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mercredi 23 août 2017
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AFP, 23 mai 2008

Afrique du Sud : Les violences xénophobes touchent sept des neuf provinces

Suivi d’un commentaire

par Florence PANOUSSIAN


Une victime des attaques xénophobes attend les premiers secours, à Ramaphosa

JOHANNESBURG (AFP) - Les violences xénophobes en Afrique du Sud ont continué, vendredi 23 mai 2008, à se propager, touchant désormais sept des neuf provinces du pays, et le parti au pouvoir a appelé à "reprendre la rue aux criminels", alors qu’à Johannesburg le calme semblait revenu.

Afrique du Sud


Confrontés à quelque 40 % de chômage et de pauvreté, nombre de Sud-Africains reprochent aux immigrés, dont trois millions de Zimbabwéens ayant fui la crise dans leur pays, de prendre des emplois et de contribuer à la criminalité. Les immigrés regagnent leurs pays en masse, dont des milliers de Mozambicains. Le Malawi a commencé à rapatrier ses ressortissants. Le Zimbabwe s’est dit prêt à assister les siens. Le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) s’est dit "profondément inquiet", parlant de plus de 17000 déplacés.

Un enfant étranger observe les décombres de sa cabane, à Ramaphosa

Les violences contre les immigrés, qui ont éclaté, le 11 mai, à Johannesburg, faisant plus de 40 morts et 17000 déplacés, se sont propagées à divers townships du Cap et à d’autres parties du pays, touchant désormais sept provinces. Comble de l’ironie, au Cap, c’est une réunion publique sur la xénophobie, sensée être préventive, qui a dégénéré jusque tard dans la nuit de jeudi 22 mai à vendredi 23 mai 2008, au coeur du bidonville de Dunoon, à 20 km au nord de l’agglomération. "Des bandes ont commencé à piller des boutiques appartenant à des Zimbabwéens et d’autres étrangers", a déclaré à l’AFP un porte-parole de la police pour la province du Western Cape, Billy Jones. Douze personnes ont été arrêtées. Dans le Limpopo, un Mozambicain âgé de 28 ans a été poignardé à l’épaule, lors de l’attaque de maisons d’immigrés, et onze personnes ont été interpellées, a indiqué, vendredi 23 mai 2008, la police. De nouveaux troubles ont agité le KwaZulu-Natal. "La nuit dernière, un étranger a été blessé par balles dans le township de Catomanor, à moins de 10 km de Durban. Il est à l’hôpital", a déclaré à l’AFP la commissaire Phindile Radebe. Plus de 500 immigrés zimbabwéens, malawites et mozambicains se sont réfugiés au poste de police. D’autres violences ont éclaté aussi dans la province du North-West, visant notamment des Pakistanais, comme dans le Free State, la veille. "Des étrangers ont été attaqués et leurs boutiques pillées", a déclaré à l’AFP le commissaire Peter du Plessis, précisant que deux Pakistanais avaient été "poignardés".

Des étrangers attendent un véhicule pour fuir Ramaphosa

Autour de Johannesburg, la violence semblait en revanche maîtrisée, des policiers d’élite et des militaires ayant été déployés en renfort. "C’est calme", a déclaré à l’AFP le porte-parole de la police, Govindsamy Mariemuthoo. Depuis le 11 mai 2008, au moins 42 personnes ont été tuées, des centaines blessées et plus de 500 arrêtées dans la seule province du Gauteng, où se trouve Johannesburg.

Des étrangers attendent un véhicule pour fuir Ramaphosa

Le Congrès national africain (ANC) a appelé ses militants à créer des comités dans les townships pour "reprendre la rue aux criminels" auteurs des attaques. "Ce type de conduite n’aura jamais sa place dans notre pays", a affirmé Gwede Mantashe, secrétaire général du parti au pouvoir depuis la fin du régime raciste d’apartheid, en 1994. La police et les services du procureur général ont annoncé des mesures exceptionnelles pour traiter "rapidement et sévèrement" ces violences et envisagent la création de tribunaux spécialisés. Les Springboks, la très populaire équipe nationale de rugby, se sont dits "horrifiés", exprimant leur "déception face au fait que les responsables de tels actes soient des compatriotes sud-africains".

Un camp de réfugiés pour les victimes des attaques xénophobes, à Primrose

L’Afrique du Sud a présenté ses excuses au Nigeria, par la voix de sa vice-présidente, Phumzile Mlambo-Ngcuka, en visite à Abuja. Le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC) se sont dits préoccupés par ces violences qui ternissent la réputation de la première puissance économique du continent.

Florence PANOUSSIAN

Des étrangers réfugiés près d’une église de Reiger Park attendent une distribution de nourriture

Commentaire

Les violences xénophobes observées en Afrique du Sud correspondent à un schéma classique du néolibéralisme tel qu’on peut l’observer dans le monde entier.

D’une part, on a un gouvernement -en l’occurrence le gouvernement Sud-Africain- qui pratique la fuite en avant néolibérale, avec tout ce que cela implique d’aggravation délibérée de l’injustice sociale. Dans le même temps, les promoteurs de cette politique désignent des boucs émissaires -chômeurs, étrangers, immigrés clandestins, etc...- censés être responsables de l’aggravation de l’injustice sociale, alors qu’en réalité ils en sont les premières victimes. Cette tactique permet de mesurer le degré de perversité des politicards concernés.

Distribution de nourriture près d’une église de Reiger Park

Or, dans tous les pays, on trouve des journalistes pour relayer avec complaisance le discours xénophobe de ces politicards et taxer d’angélisme -c’est-à-dire de naïveté- ceux qui s’y opposent. Les propriétaires des médias nomment des rédacteurs en chef et des éditorialistes acquis au néolibéralisme ou disposés à se prostituer en faveur du néolibéralisme. Dans la stratégie néolibérale, le contrôle des médias et la désinformation systématique de la population sont essentiels. Toute la politique néolibérale repose sur la tromperie. Les médias contrôlés par les milieux néolibéraux ont pour vocation, non pas de dénoncer, mais de crédibiliser cette tromperie en la présentant comme la seule politique réaliste et raisonnable. Quant à ceux qui dénoncent cette tromperie, soit on les censure, soit on les tourne en dérision.

Des étrangers réfugiés dans un bâtiment officiel de Reiger Park

Le résultat, ce sont des sociétés totalement perverties, corrompues ; un milieu politique méprisé par le peuple qu’il prétend hypocritement représenter mais qu’il trahit sans vergogne ; tandis que la démocratie fait figure de système à peine moins pourri qu’une quelconque dictature. Il y a donc lieu de rappeler que les sociétés néolibérales ne sont démocratiques que sur le papier. En réalité, ces sociétés sont des oligarchies : le gouvernement des riches pour les riches.

Frank BRUNNER

Des enfants étrangers jouent au Civic Center de Reiger Park, où leurs parents se sont réfugiés

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