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mardi 28 mars 2017
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Libération, 23 mai 2008

Corruption : L’Angolagate

par Renaud LECADRE


Vue de Luanda

Nicolas Sarkozy rend visite, vendredi 23 mai, le temps d’un aller et retour, à son homologue angolais, José Eduardo Dos Santos. Il sera question de business, Thales signant un contrat de télécommunications (140 millions d’euros), arrosé d’un zeste d’humanitaire, Total s’engageant à construire quatre écoles. Mais il s’agit surtout de tourner la page de l’Angolagate, une affaire de vente d’armes entre la Russie et l’Angola, négociée en France, qui empoisonne les relations entre les deux pays. Elle va être jugée, en octobre 2008, à Paris, pendant six mois, avec risque de déballage à la barre. Il était donc grand temps de déminer.

Angola


Ce marché avait été conclu, en 1993 et 1994, pour un montant de 790 millions de dollars (503 millions d’euros), portant sur du matériel militaire issu « de la débandade de l’URSS et du Pacte de Varsovie », selon un intermédiaire, dont 170000 mines antipersonnel. L’Angola est alors en proie à une guerre civile entre le parti au pouvoir à Luanda, le MPLA, et les rebelles de l’Unita. La France est officiellement neutre, mais le gouvernement Balladur est au bord de l’implosion : François Léotard, ministre de la Défense, reçoit le chef de l’Unita, Jonas Savimbi, au siège du Parti républicain, tandis que Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur, croise José Eduardo Dos Santos (MPLA) dans un grand hôtel parisien. Interrogé sur procès-verbal, Alain Juppé, alors au Quai d’Orsay, affirme que « la ligne diplomatique de la France » consistait à ne « pas armer un camp plutôt qu’un autre ». A Matignon, Balladur confirme que « des ventes d’armes à l’Angola étaient exclues. » C’est sans compter sur la diplomatie parallèle chère à Jean-Charles Marchiani, qui s’active en se prévalant de « l’aval de l’Etat français ».

Jose Eduardo Dos Santos

Le principal négociateur du contrat d’armement, Pierre Falcone, longtemps en fuite à l’étranger sous couvert d’un passeport diplomatique angolais auprès de l’Unesco, affirme sans rire avoir agi par « devoir humanitaire vis-à-vis de l’Angola ». Cohabitation oblige, il aurait rémunéré des lobbyistes de gauche (Jean-Christophe Mitterrand, Jacques Attali...) comme de droite (Jean-Noël Tassez, Paul-Loup Sulitzer...), mais surtout les dignitaires angolais : 55 millions de dollars en virements bancaires, deux millions en espèces plus, selon l’accusation, des « frais aériens, hôteliers, chirurgicaux »... Là encore, il minaude : « C’est pour faciliter les choses et non pour acheter des gens. » Peu importe, après tout, car les commissions versées aux Angolais ne sont pas dans la saisine de la justice française : elle ne vise que les rétrocommissions bénéficiant à des décideurs bien de chez nous.

Jonas Savimbi

L’Angolagate, initiée l’été 2000, a contribué à éliminer Charles Pasqua du paysage politique français, au bénéfice de Jacques Chirac (pour éviter un parasite au premier tour de l’élection présidentielle...) et Nicolas Sarkozy (pour récupérer la présidence du conseil général des Hauts-de-Seine) réunis. L’Elysée veut, aujourd’hui, nouer avec l’Angola -riche en pétrodollars mais classé 160 sur 177 en terme de développement humain- des relations « décomplexées ». C’est le mot.

Renaud LECADRE

Nicolas Sarkozy

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