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mercredi 26 avril 2017
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AFP, 19 mai 2008

Afrique du Sud : Des milliers d’étrangers fuient des attaques racistes

par Fran BLANDY


Des policiers gardent le cadavre d’une victime des agressions xénophobes, à Reiger Park informal settlement, le 19 mai 2008

JOHANNESBURG (AFP) - Des milliers d’immigrés, en particulier des Zimbabwéens, fuient leurs maisons dans la panique à Johannesburg, après des attaques xénophobes qui ont gagné les quartiers pauvres de la ville, faisant au moins vingt-deux morts depuis une semaine.

Afrique du Sud


Des bandes de Sud-Africains écument les townships et les quartiers défavorisés de la capitale économique du pays. Munis de machettes et d’armes à feu, ils ont tué et blessé des étrangers, les forçant à fuir leurs masures en flammes et en immolant même certains par le feu. La majorité des immigrants arrivés en Afrique du Sud, ces dernières années, sont des Zimbabwéens qui fuient la crise économique et politique de leur pays. Leur nombre est estimé à trois millions. "Tout ça, c’est la faute des Zimbabwéens. Ils devraient partir", a lancé une Sud-Africaine déclarant s’appeler Noxolo, dont la masure a été détruite dans les saccages. Ces actes de violence xénophobe ont débuté, le 11 mai 2008, dans le bidonville d’Alexandra, où deux personnes ont été tuées, et se sont étendues à tout Johannesburg ce week-end. "La nuit dernière (de dimanche 18 mai à lundi 19 mai 2008) a été relativement calme, comparée aux précédentes. Nous avons eu quelques incidents et un meurtre a été signalé à Alexandra. La victime a été touchée par balles", a déclaré à l’AFP le porte-parole de la police, Govindsamy Mariemuthoo. "Une actualisation du bilan montre que vingt-deux personnes ont été tuées depuis le début des violences, la semaine dernière, et 217 ont été arrêtées", a-t-il indiqué. Parmi les personnes interpellées figurent des auteurs présumés de pillages qu’il a qualifiés "d’activités purement criminelles". Les forces de sécurité de Johannesburg devaient se réunir, dans la journée, pour examiner les moyens d’enrayer ces attaques survenues dans les townships et le centre-ville, selon Govindsamy Mariemuthoo.

Le cadavre d’une victime des agressions xénophobes, à Reiger Park informal settlement, le 19 mai 2008

Les violences ont déplacé des milliers d’étrangers, accusés par beaucoup de Sud-Africains de prendre des emplois dans un pays où le chômage avoisine les 40 %, et d’être responsables de la criminalité, l’une des plus élevées du monde avec une cinquantaine de meurtres par jour. Les médias locaux ont fait état de centaines de personnes réfugiées dans des centres sociaux et des postes de police. Dimanche 18 mai, un immigré est mort brûlé : ses assaillants l’ont ficelé dans sa propre couverture avant d’y mettre le feu. L’image de cette torche humaine faisait la "Une" de plusieurs journaux sud-africains, lundi 19 mai. A Reiger Park, dans l’East Rand, où l’homme a été brûlé, la violence a repris, avec des habitants forcés de quitter leur maisons incendiées, selon un journaliste de l’AFP. Près d’une cabane, un homme gisait, ensanglanté et marqué de brûlures. Ses assaillants ont essayé de l’immoler. La police patrouillait, lundi 19 mai 2008, cette banlieue minière de Johannesburg, prise pour cible par des groupes qui lui jetaient des pierres et bloquaient les rues. Des étrangers serrant leurs maigres biens étaient assis au bord de la route ou cherchaient refuge au poste de police.

Le cadavre d’une victime des agressions xénophobes, à Reiger Park informal settlement, le 19 mai 2008

Le président sud-africain, Thabo Mbeki, et Jacob Zuma, chef du parti du Congrès national africain (ANC, au pouvoir), ont vivement condamné ces attaques. Le Haut commissariat de l’ONU aux réfugiés (HCR) a pour sa part accusé implicitement, lundi 19 mai 2008, le gouvernement de ne pas avoir pris la question de la xénophobie au sérieux. "Les problèmes ont commencé aux environs de 1999, quand deux étrangers ont été jetés d’un train à Pretoria", a déclaré le représentant local du Haut commissariat de l’ONU aux réfugiés, Tseliso Thipanyane. "L’ampleur du problème est un vrai choc pour nous, même si nous avons prévenu que nous pouvions en arriver où nous en sommes aujourd’hui". "Il y a, sans aucun doute, une compétition pour des ressources rares, maisons, emplois et autres services. Si vous regardez où les attaques sont majoritairement intervenues, c’est principalement dans les quartiers pauvres, où sont relégués les Noirs", a-t-il souligné.

Fran BLANDY

Des fugitifs chargés de leurs effets personnels quittent Reiger Park informal settlement, le 19 mai 2008

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