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AFP, 20 mai 2008

Afrique du Sud : 13000 déplacés à cause des violences xénophobes


Un policier à Zandsfontein, le 18 mai 2008

Une vague de violences contre les immigrés, en Afrique du Sud, a forcé au moins 13000 personnes à fuir les quartiers pauvres de Johannesburg, a indiqué l’ONU, mardi 20 mai 2008, le président sud-africain, Thabo Mbeki, appelant à mettre fin à cette démonstration "honteuse" de xénophobie.

Afrique du Sud


Confrontés à 40 % de chômage et 43 % de pauvreté, de nombreux Sud-Africains accusent les immigrés de prendre des emplois et d’être responsables de la criminalité, dont les Zimbabwéens, qui ont fui la crise politico-économique dans leur pays et sont estimés à trois millions. L’Office des migrations internationales (OIM) a publié une première évaluation du nombre de déplacés par ces violences, qui se sont étendues à de nombreux bidonvilles de la capitale économique sud-africaine. "Treize mille personnes ont dû fuir leurs maisons, pour se réfugier dans des églises, des centres paroissiaux, la plupart sans rien emporter avec eux", a déclaré Jean-Philippe Chauzy, porte-parole de l’agence onusienne à Genève. Le bilan officiel restait, mardi 20 mai 2008, à 22 morts, mais l’agence sud-africaine Sapa a fait état d’un nouveau décès et de nouvelles attaques.

Manifestation xénophobe à Reiger Park, le 19 mai 2008

Les appels à une intervention de l’armée se sont multipliés, bien que la police ait indiqué avoir procédé à environ 300 arrestations depuis le début des attaques, le 11 mai, dans le township d’Alexandra, mitoyen du quartier financier de Sandton. L’explosion de violence, qui a fait plus d’une vingtaine de morts, a mis à mal les ressources de la police dans une ville connue pour sa criminalité parmi les plus élevées du monde. La situation semblait se calmer, mardi 20 mai 2008, mais la tension restait palpable dans certains bidonvilles où rodaient des foules armées de haches et de machettes et où il y a encore eu plusieurs dizaines de blessés.

Manifestation xénophobe à Reiger Park, le 19 mai 2008

"Les citoyens d’autres pays d’Afrique et au-delà sont des êtres humains comme nous et méritent d’être traités avec respect et dignité", a déclaré Thabo Mbeki, longtemps exilé dans les pays voisins sous l’apartheid. Il a souligné que l’Afrique du Sud n’était "pas une île séparée du continent", promettant que la police réagirait "avec les moyens appropriés" contre les auteurs des violences. Lors d’une visite dans les quartiers les plus affectés, le ministre de la Sécurité, Charles Nqakula, a promis que les policiers "agiraient très sévèrement et de manière précise parce que nous ne voulons pas que cela se propage à d’autres zones". Un syndicat important et la Commission des droits de l’Homme sud-africaine a toutefois jugé indispensable de recourir à l’armée. "Nous devons examiner si nous sommes au moins prêts à discuter d’un éventuel déploiement de l’armée. Cela semble drastique, mais nous sommes confrontés à une situation explosive, imprévisible et très dévastatrice", a déclaré Jody Kollapen, directeur de la Commission. "L’Etat devrait déployer l’armée pour contrôler la terrible situation dans laquelle se trouvent des immigrés pauvres et dans une certaine mesure des habitants locaux", a ajouté Oupa Komane, vice-secrétaire général du Syndicat national des mineurs.

Manifestation xénophobe à Reiger Park, le 19 mai 2008

La police a affirmé avoir "une relation de partenariat avec (l’armée) : Aussi, si nous ressentons le besoin de faire appel à elle, nous n’hésiterons pas". Le chef du gouvernement de la province du Gauteng, où se trouve Johannesburg, Mbhazima Shilowa, a salué le déploiement de forces de police supplémentaires. "J’espère que cela contribuera à reprendre le contrôle de la situation sans faire intervenir l’armée", a-t-il dit.

Scène d’émeute à Reiger Park, le 19 mai 2008

A Reiger Park, où plusieurs personnes avaient été brûlées vives lundi 19 mai 2008, un photographe de l’AFP a vu la police tirer des balles en caoutchouc sur quelque 400 personnes munies de machettes et de gourdins. Dans le centre-ville, la police a dispersé environ 200 Nigérians, identiquement armés, qui menaçaient de se venger sur des Sud-Africains.

Agence France Presse

Un policier à Reiger Park, le 19 mai 2008

Une victime des xénophobes, à Reiger Park, le 19 mai 2008

Une victime des xénophobes, à Reiger Park, le 19 mai 2008

Une victime des xénophobes, à Reiger Park, le 19 mai 2008

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