retour article original

mercredi 26 avril 2017
Vous êtes ici Accueil Informations internationales
Le Matin, 18 mai 2008

Informations internationales : Le Noma, un mal qui fait encore 100000 victimes par an

par Julian PIDOUX


Une victime du Noma en compagnie de Bertrand Piccard

Le 22 mai 2008, le Noma Day se tiendra au Centre international de conférences de Genève. Ateliers et présentations permettront au public et aux scientifiques de se sensibiliser avec une maladie encore mal connue. Coordinateur de l’événement et président de la fondation Winds of Hope, Bertrand Piccard s’y exprimera au même titre que de nombreux autres professionnels de la santé.

Une victime du Noma atteinte d’une tumeur


Bertrand Piccard cherchait une cause humanitaire oubliée à soutenir. Bertrand Piccard l’a trouvée en découvrant, « horrifié », le visage rongé par le Noma d’une petite fille venue se faire soigner en Suisse. C’était en 1999. Avec Brian Jones, son coéquipier du tour du monde en ballon, et grâce au million offert par un brasseur américain pour avoir été les premiers à réaliser cet exploit, il crée Winds of Hope. Depuis, la fondation permet chaque année de financer des programmes de prévention et de détection précoce de ce mal. Les pays les plus touchés sont situés dans les régions particulièrement pauvres du monde, principalement en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud.

Une victime du Noma atteinte d’une tumeur

Maladie souvent méconnue, le Noma est une gangrène foudroyante qui se développe à partir d’une banale infection dans la bouche des enfants. Un oedème qui gagne le visage et finit par se nécroser. Quelques semaines seulement suffisent à son développement. Favorisé par le manque d’hygiène et la malnutrition, le Noma est mortel dans 80 % des cas. Pour ceux qui y survivent, les séquelles physiques sont dévastatrices, réduisant considérablement l’espérance de vie. Et pour cause. Les tissus mous et osseux du visage sont détruits, les mâchoires se bloquent et des troubles respiratoires se manifestent rapidement. Ainsi, d’après les chiffres fournis par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Noma ferait quelque 100000 nouvelles victimes par an à travers le monde, majoritairement des enfants âgés de 2 à 6 ans.

Une victime du Noma atteinte d’une tumeur

Face à un tel fléau, la fondation Winds of Hope a donc décidé de cibler ses efforts pour être la plus efficace possible. « Le but est de former un agent de soin dans chaque village, note Bertrand Piccard. L’objectif est qu’il puisse déceler la maladie très tôt, de manière que l’enfant puisse être rapidement traité. Pour l’heure, on ne peut que faire en sorte de soigner le mal au plus vite. Chercher à le prévenir totalement reviendrait à vouloir nourrir correctement toute l’Afrique. C’est illusoire. » Depuis 2000, date à laquelle la fondation a lancé son premier programme de lutte contre le Noma au Niger, le Burkina Faso, le Bénin, le Togo, le Sénégal et le Mali sont venus s’ajouter à liste. Il s’agit, chaque fois, d’un partenariat de cinq ans mis en place avec les Ministères de la santé des Etats concernés et la base africaine de l’OMS. Winds of Hope a aussi fédéré, en 2003, d’autres organisations privées, en créant la fédération internationale No Noma, qui regroupe trente-et-une ONG. « Désormais, prévention, soins ou prise en charge pour des opérations de reconstruction faciale sont mieux coordonnés », conclut Bertrand Piccard.

Julian PIDOUX

Les symptômes caratéristiques du Noma incluent un gonflement des lèvres et de la face. En peu de temps, l’inflammation s’aggrave, un sillon noirâtre apparaît et le processus gangréneux débute. Quand la croûte tombe, elle laisse un trou béant dans le visage

Le Noma ou « cancrum oris » est une gingivostomatite gangreneuse à marche rapide se développant sur terrain malnutri fragilisé. Si auparavant le NOMA était l’apanage des enfants de moins de six ans, aujourd’hui on le rencontre chez l’adulte avec l’apparition du VIH-SIDA

Le Noma, une maladie toujours d’actualité au Burkina Faso. Sur le plan épidémiologique, la fréquence hospitalière est de 15,1 cas pour 10000 hospitalisations d’enfants (OUEDRAOGO .I). Les facteurs favorisant sa survenue font du Noma une affection de l’extrême pauvreté. Il survient toujours dans un contexte à la fois de malnutrition protéino-calorique, de mauvaise hygiène bucco-dentaire et au décours d’une maladie infectieuse (rougeole, fièvre typhoïde, etc.)

L’amélioration des conditions d’hygiène et de nutrition contribue à éradiquer le Noma. Il sévit aujourd’hui dans les pays en développement. Sa présence pourrait ainsi être considérée comme un indicateur du niveau de développement, en raison de son aire de répartition et de ses facteurs étiologiques

Une victime du Noma

Près de 90 % des enfants atteints de Noma meurent sans avoir reçu le moindre traitement, alors que le traitement médical permet d’obtenir un taux de guérison de 79,66 %, mais au prix de séquelles esthétiques et fonctionnelles

AUTEURS 

  • Julian PIDOUX

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source