, le 14 janvier 2007.

Nicolas Sarkozy en compagnie de Mouammar Kadhafi

Le retour au réel de Sarkozy doit faire très plaisir aux dirigeants chinois et aux autres dictatures dans le monde avec lesquelles la France des "droits de l’homme", si chère à Henri Guaino, le conseiller spécial du président, fait des affaires. Chacun chez soi, et que mille business éclosent !

Jean QUATREMER

Hu Jintao en compagnie de Nicolas Sarkozy

Une exécution en Chine

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